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CHAPITRE VIII

LÀ SUPRÉMATIE ET LE VICARIAT DE SAINT PIERRE, ET LA TRANSMISSION DE CES PRÉROGATIVES AUX PAPES DE ROME.

Après que le prince Octavîen , usurpant le nom , les fonctions et le pouvoir spirituel de Tévêque de Rome, eut réuni en lui les deux pouvoirs et se fut fait appeler pape Jean XII , l'asservissement de cette Église au pouvoir occulte du Romanisme fut déjà un fait accompli , ainsi que nous l'avons constaté dans le chapitre précédent.

Mais, comme le but des Romanistes était de faire des successeurs de ce prince- évêque de Rome des instruments travaillant, bon gré, mal gré, à étendre sur tout le monde la domination du despotisme romain, il fallait donner à ces instruments aveugles autant de force que possible : il fallait que le princeévéquede Rome fût aussi omnipotent que Dieu!...

Rien ne peut tenir contre la force, rien ne peut lui résister; rien, sinon les martyrs... en mourant! Mais,

outre que TefiTet d'une telle résistance n'est que celui d'ute énergique protestation, dont la postérité seule peut profiter, le nombre des martyrs est naturellement peu nombreux , et le relâchement des mœurs du moyen âge, ainsi que la crasse ignorance des peuples à cette époque, l'avaient encore énormément restreint. Les Romanistes, donc, étant déjà parvenus au pouvoir suprême, et ayant acquis, par les circonstances, une grande force sur les souverains et sur les peuples, pouvaient tout oser impunément!... N'étaient-ils pas à Rome les maîtres des deux pouvoirs ? et la conquête du siège apostolique de cette ville ne les autorisait-elle pas , aux yeux du monde, à prétendre exercer la même domination sur tous les chrétiens? Leur instruction , leur activité, leurs ruses, leurs ressources, leur audace, et surtout la charité apparente et la sanctification hypocrite dont leur nouvelle position religieuse leur facilitait l'étalage, ne leur donnaient-elles pas une énorme supériorité sur les princes et sur les peuples de leur temps : les premiers, despotes cruels et impies, croupissant dans l'ignorance et dans l'oisiveté; les seconds, esclaves abrutis et luttant contre la plus barbare oppression, contre la plus affreuse misère, et cherchant des protecteurs à tout prix!...

Aussi , pour attribuer une omnipotence divine au prince-évêque de Rome , il ne fallait aux Romanistes que la proclamer telle qu'ils la voulaient, et la consacrer par n'importe quelle origine!... Les arguments justificatifs, qu'ils prendraient au hasard, pourraienfr-

ils ne pas être incontestables, lorsqu'il n'y aurait personne qui pourrait oser les réfuter?...

Or, Jésus-Christ ne dit-il pas a Simon Barjonas^ qu'il serait dorénavant appelé Pierre^ ^ que sur cette pierre Dieu bâtirait son Église ?

Ne lui ordonna-t-il pas de paître ses brebis? Ne lui promit-il pas que sa foi ne ferait point défaillance, et que, s'étant converti, il confirmerait ses frères? Ne lui promit-il pas également de lui donner les clefs, du royaume des cieux? Saint Pierre enfin n'était-il pas institué coryphée des Apôtres^ ce qui veut dire président? Le président d'une corporation n'en est-il pas le chef de plein droit, le chef absolu, et ne remplace-t-il pas le maître suprême, quand celui-ci est absent? Et Jésus-Christ n'est-il pas absent du monde depuis sa résurrection? Or, saint Pierre n'a-t-il pas été incontestablement chef des Apôtres et vicaire de son Maître icibas, depuis que Jésus-Christ lui-même est allé chez son Père,.et cet apôtre, par conséquent, n'avait-il pa» le droit, en l'absence de son Maître et Seigneur, et en son lieu et place, de disposer du monde comme il l'entendrait? Et puisque saint Pierre pouvait, au nom de son Maître et Seigneur , disposer arbitrairement du ciel, pourquoi ne disposerait-il pas aussi de la terre (1)?

(1) Telle était, du reste, l'opinion du célèbre pape Grégoire VII. Il répondit à l'évéque de Metz, Herman, qui lui demandait sur quelle institution apostolique on pouvait appuyer le droit du pape à destituer ces souverains : « Si le Saint-Siège a reçu de Dieu le « pouvoir de juger les choses spirituelles^ pourquoi ne juge-

Et ce même saint Pierre, enfin, ne fut-il pas le premier évêque de Rome? Les évêques qui lui succédèrent sur ce siège n'ont-ils pas légitimement hérité de tous les droits de leur prédécesseur? Octavien, prince temporel de Rome, ne concentra-t-il pas, n'absorba-t-il pas, dans sa personne, les fonctions des évêques de cette ville, avec tous les droits divins et humains que ces mêmes évêques tenaient du bienheureux apôtre leur prédécesseur et des empereurs qui les leur avaient cédés?

Le prince Octavien n'ajouta-t-il même pas a son*titre de souverain celui de pontife^ et ne s*appela-t-il pas le premier, parmi les princes-évêques de Rome, souverain pontife, sous le nom de Jean XII, pape de Rome? Les successeurs de ce pape Jean XII ne sont-ils pas les papes actuels de Rome?

Donc, tout pape de Rome, aussitôt élu, ne devient-il pas ainsi, de plein droit, vicaire de Jésus-Christ et chef absolu de tous les autres évêques et de l'Église, ainsi que des gouvernements et des peuples ?. . •

tt rait-ilpas aussi les temporelles? » (Voyez le chapitre XIII du préseijl ouvrage.)

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