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CHAPITRE XXIX

RESTAURATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE TOUS LES ÉTATS CHRÉTIENS, Y COMPRIS CEUX DE l'iTALIE, CONFORMÉMENT AU SYSTÈME SYNODAL DES ÉGLISES ORIENTALES.

Voyons maintenant ce qu'il y aurait possibilité de faire dans la situation actuelle. Faut-il placer les gouvernements en dehors de toute influence religieuse? Mais le bon sens et rexpérience de tous les siècles confirment la définition que l'Eglise de Rome en a donnée.

a La religion faisant partie des lois fondamentales de a toute société, ou plutôt en étant Tâme, il est de toute a impossibilité qu'elle puisse jamais être entièrement a séparée de la politique de tout gouvernement et y resa ter étrangère (1). »» Ce serait donc vouloir une chose définitivement impossible !...

Mais devait-on conclure de là, que puisque la religion ne peut pas rester étrangère k la politique, et qu'elle ne peut pas être entièrement séparée des gouvernements, ceux-ci doivent se résigner k se régler

(I) VEglise Orientale^ It^« parlie, chap. 9.

d'après les caprices et les intérêts de ses prétendus ou même de ses véritables ministres?... Mais TËglisede Rome elle-même réprouve et condamne hautement un tel état de choses, et elle s'explique bien clairement, en ajoutante sa définition précitée : a qu'elle n*entend pas « émettre l'opinion que l'Eglise doit gouverner d'une « manière absolue les rapports purement politiques « des peuples chrétiens; que la religion non plus ne a prétend pas à cette domination, mais qu'elle doit « seulement conserver aussi sa parfaite indépendance « en ce qui regarde les attributions que Dieu lui-même « lui assigna, etc. (1) » Et pour qu'il n'y ait point d'amphibologie sur le véritable sens de cette croyance de l'Eglise de Rome, elle définit immédiatement les attributs de chacun de ces deux pouvoirs, en disant : « La religion et le pouvoir politique sont les deux gran- « des colonnes qui soutiennent tout l'édifice social : a elles sont placées à distance calculée Time de l'autre, « afin que chacune d'elles supporte le poids propor- « tionnel qui lui est mesuré. Si ces deux grandes co- <ï lonnes s'éloignentl'une de l'autre, l'édifice s'écroule ; « la même catastrophé arriverait si ces deux grandes (? colonnes sortaient de leur orbite et se confondaient ff sous la mêmeligne perpendiculaire (2).» C'est-à-dire que l'Eglise de Rome dit bien clairement que le pouvoir spirituel, l'une des deux colonnes de toute société, ne doit pas s'éloigner du pouvoir temporel, qui est

(I) V Église Orientale, IV« parlie, cli. 9.

(t] Id.

l'autre colonne de Tédifice, et aller se placer loin de là, comme cela est arrivé aux Ëlats de la Iroisiëme forme, c est-k-dire comme tous les Etats catholiques romains l'ont fait en plaçant leur pouvoir spirituel, cette seconde colonne de leur gouvernement, hors de leurs Etats, à Rome, et sous la dépendance d*un souverain étranger, le roi de ce pays. C'est avec la même précision que l'Eglise de Rome condamne également la confusion de ces deux grandes colonnes du pouvoir spirituel entre les mains de la même personne, comme cela se prati-* ([ue dans tous les Etats de la seconde forme, c'est-à-* dire dans celui du souverain-pontife de l'islamisme, dans celui du pape, et naguère dans celui du wladika monténégrin. Enfin l'Eglise de Rome, en terminant cette sublime indication de la place que doivent occuper, dans tout Etat, ces deux grandes colonnes de la société, le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, fixe aussi bien distinctement la manière d'être et d'agir de ces deux pouvoirs. « La religion, ajoute-t-elle, et la a politique doivent donc, tout en marchant d'accord, a tout en tendant vers le même but, le bonheur de la a société, rester indépendantes l'une de l'autre en ce « qui regarde leurs fonctions spéciales, tout en se sou- (( tenant l'une l'autre, et en s'aidant a l'exécution de (( leurs opérations, par les moyens qui sont au pouce voir de chacune d'elles. Ce sont ces bornes infran- « chissables que notre seigneur Jésus-Christ leur (( assigna lui-même, lorsqu*il ordonne dans sonEvan- « gile de « rendre à César ce qui appartient à César, et

a à Dieu, ce qui appartient à Dieu. » Or, dans cet état de choses, dans ce désordre universel où l'Europe chrétienne s'est aujourd'hui réduite par le bouleversement de ces mêmes principes auxquels elle doit sa civilisation, nous proposons la restauration de cette administration anormale, qui désorganise tous les gouvernements catholiques romains, par le moyen qui est le plus praticable et le plus efficace, parce qu'il est le seul naturel et le seul démontré par l'expérience.

