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CHAPITRE VIL

LE ROMANISME ÉRIGÉ EN MONARCHIE THÉOCRÀTIQUE SOUS LE NOM DE PAPAUTÉ, OU L'iNTRUSION DU ROMANISME DANS l'administration de l'église sous ce premier SOUVE- RAIN-PONTIFE DE ROME CHRÉTIENNE.

Depuis quelques siècles, tout le monde crie contre la confusion dans la même personne des deux pouvoirs temporel et spirituel à Rome, et accuse hautement les évêques de cette ville d'être les auteurs de cette usurpation anti-chrétienne.

Un grand nombre d'ouvrages sérieux, de brochures, de pamphlets et d'écrits de tout genre parurent successivement en tout temps sur cette importante question, surtout depuis les événements de 1848. La guerre d'Italie et la paix de Villafranca ont fait prendre une extension immense a ce grand problème de la société.

Presque tous les hommes sérieux et les véritables

chrétieDS considèrent cette question de la même manière, au point de vue de Fincompatibilité des actes du pouvoir temporel d'un prince avec les devoirs spirituels d'un évêque.

Les plus judicieux de ces auteurs se sont appliqués à prouver que, parmi un nombre considérable de vérita blés et de prétendus évêques qui, depuis saint Pierre jusqu'au pape actuel Pie IX, occupèrent successivement le siège épiscopal de Rome, il y en a eu plusieurs qui réprouvèrent et condamnèrent toute immixtion de l'Eglise dans les affaires mondaines.

Et d'abord, nous voyons dans les Actes des apôtres que, lorsque le nombre des fidèles eut augmenté a Jérusalem, des plaintes s'élevèrent sur la négligence de l'administration temporelle de la commune chrétienne. Le premier évêque de Rome, saint Pierre, et les douze apôtres du Christ convoquèrent alors les fidèles et décrétèrent, dès cette époque, unanimement la séparation définitive de ces deux pouvoirs.

C'est dans cette assemblée que le président des apôtres leur avait dit, au nom des douze : « Il n'est pas « juste que nous abandonnions la parole de Dieu pour « le service des tables : choisissez donc, mes frères, a sept hommes d'entre vous, d'tme probité reconnue, « pleins de l'Esprit-Saint et de sagesse, auxquels nous a confierons ce ministère, et nous, nous nous appliquea rons à la prière et à la prédication de la parole (1). »

(*) Actes des Apôtres^ VI.

Et cependant, les chrétiens de ces tenips-4à, persécutés par les Romains et forcés de vivre en communauté séparée de tout pouvoir temporel, avaient bien besoin que les apôtres se mêlassent de leurs aflEûres temporelles!...

De même, le pape saint Gélase, qui occupait le siège de Rome à la fin du Y* siècle, définit bien distinctement la séparation des deux pouvoirs temporel et q[»rituel : « Je veux croire, dit-il, qu'avant la venue de « Jésus4]lirist il y avait dans la loi figurative des pera sonnes qui avaient été en même temps rois et prê- <r très, comme Melchisédech, ce que le démon a imité : « en sorte que les empereurs païens prenaient aussi le a nom de souverains-pontifes. Mais quand on est venu « à celui qui est véritable roi et pontife tout ensemble, a l'empereur n'a plus pris le nom de pontife, et le pona tife ne s'est plus attribué la dignité royale; car, en- « coi% que tous les membres de Jésus-Christ soient a nommés une race royale et sacerdotale, toutefois, tt Dieu conpaissant la faiblesse humaine et voulant saua ver les siens par l'humilité, a séparé les fonctions de a l'une et de l'autre puissance, en sorte que les empea reurs chrétiens eussent besoin de pontifes pour la vie a étemelle , et que \e^ pontifes suivissent les ordon- « nances des empereurs pour les choses temporelles : a que celui qui sert Dieu ne s'embarrasse point d'affai- « res séculières (saint Paul à Timothée, II, 4), et que a celui qui est engagé ne gouverne pas les choses di- » vines. Ainsi l'un et l'autre ordre sont contenus dans

a la modérati(m, et chaque profession est appliquée aux a actions qui lui convienneat (1). »

