CHAPITRE VI
l/ ÉGLISE DE ROME ET LES ROMANISTES.
Plusieurs papes de Rome ont en tout temps proclamé r identité des dogmes des deux Eglises, Orientale et Occidentale. Ces vénérables évêques ont soutenu, dans toutes leurs bulles et dans leurs encycliques, que nonseulement ces deux Eglises sont également orthodoxes, mais qu il n y a jamais eu de schisme réel entre elles, et que les différences qu'on remarque dans les expressions du Symbole, ainsi que dans différentes pratiques religieuses, ne sont q\x apparentes.
On se demande alors avec le plus juste étonnement, comment il peut se faire que, d'un côté, Rome proclame officiellement tous ces principes et prescrive à tous les prêtres et évêques latins qui vont en Orient, de les observer scrupuleusement, tandis que, de Vautre, les missionnaires de cette même Eglise d'Occident s'occupent avec tant d'activité de la conversion des schisma-tiques? Pourquoi ces gens-la font-ils tous leurs efforts pour latiniser tes pratiques et les usages des Orien-
— Si —
taux? pourquoi falsifient-ils leurs livres d'église? pourquoi défendent-ils à tout Occidental d'entrer pendant l'office dans une église orientale, sous peine d'excom-*munication? pourquoi Rome, au lieu d'effacer les différences déjà existantes et qu'elle qualifie d'apparentes (1), érige-t-elle , sans nécessité aucune, de nouveaux dogmes incompréhensibles, dont elle prétend imposer la croyance à tous les chrétiens, sous peine de damnation? Enfin pourquoi Rome appelle-t-elle schismatiques tous les Orientaux? pourquoi attribuet-elle à ce mot, qui ne veut dire que séparé, la signification d*hérétiquey et qualifie-t-elle leur pays de partie des infidèles {partibus infidelium), défendant aux prêtres latins de prier pour eux, ne leur accordant pas la sépulture dans un grand nombre des Etats prétendus catholiques, ou interdisant aux prêtres orientaux de porter a la main la croix lorsqu'ils accompagnent un convoi funèbre, dans les pays où elle ne peut pas refuser un tombeau à ces chrétiens (2)?
Mais ce qu'il y a de plus inconcevable pour tous
(4) Voyez, sur l'identité des dogmes et des pratiques religieuses des deux Eglises, ainsi que sur cette qualification et autres pareilles, notre livre V Eglise Orientale ^'wn'^v'imé par ordre du pape actuel. Pie IX, parla Propagande (Je la Foi, Rome, 1855.
(2) Voici à ce sujet la réponse pleine de sens que fit, à Malte, Taumônier de la chapelle grecque aux prêtres latins qui lui défendaient de porter la croix grecque en tète d'un convoi funèbre : « — Messieurs^ si c'est la croix grecque qui vous offusque, comme M croix schismatique, faites-moi donner une croix latine, et je la tt porterai de même. »
ceux qui n'examinent point les motifs politiques de cette double manière de parler et d'agir de Rome et de ses missionnaires, c'est l'observation suivante ; L'Eglise de Rome reproche aux chrétiens d'Orient d'avoir dévié des principes de l'Eglise catholique ; elle les traite de damnés, elle les qualifie d! infidèles et de schismatiques en dehors du salut; elle les juge même indignes des prières des prêtres, de la sépulture et de toute miséricorde divine. — Cependant, si une communauté de chrétiens orientaux , ou même un individu, consent seulement a reconnaître, même en secret, la suprématie du pape, Rome lui permet de conserver toutes ses autres hérésies et infidélités, toutes ses autres différences et déviations, elle le considère comme orthodoxe et sauvé, rien qu'en faveur de cette reconnaissance occulte!...
De même, tandis que le pape Grégoire VU a solennellement érigé en dogme le célibat des prêtres et déclaré, ipso factOy excommunié tout chrétien qui aurait reçu la communion d'un prêtre marié, Rome au contraire a jusqu'à ce moment accordé le mariage aux prêtres maronites unis à elle dès le treizième siècle, ainsi qu'à tous les prêtres arméniens et grecs qui s'uniraient avec elle!...