La Russie, avant la constitution de son synode où

administration locale de son Eglise, et que Pierre-le- Grand eut la gloire d'établir, avait aussi à lutter, à tout moment, contre les immenses embarras de l'influence qu'exerçait sur son peuple un chef spirituel étranger. Car jusqu'à la chute de l'empire byzantin, le patriarche de Gonstantinople nommait tous les métropolitains et évéques de ce pays. Or comme, au commencement, Sa Sainteté les choisissait tous parmi les sujets des empereurs byzantins, et plus tard parmi les sujets russes, mais qui lui étaient dévoués, il arrivait que tous ces prélats et une grande partie du peuple russe, que ceux-ci influençaient spirituellement, étaient trèssouvent partisans des intérêts des empereurs de Byzance plutôt que de ceux de leur propre souverain. De manière que dans ce pays, la religion chrétienne, au lieu d'être, comme a Gonstantinople, l'organe du gouvernement , ne marchait pas même d*accord avec lui. Au contraire, elle lui avait immédiatement créé

une opposition formidable; et avait asservi les souverains russes aux volontés de leur clergé, par le pouvoir que celui-ci avait acquis sur le peuple. Voilà pourquoi les Tzars, efifrayés de cet état de choses, employèrent tous les moyens possibles pour s'en délivrer. Pierre-le-Grand réussit a mettre un terme à tous[ces désordres, en établissant, en 1721, un chef spirituel indigène qui résidât dans le pays, et dont Tadmiâistratton fût indépendante de toute influence étrangère. Mais afin que l'arbitraire, auquel le clergé russe s'était à la longue habitué, fût modéré par une espèce d'institution constitutionnelle, Pierre fit que le chef spirituel de la Russie fût un synode^ c'est-à-dire un chapitre d'ecclésiastiques indigènes, sous la présidence du métropolitain de la capitale du pays, laquelle fit partie de la confédération ecclésiastique byzantine. Cette institution d'ailleurs est celle que les apôtres avaient eux-mêmes employée et imposée à toutes les Eglises chrétiennes, celle qui fut toujours suivie, et qui l'est encore de nos jours, par toutes les Eglises d'Orient.

Les sublimes effets de ce retour de la Russie à cette institution apostolique ont assez prouvé, durant cent quarante ans consécutifs, que cette réglementation est la seule convenable aux intérêts des citoyens d'un Etat, comme elle est aussi la plus en harmonie avec les principes du Christianisme.

L'empereur d'Autriche Joseph II, ayant reconnu les grands avantages religieux et politiques de cette disposition de Pierre-le-Grand, avait, lui aussi, établi

à Carlovitz un évêque grec qui, avec un synode indépendant, administre jusqu'à ce jour les sujets autri«* chiens de ce rite.

Également le royaume de Grèce adopta, des sa fondation, ce même système et créa un synode indigène, indépendant de toute influence étrangère.

La principauté de Monténégro a aussi adopté ce même système d'administration ecclésiastique par un synode indigène, créé par Danillo !«', sous la présidence du métropolitain de sa capitale.

La République ionienne, la principauté autonome de Servie, et celle desÉtats Danubiens réunis, sont aussi gouveméespar dés synodes autochthonessous la présidence des métropolitains de leurs capitales, et le pou*^ voir temporel de tous ces pays n'a jamais eu k s'en plaindre.

Les chrétiens de l'Empire byzantin suivent également le système d'administration constitutionnelle et indigène où leur Eglise se trouvait au moment de la prise de Constantinople. Toutefois, il est à remarquer que le principe de confusion des deux pouvoirs qui fait la base du gouvernement islamique devait immanquablement influencer l'administration de cette Église. Car Mahomet II ayant concédé au patriarche de Constantinople le titre de Milel-hachi (chef de nation), le rendit maître absolu du sort de ses coreligionnaires et responsable de leur conduite, ainsi que de tous leurs devoirs et de toutes leurs obligations envers le gouvernement des sultans.

