CHAPITRE XXXV
CUNTItVDICTIONS FLAGRANTES DES ROMANISTES. — * LA FORCE DU FAIT ACCOMPLI, RÉCLAMÉE PAR EUX POUR LA CONSER- VATION DU POUVOIR TEMPOREL DANS LA PERSONNE DE L*ÉYÈQUE DE ROME.
Aussitôt après la publication du livre V Eglise Orienlale^y les Romanistes tentèrent d'en recueillir tout le IVuit. Us pensèrent avec quelque raison, qu'un livre écrit par un chrétien du rite oriental et publié à la Propagande de la Foi par ordre du Saint-Père, pourrait être le nouveau point d'où ils partiraient pour arriver à la domination de l'Orient et nager dans les eaux dorées du Pactole de ce beau pays, -auquel ils n'ont jamais cessé de rêver.
Les Romanistes se mirent donc a sonner toutes leurs fanfares pour signaler au monde avec emphase l'apparition de ce nouveau soleil!... (1).
(I) V Univers, journal officiel des Romanistes, après avoir publié plusieurs articles louangeux sur ce livre, entre autres exagérations disait, dans sa feuille du 26 septembre 4855 : « On pourra bien s* attaquer à la personne de Âf. Pitzipios, mais
Journaux quotidiens, revues hebdomadaires, publications mensuelles, traductions de l'ouvrage en différentes langues, en un mot, tout ce qui se rattache à cette grande puissance qu'on nomme a la presse, d s'ingénia de son mieux à faire l'éloge du livre VEglise Orientale et à glorifier le héros pQptife qui manifestait d'une manière aussi authentique le patronage des i^ées exprimées par ce livre (1). ^
Pourquoi donc les Romanistes s'alarment-ils aujourd'hui de ce que les peuples exigent du pape Pie IX l'accomplissement de l'œuvre chrétienne que ce vénérable souverain-pontife a lui-même , non-seulement projetée, proclamée et commencé a ei^cufSr en 4847,
quant à réfuter les faits qu'il avance, on est curieux de voir par quel tour de force on enlèvera en cette occurrence sa lumière au soleil. »
(1) II n'y eut que quelques journaux grecs et russes qui nous blâmèrent d'avoir trop crûment parlé de la conduite anormale de quelques prélats de TEglise de Constantinople. Mais ces journaux nous critiquaient, d'abord, sans connaissance ni des projets du [fape Pie IX, ni des nôtres^ ensuite, sans prendre en aucune considération ce que nous avons si souvent répète dans ce môme livre V Eglise Orientale^ c'est-à-dire que les actes des prêtais de l'Eglise de Constantinople n'étant que des faits individuels que cette Eglise n'a jamais tolérés, ils ne rejaillissent pas sur cette Eglise-, enfin, ceux qui nous ont critiqué n'ont pas pensé qu'en notre qualité de chrétien byzantin et écrivant à Rome, les convenances nous obligeaient à ne parler que de la conduite de nos coreligionnaires : les hommes sensés n'ont qu'à comptrer la conduite de ces quelques prélats de Constantinople, telle que nous la signalons, à celle du clergé romain, telle qu'elle est,. cl à en tirer la juste conclusion.
mais ([ifil a encore en 1855 confirmée par les idées liliérales ([u'il a ofliciellement annoncées dans le livre l'Eglise (h'ienlalc?
Pounjuoi sonnenl-ils le tocsin, au seul soupçon que ks souverains chrétiens suivraientaussi ces mêmes opintons du pape Pie IX, contenues dans les passages de c<^ livre, surtout dans ceux que nous venons de citer?
Pourquoi tremblent-ils devant l'idée qu'il se pourrait bien que ces souverains, en émancipant cet infortuné pontife de la tutelle des Romanistes, lui aideraient à appliquer aux nationalités opprimées de l'Italie son propre système de restauration politique et religieuse?
Pourquoi surlout confondent-ils l'Eglise de Rome, dont les souverains et les peuples veulent conserver et soutenir contre toute agression, ainsi que la foi, les dogmes et la suprématie spirituelle sur toutes les Eglises d'Occident, avec le pouvoir civil des Etats romains , étranger au caractère sacerdotal, dont l'exercice entre les maftis de lout prêtre et de tout évêque est sévèrement défendu parles institutions des apôtres et les canons de l'Eglise, et que les souverains comme les peuples ont un si grand intérêt a régler ?