On voit la même flagrante contradiction dans la croyance au Saint-Esprit, dans l'usage des pains azymes ou inzymes, dans la communion sous les deux espèces, dans la bénédiction du sacrement, et dans plusieurs autres différences essentielles que Rome permet
à tous ceux qui voudraient s'unir administratîvemenl avec elle, n'exigeant d'eux que de reconnaître, même en secret^ la suprématie du pape, de lui payer quelques légers impôts, en signe de soumission, et de lui céder le droit de donner à leurs évêques, en preuve de suzeraineté, les insignes d'investiture.
On attribue également au Saint-Siège la même contradiction à propos de la défense faite à ses catholiques, et sous peine d'excommunication, d'entrer dans une église grecque pendant que le saint office y est célébré ; car, d'un autre côté, cette même Rome admet et reconnaît comme très-orthodoxes et sauvés par la barque de saint Pierre tous ceux qui , pour des raisons mondaines et individuelles, auraient voulu continuer a exercer toutes les pratiques religieuses suivant le rite grec, ou tout autre rite schismatique ! . . . Elle leur permet même de se déclarer publiquement Grecs ou Arméniens, de se confesser, de communier, de recevoir tous les sacrements et d'être enterrés par des prêtres non romains, pourvu que ces hétéroclites catholiques croient en secret à la suprématie du pape (1) !
Ensuite qu'est-ce qu'on entend par cette suprématie du pape, dont on a l'air de faire le dogme des dogmes, le signe exceptionnel du véritable chrétien, le résumé
(\) Rome, par exemple, permettait, jusqu'à l'an 4831, aux Arméniens unis à elle secrètement dès la fin du dix-septième siècle, de fréquenter par tout TOrient les églises des Arméniens monophysites, de recevoir la communion des mains de pes prêtres, hérétiques d'après elle, et d'ôtre baptisés, mariés et enterrés par eux.
de la religion du Christ, en un mot la panacée du salut? Est-ce de croire que le pape, comme évêque de Rome et successeur de saint Pierre, occupe la première place dans Tordre des autres évéques et est de droit président de FËglise chrétienne? Mais ni les Grecs, ni les Arméniens, ni même les protestants, n'ont jamais nié ce droit du pape de Rome, que les premiers évéques de l'Église lui ont donné en l'honneur d'un des trois sièges épiscopaux de saint Pierre (1), et iparce que le pape était Vévéque de la capitale de l'Empire (2).
Qui donc a jamais contesté à l'évéque de Rome cette primauté ou suprématie incontestable?... qui la lui dispute? sans doute personne !
Mais l'explication de cette inconcevable manière de parler et d'agir de Rome et de ses missionnaires, la clef de toutes ces apparentes contradictions du Saint-Siège, c'est que le monde s'est habitué à confondre ensemble deux choses bien distinctes et tout à fait incompatibles et ennemies l'une de l'autre, la religion chrétienne et le Romanisme. La première a pour unique base et pour seuls principes les lois divines et les doctrines libérales, la morale, la charité et toutes les vertus sociales que Jésus-Christ enseigna. Le Romanisme, au contraire, étant la continuation de l'ancien système du gouvernement romain, est justement le contre-pied et l'ennemi juré de
(4) On sait que Jérusalem ei Antioche ont été également honorés comme sièges épiscopaux de saint Pierre.
(2) Voyez le XXVIII« canon du concile œcuménique de Chalcédoine et le XXXVI« de celui de Troullc.
la religion chrétienne, et il ne yise qu'à en fausser les principes, et qu'à les détruire.
La religion chrétienne et le Romanisme ne peuvent donc qu'être en guerre permanente. Ce sont là les deux principes, celui du bien et celui du mal; c'est rOromaze et l'Arimane des anciens ; c'est la lumière et ce sont les ténèbres du monde, c'est le bon et le mauvais génie des sociétés modernes!...
. Or, la religion chrétienne est surveillée dans toute communauté chrétienne par un pasteur spirituel qui, à Rome, est Yévéqtie de cette ville, ou pape. Le premier qui occupa ce siège épiscopal fut saint Pierre, un des disciples du Sauveur. A cet apôtre succédèrent après sa mort d'autres évoques, parmi lesquels la chrétienté compte un bon nombre de martyrs de la foi, beaucoup de saints, plusieurs défenseurs de l'orthodoxie, et autres pieux prélats qui méritèrent, par leur conduite, la miséricorde et la grâce de Dieu, ainsi que la reconnaissance imiverselle de l'humanité.
