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ACTUELLE DES ROMANISTES

Le pape Pie IX, nous Tavons déjii dit, fut Thomme célèbre qui, en 1847, renversa de nouveau le Romanisme relevé de sa chute par les traités de 1814 et de 1813. Mais la persévérance du moribond l'emporta bientôt sur Tinexpérience du pieux pontife, tenant dans ses mains tremblantes le timon de la barque politique du monde, ballottée par la plus terrible des tempêtes.

Le pape Pie IX fut donc à son tour terrassé par le Romanisme, qui voulut lui faire abjurer toutes ses vertus chrétiennes, tous ses principes humanitaires, et le forcer d'implorer l'assistance du bras séculier pour ressaisir son autorité temporelle, faire amende honorable et se placer sous la férule de son implacable ennemi. En effet, dès sa réinstallation, les résultats de la victoire du Romanisme furent l'annihilation du libre arbitre du souverain-pontife. Aussi, lorsqu'apres

la guerre d'Orient, le congrès de Paris, sentant la nécessité de provoquer des réformes dans les Etats pontificaux, avait décrété que la cour de Rome devait modifier son système politique, le Romanisme, qui veillait à la conservation de son pouvoir, répondit par un veto absolu. Bientôt après éclata la guerre d'Italie, et l'empereur Napoléon III, tout en venant en aide aux nationalités, voulut préserver le souverain-pontife des conséquences fatales que devait entraîner pour la cour de Rome l'application du grand principe de la liberté des peuples. C'est alors qu'il demanda au Saint-Siège les réformes indispensables et en harmonie avec les aspirations de notre siècle; mais le Romanisme se déclara l'ennemi de l'auguste conseiller, et , aveuglé sur les dangers qui le menaçaient, répondit par une fin de non-recevoir.

L'absolutisme vaincu, la paix de Yillafranca rétablit les droits des peitples et voulut consacrer dans un congrès sur des bases inébranlables le nouveau droit public européen, restaurer l'autorilé de Rome, et lui assurer, avec une position politique éclatante, son indépendance menacée autrefois par l'Autriche; mais le Romanisme, rejetant toute transaction, força Pie IX k protester contre toute réorganisation de l'Italie.

En présence d'une autorité morale et d'une force matérielle aussi imposante que celle que le protecteur de riialie mettait au service de la civilisation, le Romanisme sentit que le jour était venu où la domination sur le souverain-pontife n'était plus suffisante pour

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échapper a sa ruine, et, cherchant partout de nouveaux auxiliaires, en vint à l'emploi de tous les moyens. Or, ne pouvant plus égarer l'opinion publique sur les intérêts politiques, dont il était seulement question, le Romanisme voulut faire intervenir la religion comme menacée l>ar sa base, à l'aide de la confusion des deux pouvoirs. C'est alors que, par ses instigations, se produisirent, de tous les points de la catholicité, des adresses d'évêques, de congrégations religieuses, de catholiques irlandais, de collégiens des jésuites , et de femmes pieuses dont on troublait la conscience.

Conduisant la main tremblante du pontife , que les terreurs qu'ils lui inspiraient tenaient renfermé au Vatican, les Romanistes répondirent par des remercîmcnts justificatifs du péril- imaginaire auquel ils s'efforçaient de faire croire, ne parlant que des dangers de l'Eglise et du Saint-Père, et nullement de la situation politique des Etats romains, nullement de l'autorité du roi de Rome. Spectacle digne de la compassion de tous les vrais chrétiens, enseignement de Dieu à son Eglise qui devait se produire dans notre siècle!... un vénérable et pieux septuagénaire, encore sous l'impression de l'insuccès de ses grandes réformes, rabaissé par une faction coupable k Jouer le rôle des principicules chassés à Solferino, invoquant depuis le secours de l'autorité religieuse pour sauver des biens de ce monde!.... En dépit des efforts du Romanisme, les événemenls marchaient; sa cause était perdue ; mais au lieu de la résignation prêchée par Jésus-Christ, ce furent des cris de

baine impuissante que cette faction jeta à la Ëice des souverains et des peuples!...