Egalement, un des plus grands papes de Rome, Nicolas I«', en écrivant, en 860, a Michel, empereur de Byzance, lui disait : a Quant au pouvoir temporel, il ne « doit pas empiéter sur les droits de l'Eglise, comme a l'Eglise n'empiète point sur les droits de l'empire : a car Jésus-Christ avait séparé les deux puissances. » Et en avançant, le même pontife dit à ce même empereur qu'il qualifie de protégé de Dieu : a Le même méa diateur de Dieu et des hommes, J.-C. fait homme, a a séparé par des actes particuliers et par des dignités (c distinctes les devoirs de l'une et de l'autre puissance, « voulant que par une médication particulière, c'est-à- (c dire l'humilité, elles soient élevées en haut au lieu a d'être de nouveau précipitées en bas par l'orgueil a humain. Il a voulu que les empereurs chrétiens eusa sent besoin des pontifes pour la vie éternelle, et que « les pontifes se servissent, seulement pour le cours (c des choses temporelles, des lois faites par les empe- « reurs, afin que l'action spirituelle s'éloignât des em- « piétements temporels (2). »

En 885, le pape Etienne V écrivait aussi au souverain de l'Empire byzantin, Bazile le Macédonien : « Comme vous nous êtes donné de Dieu pour gouver-

(4) Fleury, livre XXX, chap. 37.

(2) Epislola VIII beati Nicoiai papas imperatori Mich^eli a Deo protecto. (Epis t. decretaiium ab Antonio de Aquino,)

<r ner les choses terrestres, ainsi Dieu nous a donné le « gouvernement des choses spirituelles (1). »

Et ce n'est pas seulement saint Pierre, saint Gélase, Nicolas I«', Etienne V et les autres anciens évêques de Rome qui condamnèrent et défendirent sévèrement la confusion, dans la même personne, des deux pouvoirs temporel etspirituel : Févêque actuel de ce Saint- Siège, le glorieux pape Pie IX, n*a-t-il pas fait définir, de la manière la plus précise, par notre livre (que la Propagande de Rome elle-même a publié, par ordre du souverain-pontife), les limites et les fonctions de chacun de ces deux pouvoirs ? n'a-t-il pas proclamé cpie a la religion et le pouvoir temporel sont les deux grana des colonnes qui soutiennent tout l'édifice social? (( qu'elles sont placées à distance calculée l'une de l'au- « tre, afin que chacune d'elles supporte le poids propora tionnel qui lui est mesuré? Que si ces deux grandes a colonnes s'éloignent l'une de l'autre, l'édifice s'é- « croule, et que la même catastrophe arriverait si ces a deux grandes colonnes sortaient de leur orbite et se a confondaient sous la même ligne perpendiculaire (2)? » Et n'ajoute-t-il pas : « La religion non plus ne prétend pas « à cette domination? » (3). Ce ne sera donc pas nous qui oserons nier les principes constitutifs du christianisme, désobéir aux prescriptions des apôtres, des conciles et de tous les pères de l'Eglise, méconnaître les ordres

(4) Fleury, liv. III, 45.

(î) L'Eglise Orientale^ IVe partie, p. 75.

(3) Idem^ IV« partie, p. 75

sévères de tous les saints papes de Rome, et surtout contredire les sublimes opinions de l'illustre pape actuel, opinions dont nous avons eu l'honneur d'être l'organe. Mais ce qui nous parait étrange, c'est de voir des personnes d'une haute intelligence et d'une profonde érudition se laisser aller à la remorque des préjugés populaires, de ces prestiges du lointain qui finissent par s'accréditer, à force d'être constamment répétés !... Aussi, tout en admettant pleinement les justes plaintes que le monde formule contre cette sacrilège confusion des deux pouvoirs dans la même personne, nous nous croyons fondé à nous permettre quelques observations sur cette question : nous pensons même qu'il est de notre devoir et que nous avons le droit d'adresser à tout le monde cette demande aussi simple que sérieuse : « Mais est-ce bien les évêques de Rome qui se sont emparés du pouvoir temporel de ce pays ? » Car cette partie de la plus grave question de nos temps, de cette grande question de la confusion des deux pouvoirs dans la même personne, est la partie essentielle, la partie principale de la question, nous dirons même que c'est là la question tout entière.