Aussi, quoique jusqu'à ce jour ces chrétiens soient gouvernés par un synode autochthone, sous la prési^ dence du patriarche oecuménique, ilsnesontpasexempts des vices d*une Eglise asservie.

Plusieurs autres souverains de l'Occident catholique, reconnaissant également les désordres que cette eonfu^ sion des deux pouvoirs faisait naître dans leurs Etats, tâchèrent d'y remédier par de pareilles institutions: mais, n'ayant employé que des demi-mesures, ils ne purent en obtenir grand succès: tels furent surtout siaint Louis et plusieurs autres souverains de France.

Enfin toutes les Églises qui ont embrassé la réformé de Luther, savoir : celles d'Angleterre, de Prusse, de Hollande, de Suède, de tous les États protestants de l'Allemagne et celles de plusieurs États de l'Amérique, ont aussi embrassé ce système d'administration constitutionnelle indigène.

D'un autre côté, les peuples, victimes d^uis bien longtemps des désordres occasionnés par le système de^ potique que le Romanisme introduisit frauduleusement dans l'administration de l'Église catholique occideih* taie , désignent de nos jours ces désordres avec beau* coup d'humeur et en réclament énergiquement la suppression. Les souverains ont donc maintenant Le plus grand intérêt k prendre en trè&-sérieuse considération le rétablissement de l'ancienne administration constl* tutionnelle de l'Eglise dans tous les pays chrétiens.

Pourquoi donc ne rétablirait-on pas dans tous lea Etats européens celte ancienne adoiinistratkm de l'JE*

glise? Pourquoi ne ferait-on pas cesser tous les désordres physiques et moraux qui tourmentent la société, en créant aussi dans chaque Etat catholique romain un chef spirituel indigène assisté d'un synode, comme cela existe dans tous les Etats grecs et protestants? Pourquoi chacun des Etats de la troisième forme, ou catho^ ligues romains, ne reporterait-il pas de Rome chez lui cette ieconde colonne de son édifice social, suivant la stricte prescription de Rome elle-même ? Pour quelle raison les Etats catholiques romains seraient-ils les seuls indignes d* avoir chez eux un pouvoir spirituel indigène, qui serait indépendant de Vinfluencede tout chef étranger? Pourquoi doivent-ils, eux seuls, dépendre d'un chef spirituel étranger, lequel, étant en même temps souverain temporel chez lui, ne peut pas avoir toujours lesmêmes intérêts matériels et politiques qu'ont chacun de ces autres souverains catholiques romains, très-souvent ses adversaires et ses administrés tout à la fois ? Qui donc a condamné éternellement ces Etats à cette étrange tutelle, funeste à leurs intérêts politiques, contraire aux règlements de leur religion, et en opposition . flagrante avec tous les principes du droit naturel, du droit international et du droit public européen qui les régit?

Se pourrait-il que les Etats catholiques romains ne comprissent pas encore que radminîstratîon du pouvoir spirituel chez eux est incomparablement inférieure à tous les Etats de la première forme, c'est-à-dire à tous les Etats grecs et protestants, et même pire que

celle des Etats de la seconde forme, c'est-a-dire des Etats du sultaa et du pape? Car, comme nous l'avons bien constaté et comme il ne faut qu'avoir des yeux pour le voir, les Etats grecs et les protestants ont chacun chez soi leur chef spirituel indépendant de toute auto* rite étrangère au pays, ou, pour nous servir de l'expression de Rome elle-même, les Etats grecs et les protestants ont chacun chez soi « les deux colonnes qui sou^ cr tiennent leur édifice social, placées à distance caler culée l'une de l'autre, afin que chacune d'elles en a supporte le poids proportionnel qui lui est mesuré.» De même les Etats de la seconde forme, ceux du sultan et du pape, quoique les souverains de ces deux Etats, et surtout le dernier, « aient fait sortir de leurs a orbites ces deux grandes colonnes et les aient cona fondues sous la même ligne ; d mais au moins ces souverains les conservent-ils toutes deux dans leurs propres Etats et les tiennent entre leurs mains, tandis que les souverains catholiques romains ne gardent chez eux que l'une d'elles, ayant transporté l'autre bien loin de leur pays, à Rome, et entre les mains d'un souverain étranger, le roi de Rome, contrairement même à la prescription bien claire du souverain-pontife de cette même Rome,

L'établissement dans chaque Etat d'un synode indépendant est donc la seule institution conforme à l'ancien système de l'Eglise chrétienne et de ses principes libéraux; cette institution est en même temps la seule en harmonie avec les intérêts politiques et moraux des peuples et des souverains, et la seule qui soit d'accord

avec la prescription précitée du pape actuel de Rome.