Ce sont donc tous ces véritables pasteurs des communautés chrétiennes, tous ces pieux évêquies de Rome, tous ces illustres papes, qui, ayant la conviction intérieure du Christianisme, ont proclamé sincèrement l'identité des dogmes des deux Eglises et l'orthodoxie de l'Eglise d'Orient; ce sont eux qui ont en tout temps fait de généreux eftorts pour effacer toute mésintelligence, toute apparence de schisme dans l'Eglise une et indivisible ; ce sont eux qui ont été intimement convaincus du salut de tous ceux qui
vivent d'après les commandements de Dieu et suivant les préceptes de l'Evangile.
Aussi, voyons-nous que, dans les temps primitifs de l'Eglise, alors que les conciles oecuméniques décidèrent que les évêques de Constantinople, en leur qualité d'évéques de la nouvelle Rome, devaient avoir les mêmes honneurs que ceux de l'ancienne (1), les papes de cette époque reconnurent sans opposition, sans la moindre rancune, toutes les prérogatives que l'Eglise universelle accordait aux évêques de la nouvelle capitale.
Les successeurs de ces papes avaient même été plus loin : ils reconnurent tous les privilèges de juridiction que les conciles oecuméniques et les empereurs byzantins donnaient à l'évêque de Constantinople, nouvelle Rome, au détriment de ceux que l'Eglise avait autrefois donnés k l'ancienne Rome, lorsqu'elle était ville ré^ gnante. C'est ainsi que saint Léon reconnut, en 451, le 1X« et le XV11« canon du concile de Chalcédoine, qui ordonnait que « tout différend entre un évêque ou un a clerc et son métropolitain doit être appelé devant a l'exarque du gouvernement de l'empereur, soit parft devant le siège patriarcal de la ville impériale de a Constantinople (2). »
En 583 les Papes avaient manifesté la même conduite, lorsque l'évêque de Constantinople, Jean le Jeûneur, avait ajouté à son titre celui de patriarche œcur-
(\) Voyez le III« canon du concile œcuménique de Constantinople.
(2) Voyez les actes de ce concile.
méiiique. Le pape Grégoire le Grand « Fexhorta, par a des remontrances très-fortes et très-pieuses, d'abana donner un titre injurieux à l'autorité du Saint-Siège.» Mais, comme le patriarche Jean persistait, ce grand pape craignant, comme ses illustres prédécesseurs, de faire naître des scandales dans FEglise, toléra encore ce titre (1).
Egalement, le pape Léon III, afin d'empêcher toute innovation dans l'Eglise, répondit, en 806, aux ambassadeurs de l'empereur Gharlemagne qui lui demandaient d'autoriser l'addition du filioque au symbole : « Il vaut beaucoup mieux ne point chanter de symà bole à la messe, que de le chanter avec cette addia tion (2). D
Les successeurs de ce pape, pour ne pas faire naître de différends, refusèrent également de tolérer cette innovation faite en 448 par quelques évêques d'Espagne, et ne consentirent à l'admettre qu'après la séparation des deux Eglises, en 1054, sur les instances de l'empereur Henri II. Le pape même, Benoît VIII, or- Ci) Meletius, Eist, de r Eglise, siècle VI;— et l'Eglise Orieniale,i^^ partie, page 10.
(8) Labbé, tome VII, page 4195.
Le même pape, saint Léon, fit encore plus : afin de laisser à la postérité une marque de respect qu'on avait à Rome pour la vénérable antiquité, il fit suspendre dans l'église de Saint-Pierre, près du tombeau du saint apôtre, deux boucliers en argent, sur lesquels était gravé le symbole, sur l'un en langue grecque, sur Tautre en langue latine, sans l'addition explicative du filioque. {V Eglise Orientale, 0« partie, page 31.)
donna, en 1016, « qu'à Rome on chantât à la messe le « symbole Constantinopolitain (1).
C'est donc grâce aux soins de ces papes vraiment chrétiens que les dogmes et les pratiques de l'Eglise primitive, la civilisation chrétienne, ainsi que la morale, la charité et toutes les autres vertus évangéliques, se propagèrent par tout l'Occident.
