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CHAPITRE XXXVII

NAPOLÉON 111, EN TRAVAILLANT. A LA RESTAURATION DES NATIONALITÉS OPPRIMÉES, NE FAIT QUE CONTINUER, EXAC- TEMENT ET DANS LE MÊME BUT QUE LUI, l'gEUVRE INAU- GURÉE EN 1847 PAR LE PAPE PIE IX.

De tout ce que nous venons de traiter dans ce livre résultent les conclusions suivantes :

Les bases constitutives du gouvernement romain, ou Romanismc, furent, depuisla fondation de Rome jusqu'à nos jours, la force matérielle, la ruse, la fausseté, la violation de tous les droits de l'homme social et l'emploi de toute espèce de moyens pour arriver à son but invariable, la domination absolue du monde entier.

Aussi, le Romanisme n'a jamais pu admettre, ni même tolérer de principes libéraux, soit sous son régime païen, le seul qui fût le plus en harmonie avec sa nature, soit sous la forme chrétienne, que la force des circonstances lui imposa.

Le Romanisme fut toujours pleinement pénétré du

but de sa mission; il a toujours agi avec persévérance

et a toujours été conséquent dans ses actes: païen, il proscrivit le Christianisme et fit tout son possible pour récraser; n'ayant pu y parvenir, forcé même d'en prendre toutes les formes extérieures, il s'occupa d'en paganiser tous les principes et de dominer le monde par lui : il réussit» et, joignant sa nouvelle domination à l'ancienne, le Romanisme gouverna arbitrairement le monde durant plus de vingt-cinq siècles !

Par opposition, les défenseurs naturels des deux grandes colonnes qui soutiennent tout l'édifice social, les princes et les évéques, quoiqu'animés le plus souvent de l'intention de le combattre, succombërent toujours dans leurs luttes contre lui, et cela, parc 3 que princes et évéques avaient également méconnu le but de leur mission, n'avaient jamais agi avec persévérance, et ne furent jamais conséquents dans tout ce qu'ils faisaient. Aussi princes et évéques furent-ils réduits à traîner le char de triomphe de leur insolent subjugateur, ou de marcher à sa remorque, tandis que les peuples et le clergé lui servaient d'aveugles instruments,

Si, de nos jours, le pape Pie IX d'abord et Napor léon III ensuite, ont agi avec persévérance et ont voulu être conséquents dans leurs actes ; si ces deux grands soutiens des deux colonnes de la société ont été bien pénétrés de l'idée, qu'on peut consolider Tordre social beaucoup plus facilement par des institutions libérales accordées aux peuples opprimés , que par de fausses décrétales et par des traités pareils àceuxde 1814, c'est que le pape Pie IX et Napoléon III ont bien compris

— voleur mission ; c'est que le pape Pie IX et Napoléon 111 étaient intim^nent convaincus qu'ils devaient être de leur siècle ; c'est que le pape Pie IX et Napoléon III ont voulu prévenir des catastrophes inévitables. Ils sa-* valent bien tous deux que les justes exigences des na* tionalités opprimées se satisferaient quand mêmel...

On ne doit donc pas attribuer soit au caprice d'un nouveau prince, soit aux seules vertus chrétiennes de Pie IX la restauration politique et religieuse que ce souverain-pontife s'efforçait d accomplir en 1847; également il serait inutile de motiver les détails des ré* formes libérales que ce grand pape voulait introduire dans la Péninsule italique au moyen de la constitution accordée au peuple romain, comme il serait indifférent d'examiner jusqu'à quel point seraient efficaces les moyens que cet illustre prînce-évêque avait en vue pour l'émancipation des chrétiens d'Orient. Le temps a démontré, après coup, par des preuves "incontestables, que cette restauration politique et religieuse, ces réformes dans la Péninsule italique et ces projets d'éman» cipation des chrétiens d'Orient, étaient des|faits impérieusement exigés par la nature des choses, par la force des circonstances.