Donc, demandons à l'histoire à quelle époque cette confusion eut lieu, et comment elle fut consommée.

L'histoire nous apprend que, depuis la translation du trône impérial de Rome à Constantinople, en 330, l'ancienne capitale de l'Empire continua de dépendre directement des souverains de Byzance, jusqu'à la

mort de Théodose le Grand, en 395. Les deux fils de

ce monarque. Arcade et Honorius, se partagèrent alors l'empire, d'après le testament de leur père. Le premier resta à Gonstantinople comme empereur d'Orient, et le second s'établit à Rome comme empereur d'Occident.

Mais, dès Tannée 404, Honorius, ce premier empereur d'Occident, ôta à Rome l'honneur d'être la capitale de cet empire. 11 la transféra à Ravenne, laissant exister Rome seulement comme un duché dépendant de Ravenne, dont il fit la capitale de l'empire d'Occident.

Après la chute de cet empire en 475, l'Italie reconquise par Bélisaire, général de l'empereur Justinien, et redevenue grecque, était gouvernée par un exarque ou vice-roi, nommé de Gonstantinople et résidant à Ravenne.

Le duché de Rome était alors gouverné par un délégué de cet exarque d'Italie; mais en 728, les Romains se révoltèrent contre l'exarchat et proclamèrent la République sous la protection des rois de France.

En 800, levêque de Rome, Léon III, pour s'attirer la protection de Charlemagne contre les différents partis politiques qui déchiraient Rome, couronna arbitrairement ce roi de France comme empereur d'Occident, et lui promit même, en échange de la protection qu'il réclamait pour l'Eglise, a le serment de fidélité des Ro~ mains et l'assurance de l'obéisisa/i^ce des papes (1). o

(1) Fleury, XLIII, 18.

Mais, malgré les promesses de Léon III , le peuple ne prêta jamais serment de fidélité, et les papes n'obéirent aux empereurs d'Occident qu'autant qu'il leur convenait de le faire.

Depuis cette époque, on vit dominer alternativement à Rome, tantôt l'autorité des empereurs de Constaati* nople, tantôt celle des rois d'Italie, et même celle de la République romaine, enfin celle des empereurs d'Occident. Mais les évoques de cette ville, tout en se mêlant de ces intrigues pour les faire tourner à leur profit, tout en ayant une grande influence sur le peuple, n'exerçaient officiellement aucune fonction temporelle; au contraire, ils continuaient de s'adresser aux rois de France, et ensuite aux empereurs d'Occident poiur le règlement de leurs affaires temporelles. Le sénat et le peuple romain, en parlant du pape, ne lui donnaient jamais le titre de souverain ou seigneur de Rome^ mais celui de leur pasteur et évéque de ce pays.

L'affaiblissement de l'Empire byzantin d'une part, la barbajrie dés rois d'Italie de l'autre, joints au peu d'influence des prétendus empereurs d'Occident, enfin les dissensions des partis poli tiques de Rome, livrèrent pour longtemps ce pays a une anarchie complète. Une dame romaine nommée Théodora, et ses deux filles, Marosie et Théodora la jeune, toutes trois fameuses par leur beauté, leurs dérèglements et leurs crimes, étaient toutes-puissantes dès Tan 904 ; elles avaient entre les mains le pouvoir dont elles disposaient arbitrairement.

Ces trois femmes nommèrent, à leur &ntaisie, sept

ce monarque, Arcade et Honorius, se partagèrent alors l'empire, d'après le testament de leur père. Le premier resta à Constantinople comme empereur d'Orient, et le second s'établit à Rome comme empereur d'Occident.

Mais, dès l'année 404, Honorius, ce premier empereur d'Occident, ôta à Rome l'honneur d'être la capitale de cet empire. 11 la transféra à Ravenne, laissant exister Rome seulement comme un duché dépendant de Ravenne, dont il fit la capitale de l'empire d'Occident.