• Mais, comme à côté de ces véritables pasteurs et d'une grande partie de leur clergé, se trouvaient aussi les Romanistes^ c'est-à-dire ceux qui persistaient à suivre le système despotique, cruel et égoïste de l'ancien gouvernement romain, ces gens s'étant glissés dans l'administration de l'Eglise de Rome, prétendirent en faire le centre de leur système et le foyer et l'organe de toutes leurs opérations. Ils se répandirent donc dans tous les ordres ecclésiastiques que de pieux papes avaient créfe pour le soulagement des malheurs et des souffrances des peuples ; ils se chargèrent de courir le monde sous prétexte de propager la religion chez les infidèles, et se firent ainsi les missionnaires de Rome; ils prirent sur eux de prêcher les devoirs du chrétien aux fidèles, de les confirmer, de diriger leurs âmes, et ils gouvernèrent l'Eglise comme évêques et comme cardinaux. Depuis même que le sacrilège Octavien, souverain temporel de Rome, avait, en 956, usurpé le
\\) Histoire des souverains-pontifes^ par Artaud de Montor, lome II, page 124. — Voyez aussi, plus en détail, cette louable conduite des papes dans la première partie de notre ouvrage V Eglise Orientale^ publié par la Propagande de Rome.
titre et les fonctions d'évêque de cette ville, et avait été proclamé pape sous le nom de Jean XII, les Romanistes arrivèrent aussi à la papauté.
Le Saint-Siège apostolique devint alors le centre et le pivot du Romanisme chrétien ; les droits spirituels de l'Eglise furent confondus avec ceux du pouvoir civil, et TEglise de Rome fut des lors gouvernée par des moyens absolument temporels.
Ce sont donc ces sectateurs du Romanisme qui sont . encore aujourd'hui la seule cause d# toutes ces inconcevables contradictions entre l'Église de Rome et les ordres religieux, entre le pape et ses missionnaires, entre cet évêque et son propre clergé, enfin entre le prétendu catholicisme romain et les sentiments chrétiens, ainsi que tous les intérêts moraux et matériels des peuples chrétiens de l'Occident.
C'est de cette association anti-chrétienne que sont aussi sortis ceux d'entre les papes qui furent le fléau de l'humanité et la honte du Christianisme! ces indignes évêques qui paganisërent notre religion, qui se disputaient la dignité d'évêque le glaive a la main, qui pervertirent la société chrétienne, qui massacrèrent le troupeau confié à leur garde, et arrivèrent au trône pontifical en marchant sur les cadavres de leurs brebis ! ! ! Bref, c'est au Romanisme qu'appartiennent tous les Jean XII, les Léon IX, les Grégoire VII, les Innocent III et les Alexandre VI!...
C'est à cette association qu'appartiennent également une grande partie des prétendus missionnaires de Rome,
qui ne sont que des apôtres du Romanisme. C'est aussi la raison pour laquelle tous leurs actes sont en opposition avec les institutions primitives et avec les exhortations pieuses de quelques véritables évêques qui, de temps à autre, apparurent sur le siège pontifical de Rome depuis le déplorable asservissement de cette Église.
Voilà enfin pourquoi tous les Romanistes font le 4pgaie46s dogmes de la suprématie du pape, de l'aveugle obéis^ao^, que tout le monde lui doit, et de Ij'u ni té catholique : non que ces gens se soucient beaucopp de ces trois aphorismes, lesquels en eux-mêmes i^ )epr <serv^i^iei),t a rieq, mais parce qu'ils sont sûrs qu'ie^j%^s^,tu3agede,c|es trois expressions comme de mft^,.d6 çaWiempnt;^tre,jeux^..e^ de moyen
d'édification aujpirQS des peuples^: lUs^^ parviennent à 8|^)rwtir p^t|çJljig^^çe #;;ceiuxi^ età:^^ à la
4p^wna)tip^,^^ivçJ^8elle,dîU.Rp^wusufïe<i^ , /r,- „ ,yojIà, poj^jiîqHfiii ^'prdDe 4ç3 J^uite^:surtQwt^;Piaw au rx^px^ se,Qç«rtr^ir§ si gp^yewpQt;8^vpC| luiripême, tw^ t^, ]^ fpîs <qu^, .son prétsndH> çlévpHpaijenJ, à {l'églisej 4e . R9Hip,ft éjt^j.miSià. l'épreuve. jGet opdr^ iaIftiQte, pomjpaje, prp^p^^p. fl^ fo|.«. la^ 3upr€iTOa(tiei4u| pape, l'aveugle ojfpi^s^çpe ,quç. tput;le wiwdplui doH^ çit ;i;u»ité ica;l)hor: liqw^»> :»? fl^A^! Vi^gH^^ romaine sei l^Bsego^iveroer paiî
Mais ne le iTitToa pas, lopsqiie • Clément Xiy lUiioâp-H^ d5^nîi,{^n,^7,73,Hip.iSejdiP|So,^ di}, g^intiPè?^^,,; çA, M^e #ta<Qliwt ic^u^eofre; dei KEglifie
catholique, aller chercher la protection de la schismatique impératrice de Russie et celle du protestant roi de Prusse!
