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CHAPITRE XXVIIl

LE POUVOIR TEMPOREL VISIBLE DU PRIKCE-ÉVÈQUE DE ROBIË N-EST PAS LA CAUSE DES DÉSORDRES SOULEVÉS DANS LES AUTRES ÉTATS CHRÉTIENS; c'eST LE POUVOIR OCCULTE DU ROMANISME QUI LES FAIT NAITRE.

Après que le Romanisme eut fait absorber le pouvoir spirituel des évêques de Rome par le pouvoir temporel de ce pays; après qu'il eut consolidé son trône de plomb sur les débris du trône des Césars et du siège de saint Pierre; après qu'il se fut couvert du glorieux manteau du bienheureux apôtre et de ses successeurs, le Romanisme, par sa conduite subséquente^ fut cause que tout le monde reste persuadé que ce sont les évêques de Rome qui ont empiété sur les droits des peuples et qui ont usurpé le gouvernement temporel de ce pays.

Cette supercherie romaniste une fois adroitement accréditée, le monde devait, enpartantdece faux principe, arriver aux conclusions les plus erronées: aussi, attribuc-t-il aux évêques de Rome tous les malaises, tous les désordres, toutes les horreurs que le Romanisme a exercées et exerce encore contre la société.

Cependaut, par tout ce que l'histoire ecclésiastique et profane nous a conservé sur l'origine de cette sacrilège usurpation ; par tout ce que nous avons prouvé dans les chapitres précédents sur le but de l'altération de tous les principes libéraux du Christianisme, ainsi que sur l'étrange falsification des dogmes et pratiques de cette religion; par tout ce que nous avons constaté sur l'introduction dans l'Eglise romaine d'une foule d'absurdes et antichrétiennes innovations» nous croyons avoir suffisamment établi :

1® Qu'en dehors des principes et de l'administration de l'Eglise de Rome, qui, jusqu'au règne du prince Octavien ou Jean XII, avaient été les mêmes que ceux des autres Eglises du Christ, il y a eu le système antichrétien du despotisme romain, qui, dès les premiers siècles du Christianisme, tâchait de s'y introduire pour s'en emparer et en faire le centre de ses opérations et le point d'appui de sa domination universelle ;

2® Que ce système ou pouvoir occulte, qu'on appelle le Romanisme^ parvint enfin à accomplir son but , d'abord par l'usurpation sacrilège d'Octavien, souverain temporel de Rome, qui, à la mort du pape Agâpit II, en 956, s'était arbitrairement proclamé prince-évêque de ce pays, sous le nom de Jean XII; et ensuite en 1075, par un de ses successeurs, Hildebrand, devenu pape sous le nom de Grégoire VU ;

S** Que depuis cette époque jusqu'à nos jours, le Ro-

manisme continua d'exercer ses persécutions séculaires

contre le Christianisme, mais d'une manière sourde

et occulte, et sous le voile de la religion chrétienne elle-même;

4* Que les romanistes Octavien et Hildebrand (les papes Jean XII et Grégoire VII), profitant de la faiblesse et de la barbarie des princes chrétiens de cette époque, ainsi que de la grossière ignorance et du désespoir de leurs peuples, usurpèrent le pouvoir suprême des uns et des autres, soumirent peuples et souverains au système du Romanisme, et firent revivre dans Tadminîstration de TEglise, sous le nom de Papauté, la tendance dominatrice de Tancien gouvernement romain ;

80 Que les princes romains Octavien et Hildebrand (Jean XII et Grégoire VII), ces deux papes couvrirent la nouvelle forme du Romanisme du voile. mystérieux d'une fausse théocratie, à laquelle les décrétales antisociales et antichrétiennes du derîiier de ces deux princes-évêques servirent de charte constitutive;

6* Que plusieurs des successeurs de Jean XII et de Grégoire VII employèrent la force et l'astuce, ainsi que différents autres moyens indignes pour consolider, toujours sous le voile de la religion chrétienne, cette domination universelle du Romanisme ;

7* Qu'une fois que le Romanisme fut devenu l'autocrate occulte, mais inexpugnable , de l'administration de l'Eglise de Rome, il fut impossible, même aux quelques évêques chrétiens qui montèrent sur le siège apos* tolîque de saint Pierre, de dévier de la ligue de con^ duite que leur position de représentants de ce système les obligeait de suivre bon gré mal gré;

8^ Que de nos jours même , le pape actuel Pie IX, malgré les vertus sociales et chrétiennes qui le caractérisent individuellement , n'a pu ni échapper à cette fa*taie domination du Romanisme^ ni dévier du système usurpateur de Jean XII et des décrétales de Grégoire VU; qu'au contraire ce bon pape a eu la douleur de voir toutes ses sublimes entreprises renversées par ce principe du mal, et qu'il a même vu toutes les excellentes intentions dont il était animé envers le Christianisme et le peuple romain, réduites a Timpuissance.

