LE TRIOMPHE DU CHRISTIANISME, PAR L'ÉTABLISSEMENT
DE l'empire BYZANTIN.
Cependant, après trois siècles de barbares persécutions et d'atroces homicides, le Dieu des vengeances se leva!... et Constantin (1) proclama l'Empire byzantin!...
Oui, l'histoire est là pour l'attester : la translation du trône impérial de Rome à Constantînople fut une de ces grandes et inscrutables décisions de la Providence, que l'intelligence humaine ne comprend ordinairement qu'après en avoir touché du doigt les conséquences palpables ! . . .
Ce qui atteste surtout que l'œuvre de Constantin ne saurait être qu'une inspiration, un ordre de la volonté divine, c'est que les profonds politiques, qui ont en
{{) On sait bien que le premier fondateur de l'Empire byzantin n'était pas Romain. Il naquit à Naisse, \'ille de Macédoine. Le nom môme de sa famille, chlore (x^wpo;, pâle) atteste son origine heUéno-slave.
tout temps voulu rechercher et défiuir précisément les causes qui avaient engagé Constantin à entreprendre cette translation, n'ont pu parvenir jusques aujourd'hui à une explication concluante. Cependant peu d'événements ont eu dans l'histoire des conséquences aussi importantes que celui-ci.
Certes, pour que l'univers, qui depuis des siècles gravitait autour de Rome, eût tout d'un coup pris un autee centre, et un centre éternel, il fallait une tout autre force qu'un événement du hasard ou que le caprice d'un prince. La Providence seule pouvait l'ordonner ! . . .
C'est que Dieu, tout en vengeant le sang humain versé par Rome pendant trois siècles consécutifs, tout en détruisant le pivot du levier avec lequel le despotisme le plus acharné opprimait tout le monde, préparait en même temps, par la fondation de l'Empire byzantin, un véritable rempart à la civilisation contre les irruptions des barbares de l'Asie ; car ceux-ci allaient envahir l'Europe, et ils menaçaient de replonger tous les peuples de ces contrées dans la barbarie, d'où la civilisation chrétienne s'efforçait de les tirer.
En effet, Rome, qui ne se soutenait plus que par sa vieille gloire, qui rampait par système politique aux pieds des idoles auxquelles elle ne croyait plus, et qui, trop despotique par nature, trop corrompue, trop cruelle et trop souillée du sang des martyrs du christianisme, n'aurait jamais su s'attacher sincèrement à une religion monothéiste, libérale, et basée sur la mo-
raie et la diarité, Rome reconnut elle-même que la vie nécessaire à la régénération lui manquait!.... que la justice divine l'avait condamnée à l'humiliation qu'elle
avait tant méritée et que le doigt vengeur de Dieu
l'avait déjà touchée ! . . . .
S'il en eût été autrement, se serait-elle laissé déposséder de son rang de métropole du monde ?
Aussi Constantin, que son sang helléno-slave reportait instkictivement vers les idées libérales des premiers civilisateurs du monde, Constantin avait bien vu qu'un Etatqui porte en lui-même les germes de sa destruction, ne peut subsister qu'autant que personne n'y touche ! . . . . que cet Etat est semblable à ces monuments abandonnés, dont la masse imposante fait croire au voyageur qu'ils braveront éternellement les assauts du temps> et que les enfants oisifs et les bergers, en se jouant, détruisent pierre à pierre.
Voilà pourquoi, lorsque l'immortel fondateur du premier empire chrétien dirigeait, armé d'une lance, les ouvriers qui traçaient l'enceinte de la cité de Constantinople, et que les officiers de sa suite, trouvant qu'il en étendait trop les bornes, lui demandaient jusqu'où il prétendait aller, Constantin répondit : a Je suis la croix qui marche devant moi. »
Il comprenait, ce grand réformateur du monde, que la liberté des doctrines chrétiennes pouvait seule combattre et détruire le despotisme romain. Aussi mit-il pour base politique à son nouvel empire le signe de cette religion. .
C'est ainsi que Constantin accomplit la première partie de la destination de la future reine du monde.
Quant à sa seconde destination, l'Empire byzantin Ta glorieusement accomplie en martyr.
Si les envahissements des barbares de l'Asie n'avaient pas été ralentis par l'héroïque résistance que l'Empire byzantin leur opposa pendant tant de siècles ; si leurs forces n'avaient pas été exténuées par cette longue lutte; si enfin l'Empire byzantin avait succombé avant que les peuples naissants de l'Occident eussent acquis assez de force pour se défendre, dans quel état se trouveraient aujourd'hui tous les pays de l'Europe civilisée? L'oppression de l'Islamisme dont nous autres Byzantins , descendants de ces véritables croisés, de ces défenseurs de la civilisation chrétienne, supportons seuls jusqu'à ce moment l'humiliant et pénible fardeau, ne pèserait-ello pas également sur les peuples de toute l'Europe ?
Enfin, le glorieux fondateur de l'Empire byzantin fut en même temps le libérateur du christianisme et le premier souverain qui voulut appliquer à la société les doctrines libérales de l'Evangile.
La tolérance universelle fut surtout la base fondamentale de la politique de ce grand prince ; aussi, quoiqu'il eût proclamé que la croix lui avait apparu et l'avait guidé dans son entreprise; quoiqu'il eût pris le symbole de la religion du Christ comme étendard de son nouvel empire; quoiqu'il eût enfin voulu asseoir son gouvernement sur les principes de la civilisation
chrétienne, lui-même ne prit le christianisme pour sa religion personnelle qu'au moment de saf mort(l).
Constantin voulait prouver par là que la religion d'un véritable souverain doit être la tolérance.
L'histoire, en rendant hommage à cette divine qualité de ce glorieux prince, atteste hautement que, (c malgré son zèle politique pour le christianisme, (c Constantin n'a pas donné un seul martyr à l'ido- (f latrie (2) ! »
Et toujours fidèle a son système de tolérance universelle, Constantin avait forcé Rome à cesser ses persécutions contre les chrétiens et à tolérer leur religion libérale.
11 avait été plus loin encore : il avait obligé, sans les forcer, les grands de ce pays à embrasser le christianisme, au moins en apparence.
De même, nous voyons ce grand réformateur s'efforcer de mettre fin aux discussions religieuses parmi les différentes sectes du Christianisme, et engager les membres dissidents du clergé chrétien à se tolérer les uns les autres, et à n'employer d'autres moyens de conversion que la parole, conformément au sens et à la lettre de l'Évangile.
(1) El encore il n'y a qu'Eusèbe qui dise que Constantin se fit baptiser au moment de sa mort. La plupart des historiens prétendent que ce grand prince ne se fit jamais baptiser. Néanmoins, il garda toujours la même tolérance à l'égard de toutes les opinions purement religieuses.
(2) Hist* du Bas-Empire^ par Lebeau, tome I*»^, chap. V.
C'est ainsi que, dans le concile de Nicée, quoique Constantin approuvât que la majorité des voix dût prédominer dans la proclamation des dogmes de TEglise universelle, il exigea pourtant que les Ariens fussent également libres de croire suivant leurs propres convictions. 11 rappela même Arius de l'exil et le rétablit dans son diocèse.