Enfin l'histoire des souverains-pontifes de Rome nous démontre que, depuis que les Dictatvs Papœ ou décrétâtes de Grégoire VII, dont nous parlerons plus loin, ont été érigées par le Romanisme en règle de conrduite des papes, il a été impossible, même aux plus pieux parmi les évêques de Rome, de dévier, de quelque manière que ce fût, de ce système. D'ailleurs nous en avons vu de nos jours l'exemple le plus frappant dans la personne de Pie IX, le pape qui a été le plus méconnu par ses contemporains, mais à qui Dieu et l'histoire rendront la justice due au plus chrétien évoque de Rome -et au plus populaire souverain de notre siècle.
Ce fut au milieu du despotisme des gouvernements absolus qui, en 1847, pesait sur la plupart des peuple» de l'Europe chrétienne, qu'un souverain, et un souverain prêtre, voulut, sans aucune contrainte, et de sa volonté spontanée, cimenter son avènement au trône des Césars et au siège de saint Pierre par une constitution libérale! Les Romanistes furent, comme de raison, consternés en apprenant cette nouvelle foudroyante: la grande réforme que Pie IX introduisait dans le gouvernement ecclésiastique n'enlevait pas seulement à leur système despotique un Etat chrétien, neleur faisait pas craindre seulement que toute l'Italie fût également délivrée; mais cette grande réforme que Pie IX procla-
mait dans les Etats ecclésiastiques, comme souverainpontife de Rome, menaçait les Romanistes de détruire la base de leur système et de les priver du centre et des moyens de leurs opérations.
Aussi les Romanistes se décidèrent-ils a combattre, par tous les moyens qu'ils avaient en leur pouvoir, Tœuvre de ce glorieux pape.
Dès son avènement au trône, Pie IX avait déjà proclamé a qu'il allait s'occuper de sérieuses réformes qui « devraient servir dorénavant de loi fondamentale au a gouvernement civil et ecclésiastique de Rome. » Pie IX rédigea alors la charte constitutionnelle de Rome, et voulut en décréter l'application, de concert avec le sacré collège. Il convoqua donc un consistoire de cardinaux et de prélats, et leur fit donner lecture de cette charte; après quoi, il ordonna que chacun exprimât son opinion par une boule blanche ou une noire, afin que la constitution fut décrétée à la majorité des voix. A l'ouverture de l'urne, le cardinal secrétaire d'Etat fit observer à S. S. que la plupart des boules étaient noires. Pie IX ôta sa calotte blanche et, la mettant sur l'urne : « Je les rends toutes blanches, » dit-il avec dignité. Et il décréta l'application de sa charte.
Le Romanisme céda, mais il ne se tint pas pour vaincu !... Après quelques mois, le grand réformateur fuyait, travesti, hors de sa capitale!... Qui l'en avait chassé? Tout le monde sait que ce furent les boules noires. Le Romanisme fit même plus : Après la victoire ([u'il avait remportée par les baïonnettes françaises et
autrichiennes, il força le pape de faire amende honorable et d'implorer, lui, Pie IX, la force du fameux bras séculier créé par Grégoire VII, afin que le Saint-Père fût rétabli et soutenu par lui dans ses droits divins !
C'est là l'histoire de tous les papes qui ont voulu restaurer l'Eglise de Rome, sans avoir fait préalablement du Romanisme ce que Pierre le Grand et Mahmoud II firent des strélitz et des janissaires, lorsque ces deux souverains se furent sérieusement décidés à réformer leurs Etats !