Le plus inepte des papes, le plus indolent ou le pluâ impie, un Léon IX ou un Alexandre VI, s'il se trouvait de nos jours sur le trône de Rome, aurait agi comme l'a fait le pape Pie IX.

Hildebrand lui-même, s'il eûtété pape enl847,auraît, comme le pape Pie IX, projeté et proclamé une charte

coQstitutioonelie, avec le même empressement qu'il

mit, en 1078, à projeter et à proclamer les fausses dé-

crétales d'Isidore.

Certes ce ne fut point le génie ou l'audace d'Hilde-

brand, qui avait alors obligé l'empereur Henri lY de

rester trois jours et trois nuits, nu-pieds et couvert du

sac de la pénitence, se morfondre à la porte de ce Cali*

gula mitre, pour être relevé d'une excommunication :

Ce fut la barbarie du onzième siècle ! . . . .

Si la querelle des investitures se soulevait de nos

jours, et que ce même Henri IV fût sur le trône d'Allemagne, il prendrait l'excommunication qu'un pape Grégoire VU lancerait contre lui, de la même gaité de cceur que la reine d'Espagne et le roi de Piémont prirent, il y a cinq ans, les excommunications que la cour de Rome leur lança, à propos de la querelle survenue ' au sujet de la vente des biens ecclésiastiques, et Taffaire en resterait là.

Lorsqu'au siècle brutal d'Hildebrand , Roland de Parme vint à Rome pour présentera ce pape les lettres oflicielles de l'empereur d'Allemagne et du concile de Worms, son caractère même d'ambassadeur d'un grand souverain ne fut point respecté ; Tévêque Jean de Porto cria : « Qu'on le prenne ! » le préfet et la milice de Rome se jetèrent sur lui pour le mettre en pièces, et il put à peine retourner vivant en Allemagne

Mais on sait bien de quelle manière le comte delà Minerva, ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne près du Saint-Siège, fut congédié de Rome en 4859 ; et

comme* si , pour la manifestation de ses sentiments, il neûl pas suffi au peuple d'accompagner en triomphe, alors qu'il sortait de la ville , le représentant d'une nation mise^^ l'index, mais libérale^ ce même peuple laissa passer devant lui le pape Pie IX, qui en 1847 était son idole, sans que personne lui jetât un cri de salut , sans que personne se souciât ni du lieu ni du but de son voyage!....

Ceci nous rappelle ces mots si célèbres d'un homme

d'Etat (Mirabeau) : Le silence du peuple est la leçon des rois.

Ce ne fut non plus ni l'ambition de la France, ni le caractère chevaleresque de ses habitants, ni le génie et l'énergie de son Empereur actuel, qui avaient provoqué et fait lés derniers actes qui se sont opérés depuis son avènement au trône.

C'est la force des circonstances, qui n'avait élevé Napoléon III sur le trône de France qu'à la condition d'accomplir tous ces faits nécessaires, parles grands moyens que sa position d'empereur des Français lui donnait, moyens dont un pape de Rome ne pouvait pas disposer.

Tout souverain de ce pays, un Charles X ou un Louis- Philippe, le Consulat ou la République, aurait dû agir, après 1847, comme Ta fait Napoléon III.

Il y avait un stimulant beaucoup plus énergique que toutes les combinaisons et que tous les calculs humains, une force beaucoup plus invincible que les armées des souverains ; il y avait enfin une nécessité absolue qui

exigeait l'accomplissement de ces actes: c'était l'or-^ gapne du siècle où nom vivons /. . . .

Car les lois de la nature sont immuables et au-dessus de toutes les combinaisons, de tous les calculs, de toutes les forces de l'homme, parce qu'elles sont l'expression des décrets suprêmes de la Providence.

Remontons un peu k ces causes inévitables.