Âpres la constatation de tous ces points, il nous reste maintenant à examiner si, dans l'état actuel des choses, ce pouvoir temporel des princes-évêques de Rome peut en effet être la cause de tous ces désordres, de toutes ces calamités, qui jettent à tout instant l'a-* larme parmi les peuples et les souverains.

Or, le pouvoir temporel du pape consiste dans un petit royaume du dernier ordre, et qui porte le nom d'ÉiaU ecclésiastiques. CetEtat a une étendue de 422 kilomètres français du nord au sud, sur 210 kilomètres de l'est a l'ouest.

Cette contrée, où les trois quarts des champs sont des terres mortes (1), parce qu'ils appartiennent au domaine, au Saint-Office, au chapitre de Saint-Pierre, aux couvents et à d'autres établissements, cette contrée « disons-nous, appelée « Etats ecclésiastiques, 9 fait vé^ géter sur son sol inculte 2,600,000 habitants.

. (Ij Lorsque ces'lerrcs sont données à bail, une des principales

Le seul chemin de fer de tout le royaume est celui de 60 kilomètres qui joint la capitale au port de Civila- Vecchia. Il fut construit dernièrement par des spéculateurs étrangers, dans le but de-faciliter le voyage aux visiteurs des ruines des Césars et de celles de l'Église. Mais, dans l'intérieur, des bandes de brigands et des voleurs de toute espèce rendent toute communication impossible. On y arrête et Ton y dévalise impunément non-seulement toutes les voitures particulières, toutes les diligences, mais aussi les voitures de poste. Des bureaux de correspondance, tenus par les chefs des bandits, sont établis dans Tcx-capitale du monde et ont pour charge d'avertir leurs patrons en campagne que, dans telle diligence ou dans telle voiture de poste, il y a tel groupe d'argent appartenant au gouvernement ou a tel particulier. Les agents de la bande avisés vont alors demander très-poliment au conducteur ou à l'officier qui l'accompagne la remise de l'envoi. Cette remise est immédiatement faite (1 ).

La population de la capitale, qu'on suppose être de 200,000 à 215,000 âmes, pourrait se divisereû classes comme il suit :

25,000 plus ou moins d'étrangers, population flotclauses du coiilrat est toujours que les fermiers •ne peui^ent au*' cunemeni ni les cultiver ni y faire de plantations,

(1) Dernièrement, on a même trouvé le moyen le plus ingénieux de dévaliser les wagons du convoi qui parcourt le petit chemin de fer de Rome à Civila-Veccliia, en arrêtant frauduleusement, à Taide de signaux télégraphiques, les wagons eux-mémès'*

tante, compogéc. d'Anglais, de Russes, d'Américains et d'autres curieux, allant et venant à Rome, vers l'époque de Pâques, pour assister aux spectacles de l'Eglise.

20,000 Israélites, qui sont considérés comme moins indigènes que les étrangers, parce qu'ils croient à la loi que Dieu donna à Moïse. Ces parias de l'Europe civilisée ne font partie du peuple romain qu'au point de vue de la contribution.

48,000 hommes d'église, cardinaux, évêques, prélats, prêtres, diacres et religieux de différents ordres, vivant dans les intrigues, dans la luxure ou dans l'oisiveté, et rétribués sur le patrimoine de saint Pierre, sur le trésor, sur les emplois publics et sur la sueur du peuple romain, ainsi que sur les immenses sommes apportées par la crédulité naïve des catholiques romains des autres pays.

10,000 femmes religieuses de différents ordres, les unes languissant entre quatre murailles, et les autres courant les rues, se mêlant à toutes choses, dépendant de différents ordres religieux masculins, et vivant comme les frères des ordres par qui elles sont dirigées.

1,000 mendiants des deux sexes, payant patente de première classe et ayant pour cela le droit exceptionnel d'exercer leur profession sur les marches de l'escalier et dans l'église du coryphée des apôtres.

0,000 mendiants, également des deux sexes, payant patente de seconde classe, et n'ayant le droit d'exercer leur profession que sur les escaliers et dans l'intérieur

des autres églises, dans les rues, sur les places et les promenades publiques, dans les cafés, dans les restaurants, dans les théâtres, sur les escaliers de toutes les maisons, et partout ailleurs.