Quel est donc le danger qui menace l'évêque de Rome dans le cas où Rome aurait- un gouvernement civil séjîïiré du spirituel, pour que les Romanistes provoquent 0n faveur de ce prélat des prières publiques et des secours d'argent, et pour qu'ils prêchent dans les journaux, dans les églises même, leur prétendue croi-sade catholique ?
Le pape Pie IX n a-t-il pas lui-même combiné , cgi 1847 , l'émancipation de tous les peuples chrétiens asservis, et n a-t-il pas même commencé rei$iQi|tion de son plan en donnant une charte au peuple romain , et en lui promettant un gouvernement constitutionnel? N*a-t-il pas, par sa généreuse initiative, réveillé les espérances de tous les peuples opprimés, et ne les a-t-il pas provoqués à secouer leurs chaînes?
Le pape Pie IX n'a-t-il pa§ , dès son avènement au trône, manifesté sa haute résolution de séparer le pouvoir temporel du spirituel? N'est-ce pas lui qui avait entraîné le prince Danillô à embrasser ses idées , à l'imiter, et à séparer ces deux pouvoirs incompatibles?
Les chrétiens du diocèse de Monténégro ne se sontils pas réunis en assemblée populaire en 1852, à Cétigné, pour décréter la séparation des deux pouvoirs dans ieur pays, suivant le droit que les canons de l'Eglise et les droits politiques de tout peuple leur donnaient? Pourquoi donc les chrétierfs du diocèse de Rome n'auraient-ils pas, eux aussi, le droit reli^eux et politique de convoquer en 1860 une assemblée populaire à Rome, et de décréter dans leur pays la même séparation, pour les mêmes raisons? Le peuple romain est-il le seul peu- •pie chrétien qui doive rester éternellement en dehors de tous les droits que les institutions des apôtres et les canons des conciles ont accordés à toute communauté chrétienne? Ce peuple doit-il rester à jflinais privé de ses droits naturels, ainsi que de ses droits civils et politiques et des bienfaits de la civilisation?
Quoique le pape Pie IX, après sa rentrée à Rome , se trouvât plaeé sous la tutelle du Romanisme, ne prouva* t-il V^:jÊ($lii conservait toujours sa grande idée sur la restaurlBon politique et religieuse des nationalités opprimées, en ajoutant en 1S53, à son premier plan, la modification de demander le concours actif, ou, du moins, un consentement tacite, des souverains, et de faire appel aux sentiments libéraux et à la piété des peuples chrétiens ? Ne créa-t-il pas, dans ce but , la Société chrétienne orientale?
Ce même pape , obligé immédiatement après, par l'explosion de la guerre d'Orient, de remettre l'exécution de ce projet à des circonstances plus favorables, ne s'occupa-t-il pas, en 1855, d'en préparer le chemin en inspirant et eji ordonnant la publication du livre r Eglise Orientale par la Propagande de la Foi , et à ses frais?
Or, puisque le pape Pie IX était en 4847, ain^i qu'en 1853 et en 1855, convaincu que les peuples chrétiens étaient opprimés et avaient besoin d'institutions libérales , quelle amélioration a-t-elle été appliquée au gouvernement de ces mêmes peuples, depuis celte époque, pour qu'on puisse logiquement qualifier d'an4irchîe
les justes mouvements de ces peuples dans le but d'olv* tenir ce que cet illustre pontife leur a, depuis douze ans, si solennellement promis?
Puisciu'en 1847, en 1853 et en 1855, le pape Pie IX était décidé à délivrer l'Eglise de Rome des entraves du pouvoir temporel , quels changements ont donc été
opéi'és depuis lors dans rddminislration de cette Eglise, ])Our que le monde puisse jamais crc^re que ce même pape la jugerait aujourd'hui indigne des libertés dont son fondateur et les apôtres Vont dotée, et que ce même pape Pie IX croyait indispensables, il y a quatre ans? Et quand même les souverains n'auraient pas cru né-« cessaire de procurer aux peuples des institutions plus OMifonnes aux progrès et à l'esprit du siècle, n'y auraitil pas à craindre que les peuples ne s'avisassent de pour-
voir eux-inêmes à ce qu'il leur faut, en donnant euxrmêmes à cette affaire la direction efu'il leur convient?
Ensuite ces mêmes Romanistes d'aujourd'hui, qui qualifient d'anarchie et de dépravation la prépôndé^ rance de ces institutions libérales et apostoliques, pourquoi les approuvaient-*iIs avec enthousiasme, il y a seulement quatre ans ? Pourquoi prodiguaienb-ils alors les louanges les plus exagérées à la haute protection que ce même pape accordait aux opinions énoncées dans notre livre V Eglise Orieniale? Pourquoi ^ntaient^ ils si haut l'orthodoxie et la sagesse de ces opinions, et les bonnes intentions^ la science et le zélé de Vautetir?