L'humanité, fortement comprimée dans ses mouvements et suivant les impulsions indomptables avec lesquelles son créateur l'a pétrie, éclata par la révolution de 1789. La France ne fut que le point d'où l'explosion partit pour répandre, comme elle l'a fait, sur tout l'univers ses principes divins, les seuls qui puissent procurer le bonheur à l'homme social.

. S'il en eût été autrement, ces principes n'auraient pas pris le développement qu'ils ont eu dans tous les pays du monde.

Après le remplacement de ces principes par les traités de 1814, après la compression des principes libéraux par la prétendue restauration de 1815» la diplomatie de ces temps-là reposait insouciante sur le volcân dont elle croyait avoir pour toujours scellé l'unique cratère! Elle s'imagina donc de pouvoir parvenir à comprimer les tendances naturelles des peuples par les espions de la police et ceux du confessionnal, et à étouffer toute liberté sociale par un despotisme universel et systématiquement organisé.

Mais les traités de 1814 furent tellement contraires à la nature des choses, qu'ils furent, dès le lendemain de

leur ratification, violés par ces mêmes souverains qui les avaient signés.

La restauration de 1815 ne fut qu'un enfant mort-

né!

L'espionnage de la police et celui du confessionnal n'eurent pour résultat que de pousser les exaltés à conspirer contre la vie des souverains et de réduire les chrétiens à mépriser les pratiques religieuses!..

Enfin le despotisme organisé jeta les peuples dans un tel désespoir qu'on ne demanda plus partout qu'une seule et même chose : un changement à tout prix t..

Mais, malgré les manifestations journalières des peuples, la diplomatie qui gouverna le monde depuis 1814 jusqu'à 1847 avait placé toute sa confiance dans le statu qm. Elle prétendit faire reposer sur les pieds d'argile de ce fantôme, le poids bien lourd de l'édifice social tout entier. Dès lors, il ne fallut qu'un léger choc pour renverser ce honteux échafaudage. Le pape Pie IX, en montant sur le trône, eut le courage chrétien de remplir cette glorieuse tâche! ...

Les principes divins de 1789 reparurent immédîater ment dans toute leur splendeur !

Le vicaire de Jésus-Christ les proclama aux peuples de l'Italie du haut de son siège sacré; la France, et après elle tout le monde, s'empressa de les adopter. Le gouvernement autrichien, lui-même, fut forcé de les tolérer, et l'empereur François II proclama la constitution à Vienne, en rtiafs 1849.

Mais rhommé qui était à la tête du mouvement uni-

versel n'était qu'un prêtre, en effet véritable prêtre chrétien, mais n'ayant pour toute expérience politique que son entier dcvoùment aux principes libéraux du Christianisme, et pour toute force de caractère, que la résignation de celui que le Romanisme avait attaché sur la croix!

Aussi les rênes échappërent-elles des mains du pieux pontife qui, terrassé par les infâmes manoeuvres du Romanisme, tomba entre les mains de ses ennemis, fut enlevé de sa capitale, et emmené prisonnier a Naples.

Mais la tempête universelle qui suivit la suspension de l'accomplissement de ce grand plan du pape PIq IX, réclamait un pilote courageux et expérimenté, qui pût saisir le timon de la barque s' agitant à deux doigts du gouffre qui s'ouvrait devant elle, et tout le monde tourna ses regards vers la France.

S'il ne se fût agi à cette époque que de trouver un souverain pour remplacer la dynastie déchue du trône de ce pays, l'élévation de Napoléon III à ce trône ne serait qu'un de ces événements qu'on voit assez souvent se répéter partout, depuis qu'on ne cherche plus des pays pour les donner en apanage aux princes sans terres, mais que les peuples se choisissent des hommes capables de les gouverner, comme cela se fit en France en 1830. Mais, de nos jours, il ne s'agissait de rien moins que d'une élection pareille k celle du roi-citoyen. Peuples et souverains étaient convaincus que, pour éviter la catastrophe qui menaçait tout le monde,

il fellait un conducteur qui, tout en comprenant l'imminence du danger, eût en même temps la force d'âme et la capacité voulues pour rétablir Tordre, la paix et l'équilibre européen.