3,000 autres femmes, plus ou moins jeunes, faisant la profession de se prêter pour modèles aux peintres et aux sculpteurs, et exerçant également la mendicité lorsqu'elles ne sont pas engagées,

4,000 soldats du Saint-Siège, de toute nation et de toute religion.

30,000 domestiques des deux sexes, cicéronis et garçons de place.

50,000 nobles, banquiers, avocats, médecins, ar* tistes, hommes de lettres, négociants, courtiers, indus* triels, marchands, artisans et autres gens du peuple. C'est dans une partie de cette dernière classe et dans celle des étrangers que se trouvent les seuls contribuables de TËtat romain : tout le reste de la population forme la classe des rétribués. Le peuple romain risquerait même de mourir de faim , si les représentations religieuses données à Rome, pendant certaines époques de l'année, et surtout pendant la semaine des passions, n'attiraient dans la capitale du monde chrétien quelques milliers d'Anglais et d'Américains curieux, et quelques ladies capricieuses, qui, par leurs largesses de deuxou trois mois, font subsister durant le reste de l'année les descendants de César et de Pompée. Les nobles de cet Etat ne prennent aucune part aux affaires du pays, pas même a celles de la municipalité.

Tout se trouve entre les mains des prétendus hommes d'Eglise, qui sont, pour la .plupart, des gens de rien venus de tous les pays. Ces individus arrivent à Rome, couverts de haillons, et n'ayant, pour tout mérite moral, que la bassesse et la ferme décision de se plier k tout vent, de se conformer à toutes les circonstances, de servir d'aveugles instruments a tous les caprices, à tous les vices et à toutes les passions des puissants du jour, pour se frayer un chemin. Ils prennent ordinairement la tonsure et entrent plus i*arement dans les ordres religieux. Ils s'attachent graduellement a un simple prêtre, à un monsignori, à un fonctionnaire du gouvernement, à un cardinal, et, à force d'intrigues et de patience, ils deviennent eux-mêmes des monsignori, de hauts fonctionnaires, des cardinaux, des papes! Aussi, lorsque, il y a une dizaine d'années, le comte de Rayneval, à son arrivée à Rome comme ambassadeur de France, demandait, dans un diner diplomatique, des informations sur le gouvernement du Saint-Siège, le cardinal d'Andréa, homme d'une grande intelligence et d'une éducation supérieure, lui répondit: « Monsieur le covite, notre gouvernement ressemble à wn vol orga^^ nisé, »

L'armée de cet Etat est fictive, et elle ne consiste qu'en quelques milliers de Suisses et d'Allemands, la plupart protestants, en quelques Romains du bas peuple et d'émigrés du reste de l'Italie et de tous les pays du monde. — Ce royaume n'a point de flotte, pas même une marine commerciale, malgré ses excellents ports

et sa position géographique vraiment unique, puisqu'elle domine les deux plus belles mers de la Méditerranée !

On comprend donc aisément combien seraient à craindre, pour les autres Etats de TEurope chrétienne, la force matérielle, Tinfluence morale, ou même les sourdes intrigues d'un Etat moribond, inculte, sans forces militaires, sans finances, sans commerce, et se trouvant de trois siècles en arrière de la civilisation européenne !... un Etat gouverné, ou plutôt constam*^ ment pillé, par des aventuriers étrangers, et ayant pour citoyens des êtres qui végètent juxta-posés les uns aux autres, ceux-là regorgeant de biens, ceux-ci croupissant dans la misère et mourant de faim ; les uns oppresseurs, les autres opprimés ; un Etat où les étrangers seuls ont droit aux emplois publics, aux honneurs, et peuvent accabler d'impôts et de vexations tous les indigènes; un État où ceux-ci n'ont aucune part dans les affaires du gouvernement de leur pays, si ce n'est l'obligation de travailler a l'entretien du luxe de leurs tyrans ; enfin un Etat qui n'a qu'un fantôme de gouvernement, lequel ne peut exister, même nominalement, sans une occupation permanente de son territoire par les troupes des autres puissances ! . . .