Après la chute de cet empire en 475, l'Italie reconquise par Bélisaire, général de l'empereur Justinien, et redevenue grecque, était gouvernée par un exarque ou vice-roi, nommé de Constantinople et résidant à Ravenne.

Le duché de Rome était alors gouverné par un délégué de cet exarque d'Italie; mais en 728, les Romains se révoltèrent contre l'exarchat et proclamèrent la République sous la protection des rois de France.

En 800, levêque de Rome, Léon 111, pour s'attirer la protection de Charlemagne contre les différents partis politiques qui déchiraient Rome, couronna arbitrairement ce roi de France comme empereur d'Occident, et lui promit même, en échange de la protection qu'il réclamait pour l'Eglise, a le serment de fidélité dea Ro^ mainê et l'assurance de l'obémamce des papes (1). o

(1) Fleury, XLIII, 18.

Mais, malgré les promesses de Léon III , le peuple ne prêta jamais serment de fidélité, et les papes tfôbéirent aux empereurs d'Occident qu'autant qu'il leur convenait de le faire.

Depuis cette époque, on vit dominer alternativement k Rome, tantôt l'autorité des empereurs de Constanti* nople, tantôt celle des rois d'Italie, et même celle de la République romaine, enfin celle des empereurs d'Occident. Mais les évoques de cette ville, tout en se mêlant de ces intrigues pour les faire tourner à leur profit, tout en ayant une grande influence sur le peuple, n'exerçaient officiellement aucune fonction temporelle; au contraire, ils continuaient de s adresser aux rois de France, et ensuite aux empereurs d'Occident pour le règlement de leurs affaires temporelles. Le sénat et le peuple romain, en parlant du pape, ne lui donnaient jamiais le titre de souverain ou seigneur de RomCy mais celui de leur pasteur et évéque de ce pays.

L'affaiblissement de l'Empiré byzantin d'une part, la barbajrie d^ rois d'Italie de l'autre, joints au peu d'influence des prétendus empereurs d'Occident, enfin les dissensions des partis politiques de Rome, livrèrent pour longtemps ce pays à une anarchie complète. Une dame romaine nommée Théodora, et ses deux filles, Marosie et Théodora la jeune, toutes trois fameuses par leur beauté, leurs dérèglements et leurs crimes, étaient toutes-puissantes dès l'an 904; elles avaient entre les mains le pouvoir dont elles disposaient arbitrairement.

Ces trois femmes nommèrent, à leur Smtaisie, sept

papes : Sergius III, Anastase III, Landon, Jean X, Léon YI, Etienne YIII et Jean XI, dont elles assassinèrent un bon nombre dans d'infâmes orgies. Marosie surtout, s*étant emparée du fort Saint- Ange, épousa, l'an 910, Albéric, duc de Spolète, gentilhomme lombard, qui fut massacré par le peuple romain, en 925, pour avoir appelé les Hongrois en Italie.

L'intrigante Marosie épousa alors en secondes noces Guido, marquis de Toscane. Son amant, Jean X, devenu pape par les intrigues de Théodora, sœur de Marosie, nomma à Tévéché de Reims, et sur les instances de sa maîtresse, Hugues, iils du comte d'Aquitaine, enfant âgé de cinq ans (1).

Mais bientôt Marosie, jalouse de sa sœur et sa rivale, déposa le pape Jean X, en 928, le mit en prison et l'étouffa, aidée par son mari, en lui serrant fortement la bouche contre un oreiller (2). Quelques mois plus tard, elle fit monter sur le Saint-Siège son propre fils, Jean XI, âgé de vingt ans.