Elle seule réussirait même a rendre praticable la véritable réunion spirituelle de l'Eglise universelle, car elle ferait disparaître à jamais Tesprît de domination du Romanisme et l'étrange confusion des fonctions des deux pouvoirs, seuls obstacles qui jusqu'à ce moment, ont toujours rendu cette réunion impraticable.

De plus, cette institution n'est pas nouvelle pour les catholiques de l'Occident. Les bases en existent encore en France et y sont même consacrées parla pragmatique sanction de saint Louis, par celle du roi Charles VII par les principes des libertés de l'Eglise gallicane, et par le concordat de Napoléon l^^ avec le pape Pie VII ; l'Autriche elle-même les a déjà embrassées en partie, en les appliquant à ceux de ses sujets qui professent le rite grec.

Par l'institution des synodes indépendants de tout chef étranger, le pape ne perdrait rien de ce qui regarde sa primauté ou suprématie, comme président spirituel de toutes les Eglises catholiques occidentales.

Car les synodes indépendants des Etats qui professent ce rite continueront à le reconnaître comme tel, ainsi que par le passé, de même que tous les synodes indépendants des pays professant le rite catholique oriental, et formant un total de 100 millions de chrétiens, reconnaissent tous, comme f)résident spirituel de toutes les Eglises confédérées de V Orient , le patriarche œcuménique de Constantinople.

Le pape aura même alors une véritable primauté ou suprématie spirituelle sur les Eglises des divers Etats catholiques romains, pareille même à celle du patriarche œcuménique : car, jusqu'à présent, quoique le pape de Rome prenne le titre d*évéque universel^ comme le I)atriarche de Constantinople prend celui de patriarche œcuménique^ peu de monde croit aujourd'hui en Occident à cette suprématie universelle purement nominale!

En France, en Allemagne, en Espagne et dans le Piémont, qui sont les pays les plus nombreux de la juridiction du Saint-Siège, cette primauté ou suprématie est devenue absolument fictive, et il &ut la disputer, la surprendre, ou l'amorcer à tout moment ; car la majorité de ces catholiques n'y croit pas du tout; et ceux qui disent qu'ils y croient ne peuvent s'accorder, ni sur le genre de cette suprématie, ni sur les limites de ses droits.

Ensuite le Saint-Siège connaît bien tous les embarras que lui donnent, à tout moment, les catholiques d'Allemagne. En 1852 ils persistaient à vouloir nommer un patriarche d'Allemagne, indépendant administrativement de toute autorité étrangère et ne reconnaissant que la primauté spirituelle de l'évêque de Rome, sans que la cour du Vatican s'immisçât dans leurs affaires diocésaines. On se rappelle à combien d'expédients le Romanisme eut recours pour endormir cette juste réclamation allemande!...

L'année suivante, deux autres Etats, le Piémont et l'Espagne, attaquèrent aussi la suprématie du pape, et le Vatican se vit même forcé de lancer des foudres d'ex-

oommunicatipD contre le Piémont catholique et même contre la irès-caihoUque Espagne, pour retenir de force dans les liens de Tunité catholique ces deux pays si célèbres pour leur catliolicité.

En définitive, la prétendue suprématie universelle du pape et l'imaginaire union catholique ne sont plus aujourd'hui un secret pour personne. Ces deux drapeaux du Romanisme, élevés avec tant de bruit et entourés de tant de fanfares par ses partisans, ne sont que deux mythes ridicules et que deux mots vides de sens, malgré les efforts des agents du Romanisme pour rattacher et renouer les liens déjà usés qui retenaient autrefois les chrétiens d'Occident aux pieds de ces deux chimères. Ces liens, en se brisant a tout moment, font diviser et subdiviser à vue d'œil l'unité catholique, et restreindre bien sensiblement la suprématie universelle de révêque de Rome. A l'heure qu'il est, on compterait à peine quelques milliers de catholiques occidentaux qui, volontairement et sincèrement, croient encore, soit a cette fameuse union catholique, soit à cette plus fameuse suprématie universelle du pape, telle que les romanistes prétendent l'établir.