Ce n'est donc pas le pouvoir temporel du princeévêque de Rome qui est ou qui pourrait être la cause de tous les maux, de tous les désordres soulevés dans les autres Etats chrétiens; non, c'est le pouvoir monstrueux qui, comme nous l'avons déjà prouvé, usurpa,

dans la personne des princes Octavien et Hildebrand, les droits, les fonctions et le nom du pouvoir spirituel de révêque de Rome. C'est ce pouvoir qui, se faisant appeler pouvoir ecclésiastique, n'est que l'oppresseur de l'Eglise; ce pouvoir qui, sons le saint voile de la religion, intrigue constamment par des moyens purement et exclusivement mondains; pouvoir occulte qui, sous le masque de la religion chrétienne, pénètre dans l'intérieur des familles de tous les pays, s'en empare sous prétexte de diriger le salut de leurs âmes, et ne s'ocrcupe qu'à les dominer pour faire concourir tout le njonde aux intérêts matériels du système séculaire du Romanisme; pouvoir antisocial qui, selon que ses intérêts l'exigent, enchaîne l'époux aux vices de sa femme, ou la lui fait abandonner, qui fait aux pères déshériter leurs enfants légitimes et les remplacer par des bâtards, ou excite ceux-ci au parricide. C'est lui, c'est ce pouvoir qui enseigne aux familles la trahison et l'espionnage, qui suscite les plus ignobles passions, propage et encourage l'immoralité et tous les vices; c'est lui qui a constitué complices officiels de ses crimes tous les mystères de la religion, le confessionnal, les miracles, la sainte communion, les sociétés de bienliaisance, les oeuvres de charité, les aumônes, les quêtes, les messes, les indulgences, les dispenses, les croix, les images, les statues, les chapelets, en un mot tout c*3 que la religion a de plus sacré et même de plus frivole; pouvoir dont les agents, ayant renié tout sentiment envers la société et n'appartenant à aucun pays,

désorganisent et bouleversent tous les autres pays ; un pouvoir enfin qui incendierait avec le plus grand sangfroid toute société, tout pays, toute famille, pourvu qu'il pût retirer de ces ruines fumantes quelques pierres noircies et morcelées, mais dont il pourrait encore se servir pour consolider sa domination universelle ; en deux mots, le pouvoir occulte duRomanisme!...

C'est là le premier moteur, la seule cause de tous les fléaux de la société, et non pas le royaume insignifiant que le pape possède en Italie! un fantôme un

rien!....

Cependant , si , en effet, les habitants de ce royaume ecclésiastique sont affamés et couverts de haillons, s'ils gémissent sous la plus barbare oppression et l'arbitraire de quelques misérables rebuts des rues des villes d'Italie, forcés de s'expatrier pour échapper aux galères ou à la famine; enfin, si ce peuple est malheureux dans toute la force du terme, c'est affligeant pour tout gouvernement, pour toute société, pour tout homme !.• Mais ce mal n'intéresse pas directement les autres États chrétiens; ce mal est visiblement localisé dans les seuls Étals du pape, dans le seul patrimoine du pauvre pêcheur saint Pierre ! . . . . Est-ce que les calamités auxquelles les chrétiens d'Orient sont en butte sous le gouvernement pontifical du sultan, et qui sont également circonscrites dans les Etats de l'Empire bvzantin, intéressent directement les autres chrétiens leurs frères?....

Mais il n'en est pas ainsi du pouvoir occulte dont

nous parlons: ce pouvoir se glisse, comme nous Tavons .déjà dît et comme tout le monde le sait, dans toutes les familles catholiques romaines dé l'univers, sous le nom de pouvoir spiriluel, tout en n'étant qu'un vérilable pouvoir temporel, mais occulte et non spécial aux Etats romains, mais universel. C'est ce pouvoir qui fait la force du Romanisme, qui est installé dans tous les Etats catholiques romains, et y domine arbitrairement, depuis le cabinet du souverain jusqu'à la chaumière du dernier laboureur !... C'est lui qui excite les princes à opprimer leurs peuples et ceux-ci à se révolter contre leurs souverains ! . . . C'est lui qui jadis alluma les bûchers, broya les peuples, causa tant de massacres publics, et qui, sous d'autres formes, mais toujours dans le même but et parles mêmes sourdes intrigues, menace aujourd'hui de renverser la société tout

entière !

C'est donc ce pouvoir occulte, mais bien connu de tout le monde, qui est la cause de tout le mal! Or, siles grandes puissances ne prennent pas soin d'enlever le plus tôt possible au Romanisme ce puissant levier de la religion, qu'elles ont imprudemment abandonné entre ses mains et avec lequel il bouleverse le monde entier, les peuples, arrivés déjà au dernier désespoir, finiront par le briser eux-mêmes, au risque de tout entraîner dans cette terrible catastrophe!

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