Marosie, ayant empoisonné son mari Guido, épousa en troisièmes noces son beau-frère, Hugues de Provence, devenu roi d'Italie. Ce dernier ayant donné un soufflet au fils aîné de Marosie, nommé Albéric comme

(1) Ce fut, dit Baronius, le premier monstre que l'on vit dans TEglise de Dieu, événement inouï et dont aucun élre dans le inonde n'avait encore conçu Tidée. (Artaud de Monter, tome II,

{t) Voyez Touvrage du bibliothécaire du Vatican, Platina, intiulé : In vitiis summorum pontiflcum ad Sixtum . \ S

son père, le jeune homme promit de s'en venger. Il réunit donc la jeunesse romaine et les amis de son père, massacra les gardes de son beau-père, le força de prendre la fuite, enferma sa mère Marosîe dans le château Saint-Ange, et s'empara du pouvoir. Le peuple romain lui décerna le litre de premier baron de Rome, et le reconnut souverain sous le nom A'Albéric 11^ seigneur de Rome. Il gouverna pendant vingt-trois ans avec beaucoup de succès et fut aimé de son peuple. Albéric II mourut en 936, laissant la couronne de Rome k son fils Octavien, 'âgé, selon les uns, de seize ans, de dix-huit, selon les autres.

L'évêque de Rome, Agapet II, étant mort à la même époque, Octavien, souverain temporel de Rome, s'ap^ propria égaleAient l'administration dé l'Eglise et se proclama pape ou souverain-pontife de Rome, sous le nom de Jean XII. Ni le peuple, ni le clergé n'avaient participé a cette arbitraire confusion des deux pouvoirs entre les mains de la même personne, ou plutôt à cette absorption du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel. C'est même depuis cet Octavien, c'est>-â-dire depuis l'an 956, que les souverains évêques de Rome prirent l'habitude, contraire à l'usage de l'Eglise, de changer leur nom au moment du couronnement (1).

Voici ce que l'histoire ajoute sur cette sacrilège

(1) Dans TEglise chrétienne, il n'y a jamais eu que Tusage de changer de nom au moment où Ton entrait dans les ordres, mais jamais lorsque de diacre on devenait prêtre, ou que de prêtre on était promu à Tépiscopat ou qu*on changeait de diocèse.

usurpation d'Octavien : a Par suite des malheurs du ff temps, dit Baronius, on estima meilleur de toléff rer cette invasion que de déchirer l'Eglise par un a schisme qui eût été pire; et pour cela, l'Eglise accr cepta Octavien et le souffrit conime pontife, considéff rant qu'il y aurait un moindre mal à tolérer un chef, a même monstrueux, qu'à diffamer un corps seul à « deux têtes (1). »

Octavien ayant ainsi, sous le nom de Jean XII, asservi à son pouvoir civil celui de l'évêque de Rome, en 957, a le nouveau chef, dit l'histoire; s'animant d'une a ardeur juvénile qui convenait à un guerrier plutôt a qu'à un vicaire de Jésus-Christ, prit à sa solde les a troupes auxiliaires du duc de Spolète, et, les ayant a jointes aux siennes, marcha edipersonhe contre Pan- <c dolphç, prince de Capoue (2), lequel, soutenu par a l'armée de Gisolphe, prince de Salerne, non-seulec( ment résista à celle du pape, mais la battit complé- 9 tement et contraignit Jean à se retirer en désordre « dans son propre domaine et à demander la paix. « Pandolphe l'accorda en faisant un pacte d'amitié et a de confédération.

a Jean, étant ensuite tourmenté par Bérenger et par « son fils Adalbert, appela à son secours, comme l'ail) Novaës, il, 177.

• (2) De même que les princes-évôques de Monténégro, avant que Danillo 1er eût abandonné le pouvoir spirituel, marchaient toujours en personne à la tête de leurs armées, les commandaient eux-mêmes et faisaient la guerre aux mahométans.

(c vait fait Agapet II, le roi Othon !«', afin qu'avec une or armée il le délivrât des vexations auxquelles il était « en butte.

a Othon vint, chassa d'Italie Bérenger et Adalbert, et « restitua à TËglise ce qui lui avait été donné par Pé- « pin et Charlemagne. Ensuite, Jean, reconnaissant a envers Othon, le couronna empereur le 13 février 962. ff Ce fut le premier prince allemand qui reçut la cou- « ronne impériale, et Jean fut le pontife qui accomplit (( cette transmutation.