Il n'y aurait donc pas d'exagération à dire que Napoléon III ne fut pas seulement l'élu du peuple français, mais bien celui de l'Europe tout entière: ce fut l'homme que les besoins de tous les peui)les réclamaient, et l'instrument choisi par la divine Providence pour accomplir ses desseins ! . . . .

Aussi fut-il acclamé par tout le monde: le grand empressement que tous les souverains mirent à lé reconnaître, en foulant aux pieds les traités de 1814 qu'eux-mêmes avaient signés, était la plus grande manifestation de tout ce que peuples et souverains attendaient de lui.

Cependant il n'y avait pas moyen, soit de rétablir l'ordre social, soit de conclure une paix durable, soit de créer un véritable équilibre européen, sans émanciper les nationalités opprimées de l'Empire byzantin et celles de Vltalie, sans délivrer l'Eglise du joug honteux du pouvoir temporel, sans déchirer les traités antisociaux de 1814 et 1815, enfin sans accomplir, par quelques sacrifices que ce fut, le grand plan dont le pape Pie IX avait en 1847 commencé l'application.

Or, Napoléon III, en faisant les guerres d'Orient et d'Italie, n'a fait que remplir les conditions auxquelles l'Europe tout entière le plaça sur le trône de France.

Car, après le bouleversement du plan pacifique de

Pie IX, ces deux guerres étaient nécessairement deve* nues le seul moyen d'exécution qui restât à ces grandes œuvres. De plus^ ces deux guerres étaient la conséquence naturelle et la suite inévitable du grand mou-f vement de restauration dont ce nième pape Pie IX fut le promoteur, et dont il commença lui-même Texécu* tion en 1847.

Ces deux guerres ont accompli les projets magnanimes du souverain-pontife, elles ont émancipé les chrétiens d'Orient, elles ont rétabli dans leurs cb*oits les nationalités italiques, et elles rendront à l'Eglise sa splendeur primitive, parla séparation du pouvoir temporel du spirituel.

- Nul doute que le pape Pie IX, s'il était réellement libre, n'eût fait disparaître cette étrange confusion: car si le pape actuel , cédant à des suggestions intéressées, s'obstinait à prétendre la conserver par les armes, n'aurait-on pas, entreautres, le droit de retourner de toute oa force contre lui le terrible argument qu'il opposait à l'empereur d'Autriche, lorsqu'il lui écrivait : . « Votre (lominatlon en Italie ne serait ni noble ni heih reuse, puisqu'elle ne reposerait que skv le fer (1). »

Sans doute ces deux guerres ont fait couler bien du sang, elles ont coûté d'énormes sacrifices; mais n'étaient-elles pas de nécessité de vioyen^ après la faute que les grandes puissances avaient faite de ne pas aider le pape Pie IX à l'exécution de son vaste plan pacifique,

(1) Voyez plus loin cette lettre.

ou au moins de ne pas s'emparer des lors de ce même plan» après la mésaventure: du pontife, et de le diriger elles-mêmes suivant l'esprit du siècle?

Nécessairement, après tous ces mécomptes, elles de* valent recourir à des moyens extrêmes, à des guerres mineuses, à des détours diplomatiques, pour obtenir ces trois conditions, que le pape Pie IX eût obtenues beaucoup plus facilement et avec moins de secousses politiques, s'il eût été secouru!...

Donc, le pape Pie IX et l'empereur Napoléon III partaient du même principe, poursuivaient le même but et étaient forcés par l'esprit du siècle, par les be* $oins des peuples et par l'impérieuse nécessité du développement de la nature humaine, de faire tous deux la même chose; ils l'ont faite.