Mais nos lecteurs, qui ne connaissent pas le système du Romanisme, se demanderont peut-»être sur quoi se basent maintenant les uUramontains pour défendre la confusion des deux pouvoirs entre les mains du pape, cette confusion non-seulement condamnée par Jésus-Christ lui-même, par saint Pierre, saint Gelase, Nicolas P^ Etienne V, plusieurs autres papes, par tous les conciles œcuméniques et par les écrits de tous les
Pères de l'Eglise, mais que Pie IX lui-même a réfutée et a laquelle il a renoncé depuis 4847, par une série de faits publics et incontestables?
Quels droits opposeront-ils au droit naturel et ai la ferme résolution de ces peuples qui souffrent et cherchent a se soustraire au joug d'un gouveinement anormal et rétrograde?
Auraient-ils par hasard la folle prétention d'amener les sc^uverains éclairés du siècle où nous vivons à se ranger du côté des oppresseurs plutôt que du côté des opprimés? *
Les Romanistes réfutent tout cela par une phrase d'un souverain laïque, et ils citent ces mots prononcés jadis par l'empereur Napoléon l^^ : Ce sont les siècles qui oiU fait tout cela, et ils Pont biefi fait (1).
Partant de là, les Romanistes proclament « qu il n'y a a plus rien a faire qu'à reconnaître le fait accompli <x de l'existence du pouvoir temporel tel que les siècles a l'ont constitué (2). »
Soit! nous admettons à priori ce nouvel argument, le seul que les Romanistes aient l'air de vouloir aujourd'hui employer de préférence aux privilèges de la suprématie de saint Pierre sur les autres disciples, aux concessions politiques et territoriales ajoutées par Constantin et autres empereurs aux droits divins du bienheureux apôtre. Nous reconnaissons comme eux que le
(1) Le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, dans son discours à Tempereur Napoléon III, en 18o9, ^)V Univers^ 21 janvier 1860.
pouvoir tem|>orel dans la personne du pape de Rome, est un faHaccmnpli. Nous avouons également, mais pour un seul moment, que l'empereur Napoléon P' devrait être infaillible en toute matièi'e, puisqu'il y a des cardinaux qui mettent ses opinions sur l'Eglise au-dessus des prescriptions de Jésus-Christ, des institutions apostoliques, des canons, des conciles œcuméniques, des opinions des Pères de l'Eglise et du pape actuel luimême (i).
Mais, nous le demandons aux Romanistes : les peuples des Romagnes et ceux du reste de l'Italie, ainsi que tous les autres peuples chrétiens, n'auraient-ils jms le droit d'invoquer, eux aussi, cette même sentence de Napoléon !•' sur les faits accomplis?
Sans doute, si celui qui la prononça était aujourd'hui sur le trône de France, et qu'un évoque de ce même pays eût voulu se servir de cette sentence comme d'une arme contre les idées magnanimes de son souverain, Napoléon l*"*" ne lui aurait-il pas répondu : Oni^ Mon-*
(\) Voilà ce que Tévéquc acliicl de Uonic a, en 1853, approuvé %v\x la valeur des opinions non-scuiemcnl des Iiommes laïques, mais même des Pères de i*Egiisc >is-à>>is des décisions des conciles^ œcuméni([ues : « Dans les conciles œcuméniques, dit-il, c'est le Saint-Esprit qui vispire et fait parler les pères qui les coraposent, et lettrs décisions sont pour cela des lois divines. Le concile terminé, ces mêmes pères n'ont plus ce droit: en dehors du concile, soit en particulier soit en assemblée, il n'y a qm des hommes qui parlent , et si leurs opinions sont contraires aux décisions des conciles, ces évêques sont ipso fado des hérétiques. » {L'Eglise Orientale, III« parlie. p. 133.)
aeiyneur^ la barbarie des siècles du moyen âge toléra ces sacrilèges cmpièle^nents ; mais les lumières de r époque oà flous vivons les délruisirenl : ce sont les siècles qui ofU fait cela^ et ils l'ont bien fait!...
Car Napoléon P' savait (aussi bien que le sait Na|)oléon III) que les siècles détruisent toujours ce que d'autres siècles ont fait, qu'il n'y a d'immuable ici*bas que les prescriptions divines et les droits naturels d(» l'homme ; enfin , que tout fait est un fait accomplit...