a Jean avait promis k Othon de n'entretenir aucunes a relations ni avec Bérenger ni avec Adalbert; néana moins, ces relations recommencèrent. Othon, irrité, et s'avança vers Rome, en 963. Les Romains, mécona tents de Jean, qui prit la fuite, jurèrent de ne plus a élire de pontife sans l'approbation de l'empereur, a Trois jours après, et de sa propre autorité, celui-ci ce assembla un conciliabule dans lequel Jean fut accusé (c de délits énormes, excepté d'hérésie, et se vit iniquece ment dégradé du pontificat, le 6 novembre 963. Alors a fut mis à sa place l'anti-pape Léon ; mais bientôt a l'inconstance des Romains chassa Léon et reprit Jean. a On assure que ce dernier, rentré dans Rome, ora donna des représailles cruelles qui déshonorent sa a mémoire (1). »

Or, nous le demandons à tout le monde : a Sont-ce les

(1) Histoire des souverains-pontifes de Rome^ par À. de Montor, tome II, p. 85 et 86.

« évèques de Rome qui se sont emparés du pouvoir K temporel de ce pays, ou bien les chefs temporels de a Rome qui se sont emparés du pouvoir spirituel des « évêques de ce même pays ? »

Ainsi donc, le pape Jean XII fut le premier princeévêque de Rome. L'action d'Octavien elle-même n'est pas nouvelle : plusieurs souverains des temps anciens et des temps modernes ont, comme lui, usurpé et soumis à leur pouvoir temporel le pouvoir spirituel de la religion, et administré arbitrairement VEglise de leurs Etats. Mais la différence, c'est que ces souverains, tout en usurpant les droits et les fonctions de l'Eglise, tout en la soumettant à leur domination, l'ont toujours laissée exister séparément dans la personne d'un évêque.

Or, cette existence d'un chef séparé de l'Eglise, tout impuissante, toute nominale qu'elle est, représente au moins l'idée de l'existence d'une Eglise et rappelle toujours au peuple celle d'un pouvoir spirituel, indépendant du pouvoir temporel. Aussi, ces Eglises se sont tôt ou tard soustraites aux fers de ces souverains amphibies.

Mais ce qu'il y eut de nouveau dans l'usurpation sacrilège d'Octavien, ce fut la fusion qu'il fit de ces deux pouvoirs , sous le nom et sous la forme du pouvoir spirituel, parce que le pouvoir ecclésiastique était alors le plus cher et le plus favorable au peuple romain. En effet, celui-ci, par jsuite des vexations qu'il souffrait de la part des princes laïques, vit avec plaisir la métamorphose de son chef temporel en chef spirituel. Enfin

cette translation du pouvoir temporel entre les mains du chef de l'Eglise plut encore au peuple, parce que celui-ci prenait une part très-active à l'élection; ou plutôt, parce que c'était lui-même qui, de concert avec le clergé, choisissait son évèque; tandis que les chefs temporels lui étaient imposés par la force.

Les espérances et les calculs du peuple romain n'étaient pas sans fondement pour un peuple chrétien, à l'égard d'un pasteur évangélique: car un gouvernement pontifical devait à cette époque être au moins aussi bon que le fut autrefois, chez les Hébreux, le gouvernement théocratique des juges d'Israël. Mais le peuple romain comptait sans son hôte. L'intention des partisans du Romanisme n'était pas de faire gouverner ce peuple par une véritable théocratie telle que celle des Israélites : le Romanisme, en prenant par le prince Octavien possession de l'Eglise chrétienne^ et en faisant ainsi eiH dosser au roi de Rome le glorieux manteau de saint Pierre, avait un but bien différent. Il voulait se servir de la religion comme d'un masque, sous le prestige populaire duquel il arriverait à établir partout sa domination. Aussi la plupart des successeurs de Jean XII n'étaient que des évêques en apparence , mais rois et bien mauvais rois dans le fond.