S'ils n'ont pas, tous les deux, employé les mêmes moyens, s'ils n'ont pas atteint le même but, la raison en est que le pape, ne pouvant pas disposer de grandes forces régulières, l'ut obligé de recourir à l'élément populaire, tandis que Napoléon , souverain d'une grande nation, s'adressa d'abord aux cabinets des puissances, et, ne pouvant leur faire partager ses idées généreuses, eut recours à la dernière raison des rois.

D'un autre côté, le pape fut trahi par ses ministres et par le clergé romaniste, tandis que Napoléon trouva dans ses conseillers, dans la nation française et dans les grandes puissances, le plus énergique concours.

La seule et presque insignifiante différence qu'on aperçoive dans la manière d'agir de ces deux souve-

rains, c'est que le pape Pie IX commença par la restauration des nationalités italiques, tandis que Napoléon III commença par celle des nationalités de l'Empire byzantin.

Toutefois, il y aurait de l'injustice à reprocher à ce souverain de n'avoir pas, comme on l'a dit, fermé définitivement le temple de Janus, après l'émancipation des nationalités byzantines proclamée parle congres de Paris.

Pouvait-il raisonnablement s'arrêter, lorsque la moitié du divin programme donné en 1847 par le pape Pie IX, et précisément la partie de ce programme que Sa Sainteté jugeait la plus importante, puisqu'il avait commencé par elle, n'était pas encore accomplie? Donc la guerre d'Italie était indispensable pour achever l'œuvre que le pontite romain avait commencée douze ans avant l'empereur Napoléon.*

En effet, que fit le pape, lorsque, par suite de l'impulsion qu'il avait donnée, la guerre de l'indépendance allait prendre un caractère décisif? Jouissant à cette époque de la plénitude de sa liberté, il adressa, le 3 mai 1848, à l'empereur d'Autriche la lettre que voici :

a Notre cher fils,

a Ça été l'usage constant du Saint-Sîége de prononcer c( une parole de paix au milieu des guerres qui ont (( ensanglanté le sol chrétien; et, dans notre allocution « du 29 avril, en proclamant qu'il répugne à notre « cœur paternel de déclarer une guerre, nous avons

a expressément aDDoncé notre désir ardent de contri* <c buer k la paix. Qu'il ne soit donc pas désagréable a a Votre Aiajesté que nous fassions appel à sa piélé et à (c sa religion, Texhortant avec une affection paternelle (c à retirer ses armes dune guerre, qui, sans pouvoir « reconquérir à l'Empire les esjrrils des Lombards et des <f Vénitiens, traine à sa suite un funeste cortège de « malheurs, malheurs qu'elle-même déteste certainece ment; qu'il ne soit point désagréable à la généreuse (( nation allemande que nous l'invitions à déposer les « haines et à convertir en utiles relations d* amical voisin (f nage une domination qui ne serait ni noble ni heu-' « reuse, puisqu'elle ne reposerait que sur le fer.

a Nous avons donc la confiance qu'une nation si légia thnement fière de sa propre nationalité, ne mettra pas (( son honneur dans des tentatives sanglantes contre la c( nation italienne; mais qu'elle le croira plutôt inté- « ressé à reconnaître noblement celle-ci pour sœur ; tf toutes deux nos filles, toutes deux si chères à notre c( cœur, consentant à habiter chacune son territoire (c naturel , où elles vivront une vie honorable et bénie « du Seigneur.

(C Nous prions le dispensateur de toutelumiëre et l'au- « teur de tout bien d'inspirer les résolutions de Votre « Majesté, pendant que du fond de notre cœur nous lui « donnons à elle, a Sa Majesté l'impératrice, et à la face mille impériale, notre bénédiction apostolique, d

« Plus Papa IX. »

£t quelques jours plus tard, son premier ministre, le cardinal Antonelliy écrivait dans le même srasla lettre que nous reproduisons dans la note ci-dessous (1).