Le Romanisme, après avoir écrit, Toalat parler, et c est alors que, par Torgane du Saint-Père auquel était ravi le libre arbitre, il répondit aux félicitations do général comte de Goyon, par cette allocution que tout le monde connaît et qui vint affliger les vrais catholiques et remplir l'Europe de stupeur!... Par une coïncidence remarquable, une lettre de TËmporeur Napoléon III au Saint- Père partait des Tuileries en même temps que le Romanisme exhalait ses fureurs insensées.

Nous n'établirons pas de parallèle entre rallocotion du 1®' janvier et la lettre du 31 décembre. Ces deux do-^ cumentst que toute TËurope a appréciés, donnent la véritable mesure de ce que peuvent le ^n sens et la medération d'un grand politique à Vencontre de mauvaises passions suscitées par la haine et la peur d'une faction vaincue.

Ici le pape, comme toujours, a été hors de cause; fone lio iroppo dello^ s'écriaitcet infortuné vieillard, protestant ainsi contre le discours soufQé par les Romanistes.

Mais il fallait répondre à la lettre de l'empereur Napoléon III, et c'est alors que le Romanisme produisit ce factum du 8 janvier, se résumant dans ce mot, qui définissait toujours chez les Romanistes les situations extrêmes : non possumus.

Inquiet et troublé du silence de la chrétienté, malgré la progression constante que les événements im-*

primaient k la solution de la question italienne» le Humanisme n'avait plus qu'à &ire appel aux plus mauvaises passions pour la défense de ses intérêts» c'est ce qu'il fit. Le 19 janvier» fut lancé du Vatican» sur la chrétienté étonnée» l'encyclique aux patriarches» prt- .mats» archevêques» évêques, etc.

Qu'il nous soit permis de citer l'opinion de la presse française» elle résume ce document :

« La cour de Rome vient prêcher jusqu'au cœur de la France une croisade contre les principes de la révolution de 89» qu'elle appelle pernicieux ; contre la société civile et contre le chef de l'Ëtat» qui lui a donné tant de preuves de déférence et de respectueux dévoùment; elle fait comparaître l'Empereur devant le tribunal de Dieu même et le menace de la justice divine. »

L'effetqu'altendait le Romanisme ne se produisitpas. Nul ne songea à attribuer au Saint-Përe la responsabilité d'une œuvre pareille. L'opinion publique avait par intuition compris depuis longtemps que la cause de rÉglise était séparée de la cause de la royauté de Rome, et que cette dernière seule était en question.

Le Romanisme s'était lui-même porté le dernier coup.

Nous nous arrêtons à ce dernier manifeste de la domination romaine aux abois; il n'entre par dans notre cadre de retracer les injures, les violences, les calomnies auxquelles le Romanisme s'est livré depuis; qu'il nous suffise de dire que l'examen des faits et des documents, que nous venons d'énoncer, prouve surabondam-

menl que ce gi*aud {)ape qui, des 1847, avait inaugure une ère de civilisation pour Tltalie opprimée, qui voulait ramener TEglise aux vraies doctrines de Jésus- Christ en donnant, lui chef suprême de la catholicité, l'exemple de Tabandon des biens de ce monde pour ne songer qu'à faire revivre pour l'Eglise ces temps glorieux où tous les disciples du Christ ne formaient qu'un seul troupeau sous la conduite d'un même pasteur, que ce saint pontife, dont nous avons été à même d'apprécier par nos relations suivies les idées généreuses et lesgi*andes vertus, ne peut être responsable des fautes, des violences, de l'aveuglement d'une faction représentant ridée païenne de la domination universelle de l'ancienne Rome.

Enlevez donc au Romanisme ce point d'appui qu'il a usurpé, enlevez-lui le pouvoir qu'il emprunte à la religion, et, nouvel Antée, il retombera sans force devant le progrès dominateur de cet Hercule nouveau que rien n'arrête et qui marche vers le but que la Providence lui a assigné.

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