Mais ce que perd d'un côté la véritable Eglise de Rome, le pouvoir occulte du Romanisme le gagne de l'autre ; et c'est là, comme nous l'avons déjà fait observer, toute la cause des désordres sociaux.

Qu'on observe par antithèse l'état florissant de l'Eglise de cent millions des catholiques orientaux.

Geux-^ci sont indissolublement unis, par l'identité

des principes, des croyances, et des pratiques religieuses ; ils reconnaissent tous, de la même manière, avec la meilleure grâce du monde et sans aucune contestation, sans aucun murmure, sans aucune jalousie, sans la moindre objection, la sufirématie spirituelle du patriarche de Constant inople. Ils sont d*accord en tout et partout, depuis la partie la plus septentrionale de la Sibérie, jusqu'au point le plus méridional de la Grèce, en Asie comme em Afrique.

Le pape aurait même l'espoir bien fondé, qu'une fois que, grâce à l'institution des synodes indépendants. Sa Sainteté se trouverait rapprochée du seul véritable système de l'administration de l'Eglise, toute la chrétienté reconnaîtrait peut-être sa suprématie ou primauté spirituelle et sa présidence sur l'Eglise universelle ; prérogatives par lesquelles les conciles œcuméniques ont voulu honorer le successeur du coryphée des apôtres et l'évêque de la capitale de la monarchie romaine.

Enfin cette institution supprimerait les désordres que la Romanisme fait naître à tout moment dans la société sous le masque de la religion; car, après tout, quel est le souverain ou le peuple catholique romain qui ne désire pas que la religion marche dans ses Etats en aussi bonne harmonie avec les intérêts politiques, avec ceux du pays et avec ceux des peuples, qu'en Russie, qu en Grèce, qu'en Angleterre, qu'en Prusse, en un mot, que dans tous les Etats grecs et protestants? Pomrquoi donc les cabinets ne tàcheraient-ils pas de

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guérir par ce moyen le mai dont ils sont journellement rongés? pourquoi ne conjureraient-ils pas le danger qui menace la société? Car Tabolition du pouvoir temporel visible et existant dans les Etats pontificaux, toute conforme qu'elle est aux canons de TEglise, ne servirait politiquement à rien, au point de vue du redressement des désordres sociaux ! . . .

Abolissez, souverains chrétiens, et tant que vous le voudrez, ce pouvoir temporel, vous n'aurez tout au plus pour résultat que l'amélioration du gouvernement de deux millions et demi d'Italiens; mais tant qu'il y aura un pouvoir occulte étranger et ayant des intérêts différents des vôtres et de ceux de vos peuples, tant que ce pouvoir possédera le droit d'intervenir, par des milliers d'agents et d'espions, dans vos cabinets, dans vos assemblées, dans vos armées, dans toutes les réunions et dans toutes les affaires de vos peuples; tant qu'il administrera leurs hôpitaux, leurs écoles, et même l'intérieur de leurs familles; tant que ce pouvoir occulte du Romanisme, ce serpent que vous nourrissez dans votre sein, aura le droit de disposer arbitrairement et de régler, suivant ses propres intérêts, toutes vos affaires politiques et tous les intérêts privés de vos sujets, ce pouvoir occulte régnera toujours chez vous, en votre lieu et place, et vous n'aurez pour votre part que tout l'odieux de ses crimes ! . . .

11 y a même un péril plus terrible encore qui vous menace ! . . . le Romanisme , ce Samson à qui votre diplomatie a coupé les cheveux avec tant de peine et que

VOUS avez ensuite insulté et maltraité, attend sans doute, la rage dans le cœur, que ses cheveux croissent. Mais il tient toujours entre ses mains l'une des deux grandes colonnes qui soutiennent l'édifice où vous reposez !... TElglise de Rome vous l'a dit!... Malheur à vous, le jour où, soit le temps, soit une circonstance imprévue lui fera revenir pour un seul moment ses forces !... Dans sa noire rancune et dans son sauvage désespoir, il prononcera les terribles mots « Périsse mon (hue avec mes ennemis! » et, renversant cette colonne, il vous entraînera dans sa catastrophe î...

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