(1) À Moniteur Parini, chargé cT affaires delà cour de Rome au camp dm roi Charlet- Albert,

M Monsieur,

» Le Sainl-Pèreme donne Thonorable mission de vous retourner le document que tous lui a?ez adressé à la date du 7 courant, du camp de S. M. le roi Charles-Albert. Je ne vous cacherai pas que Sa Sainteté ne peut comprendre comment on veut donner à son allocution du S9 avril un sens différent de.celui qu'elle a réellement. Le Saint Père, dans celte allocution, ne s'est en aucune faron ( menomamente ) déclaré contraire à la nationalité italienne ; il a seulement dit que, comme prince de paix et père commun des fidèles, il lui répugnait de prendre part à laguerre ; mais çu*il ne voyait pat comment il aurait pu enchaîner Vardeur de ses sujets. Il y témoignait ensuite la satisfaction qu'aurait éprouvée son cœur, s'il avait pu devenir médiateur de la paix.

• En partant do celte idée, qui est parfaitement expliquée dans l'allocution, vous pensez que Sa Sainteté pourrait aujourd'hui très-opportunément interposer sa médiation comme prince de paix, dans le sens de V établissement de la nationalité italienne. Vous savez comment moi-môme tout particulièrement* avant \olre départ de Rome, j'ai caressé celte idée. Vous pouvez donc bien croire combien je serais heureux si je pouvais la voir mener à bonne fin.

u Aujourd'hui, 9a Sainteté m'a autorisé à vous donner commu* nication, tous la réserve du plus grand secret, d'une lettre que^ ces jours passés, elle a écrite en ce sens à S. M. l'empereur d'Autriche. Vous pourrez voir que cette pensée n'a point échappé à la sagesse de Sa Sainteté et à l'amour qu^elle nourrit pour l'Italie (air amore che nutre per Vltalia). Je vous préviens que Sa Sain*

Depuis le 1'' janvier 1859 jusqu'à ce moment, Napoléon III a-t-il demandé à l'Autriche autre chose que ce que lui demandait précisément le pape Pie IX, imr sa lettre du 3 mai 1848?

Le programme de l'empereur des Français conte*nait-il quelque chose de plus que la lettre de Sa Sain^ teté, dont nous venons de donner la copie? Les ministre^ de Napoléon 111 expliquaient-ils au gouvernement autrichien les intentions de leur souverain d'une manière différente de celle que le cardinal Ântonelli expliquait celles de Pie IX, alors que, le 12 mai 1848, il adressait à M. Farini la lettre que nous avons reproduite?

Rétrogrades, répondez au monde qui vous le de^ mande; dites quelle est la direction que vous céves pouvoir maintenant être donnée au cours des affaires; par les grandes puissances, par la France et par son empereur?

Prétendriez-vous, par hasard, que les gouvernements

Iclé se dispose à écrire pour le môme objet à S. M. le roi Charles-Albert.

« Si Sa Sainteté voyait les esprits disposés à des accommodements de paix raisonnables, dans le but d'assurer la nationalité italienne (nel senso di assicurare la nazionalità italiana)^ vous pouvez penser si elle serait disposée à s'y employer cfflcacement, au prix même de quelque ennui personnel que ce fût. Le Saint-Pére recommande à \otre activité et à votre prudence une bonne conclusion pour ce qui concerne les troupes ponliûcales eo trouvant, au-delà du Pô.

« Le cardinal Antonelli.

u Rome, l^mai 4848. »

doivent retourner aux déplorables époques des Néron et des Grégoire VU? Vous plaîriez-vous à voir un autre fils d'Agrippine chanter, en s'accompagnant d'une lyre, l'incendie qu'il aurait allumé lui-même dans la capitale de ses Etats; ou trouveriez-vous de la satisfaction à voir le plus grand empereur de l'Europe se morfondre, trois jours et trois nuits durant, à la porte du palais de la maitresse d'un i)ape, pour obtenir d'être relevé par lui d'une excommunication ridicule?