Voici le tableau que les historiens catholiques de l'Eglise de Rome nous ont laissé de cette époque : a Le « x« siècle avait déployé ses fureurs, ses lâchetés, ses a coutumes ignobles et effrénées. Lé xi® avait donné le a spectacle terrible d'une ignorance plus grossière aux

« prises avec ud orgueil indompté. Le trône pontifical <r lui-même était livré à des indignités qui plongeaient a dans Teffiroi et dans le désespoir les vrais catholi- « ques (1). »

Qu'on nous dise maintenant si ce sont les évêques de Rome qui s'emparèrent du pouvoir temporel de ce pays, ou bien si c'est le pouvoir temporel qui, à l'aide du système du Romanisme, usurpa les droits des évêques et ceux de l'Eglise de Rome, les subjugua tous deux à sa tyrannie, fit de ses prélats autant de marionnettes de ses caprices, et paganisa la religion?

C'est cette émancipation de l'Eglise de Rome que S. S. le Pape actuel comprenait bien lorsqu'il faisait publier par la Propagande de la Foi que : « Les ambia tieux ont fait de la religion un instrument de leurs « intérêts; que cet empiétement sacrilège occasionna <ir aux peuples et même aux souverains des calamités a affreuses, morales et matérielles, dont les stigmates

{{) Histoire des souverains pontifes de Rome ^ par Artaud de Monter, tome II, page 163. — Ce qui est plaisant, c'est que cet auteur, trop papiste d'ailleurs pour atténuer cet état pitoyable de l'Eglise de Rome, ajoute : « On remarque encore que, si Von fut réduit a déplorer des scènes sanglantes, il y eut moins d' hérésies h déraciner. Celles de Constantinople étaient alors comme une plaie nécessaire (Id,), » Nous le croyons sans peine : comme dès cette époque on ne pensait plus, dans Rome, à la religion, il est clair qu'il n'y avait pas d'hérésie à Rome, il ne pouvait même pas y en avoir; au contraire, il fallait aux Romains un réveillematin pour leur rappeler quMl était dans le monde une religion chrétienne : et ce bruit ne pouvait partir que de Constantinople, car là, seulement, le clergé du moins s'occupait de religion!

« sont restés à jamais ineffaçables; que c'est la le prîncr eipal motif de l'affaiblissement des sublimes vertus a et des sentiments religieux chez les chrétiens ; que a c'est là la cause de la déviation des préceptes de (f l'Evangile et le moteur secret des révoltes des peuc( pies contre les souverains ; que c'est cette impie et (f sacrilège conduite de ces ambitieux qui désorganisa « l'ordre social, empoisonna les sentiments des peuples <c chrétiens, les démoralisa graduellement, et menace, « de nos Jours, la société européenne d'une catastrophe « générale ; que l'Eglise ne doit pas gouverner les rap- « ports politiques des peuples chrétiens; que la religion c( non plus ne prétend pas à cette domination, mais « qu'elle doit aussi conserver son indépendance, en ce « qui regarde les attributions que Dieu, lui-même, lui cr assigna, et que le bonheur de la société, son existence « même , exigent qu'elle soit scrupuleusement res- « pectée(l). »

Enfin, c'est cette émancipation de l'évêque de Rome et de son Eglise d'entre les griffes du pouvoir monstrueux du Romanisme, que le pieux pape Pie IX entendait, lorsqu'il terminait ses justes lamentations par cette conclusion : a II n'y a donc qu'une seule voie de « salut pour tout le monde, c'est celle de se repentir et « de se décider sincèrement à rendre à la religion sa « naturelle liberté , de cesser de l'employer comme ff organe des intérêts politiques, de s'abstenir d'em-

(1) L'Eglise Orientale^ 1V« partie, chap. 9.

a piéter sur ses droits, et de revenir à l'élément consti- « tutîf et conservateur des sociétés chrétiennes, qui est a l'unité de l'Eglise (1). »

Dans un des chapitres suivants, nous indiquerons les moyens que nous croyons les plus efficaces pour arriver, conformément aux opinions sublimes du princeévêque actuel de Rome, k cette liberté naturelle de l'Église, et parla, à son ancienne unité, laquelle ne pourra jamais s'opérer tant qu'une de ses plus grandes communautés, l'Église d'Occident, gémira dans les fers du double pouvoir du Romanisme.

(1) V Eglise Orientale^ IV« partie, chap. 9.

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