Mais, si, à l'apogée de notre civilisation, il pouvait se rencontrer des souverains qui, pour savourer les délices du despotisme, pussent se décider à courir les mêmes chances qu'Henri IV, les peuples ne voudraient aucunement ni des souverains exposés nu-pieds et couverts du sac de la pénitence au pilori d'un évêque, ni des tyrans foulant aux pieds les droils les plus sacrés de l'homme.

Prétendriez-vous peut-être laisser au hasard la direction des événements? Mais ce serait replonger l'Europe dans la barbarie des temps sauvages, par une de ces catastrophes générales, suite inévitable des révoltes destructives que soulèvent les peuples , a l'heure où ils sont à bout de patience et d'espoir...

C'est là ce qui serait infailliblement arrivé, si le pape Pie IX ne prenait pas l'initiative qu'il en avait prise en 1847, et si Napoléon 111 ne se décidait àmarcher sur les traces de ce glorieux pontife en 1859.

Si ces deux héros de la civilisation n'ont pas entièrerement accompli tout ce qu'ils voulaient l'un et l'autre;

Si les DalioDalités nont pas encore obtenu tout ce qu'elles avaient le droit d'attendre d'eux, néanmoins, et l'impartiale postérité leur rendra cette justice, ils ont fait,* a eux deux, tout ce qu'il était humainement possible de faire ; ils ont donné tout ce que pouvaient donner deux magnanimes souverains privés du concours de leurs frères couronnés, auxquels il ne leur a pas été possible de faire partager leurs salutaires convictions pour le bonheur des peuples et pour la consolidation des trônes.

C'est donc d'un prochain congrès que dépend la réglementation définitive de toutes les grandes œuvres, de tous les faits accomplis^ obtenus par les peuples et les souverains au prix de tant de sacrifices et de tant de secousses sociales !

Sans doute, on ne doit pas se faire illusion là-dessus : le congrès, qui tôt ou tarddoit se réunir, ne peut pas être comme im de ces mille congrès précédents, oii les représentants des puissances discutaient les intérêts spéciaux de leurs maîtres, et terminaient leurs différends réciproques par des concessions mutuelles. Qui ne sait que dans les arrangements que ces diplomates faisaient, il n'était jamais question des droits des peuples, et que ceux-ci ne figuraient que comme des valeurs nominales, comme des bordereaux de caisse ayant cours à cette bourse sociale et par lesquels ces grands banquiers réglaient leurs comptes, en se partageant les intérêts et les dividendes de la lucrative entreprise de gouverner le monde?

Oui, le futur congres a une tout autre destination! Ce sera un appel en conciliation entre les souverains et les peuples, ou, si Ton veut, entre les droits imprescriptibles des nationalités et les habitudes invétérées des gouvernements. Ce congres sera une constituante de tous les pouvoirs de la société, représentés directement et indirectement, réunis pour dresser la charte constitutionnelle des nations et de leurs conducteurs; ce sera un tribunal des décisions suprêmes, desquelles dépendra désormais le repos des peuples, l'ordre social, la consolidation des trônes; ou le déchaînement des haines populaires, l'anarchie, l'annihila tion des gouver* nements, et la destruction : ce sera le dernier juge^ fnenl social !.,.

Nous ne devons pas douter que les hauts personnages appelés comme juges a ces grandes assises de l'humanité, ne veuillent être de leur siècle; ils savent bien (jue ce grand, cet inexorable siècle oii nous vivons, ne souffre point de replâtrages, mais qu'il exige des ré^ formes radicales, justes, positives et en harmonie avec les besoins de tous les peuples. Ces personnages connaissent également que le xix« siècle appartient, tout entier, aux nationalités, et que les masses sont bien convaincues de cette vérité, la seule positivement humanitaire : a Les gouvernements ne doivent exister que

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