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L'INDÉPENDANCE VIS-A-VIS DU CÉNACLE

En effet, ses enthousiasmes et ses dégoûts s’affirment dans ces vers, où il est amené à dire son mot sur une série de problèmes : rôle du poête, nature et sources de son inspiration, beauté et portée de la poésie. Pareille énumération suffit à rétablir l'importance de cette Dédicace, écrite après de longues réflexions, à la veille des grandes œuvres (19} et dans un temps où le Cénacle s’éparpille. L'auteur y définit son idéal d'artiste, et tout naturellement avant de dire ce qu'est pour lui la poésie, il commence par déterminer ce qu’elle n’est pas. C’est la partie négative du système.

(18) Retenons ces vers que le poète écrit, pour dépeindre ses angoisses

d'auteur :

Lorsque la jeune fille, à la source voisine,

A, sous les nénuphars, lavé ses bras poudreux,

Elle reste au soleil, les mains sur sa poitrine,

A regarder longtemps pleurer ses beaux cheveux...

Mais le poète, hélas! s’il puise à la fontaine,

C’est comme un braconnier poursuivi dans la plaine,

Pour boire dans sa main, et courir se cacher...

(19) A peine, en effet, notre poète a-t-il exprimé ses idées, des mois de fécondité s’ouvrent devant lui; c’est, de l’été 1832 à janvier 1834, le temps de La Coupe et les Lèvres, d'A quoi rêvent les jeunes filles, de Namouna, de Rolla, d'Un mot sur l’Art moderne, d'André del Sarto, des Caprices de Marianne, de Fantasio.

Il réunit là, pour les rejeter, les formules et les théories qui le choquent, et tout particulièrement celles que certains veulent élever à l’état de dogmes (20). Ce sont des idoles à détruire; une irritation juvénile, la frénésie joyeuse des iconoclastes, voilà les sentiments qu’il éprouve. Etonnonsnous, après cela, qu’il dépasse parfois la mesure! Il ne s’agit pas, pour lui, d’argumenter; il veut tout uniment dire ses aversions et leurs raisons. De là une série de couplets, inégalement longs, mais taillés dans la même étoffe.

« Vous me demanderez si j'aime ma patrie ». Voilà le premier. « Oui », répond-il, comme il fera chaque fois. Puis, il ajoute : « J’aime fort aussi l'Espagne et la Turquie ».

Ces deux pays, il les choisit à dessein, pour taquiner le Cénacle (21). L'Espagne, quand il écrit ces lignes, est soumise au despotisme de Ferdinand VII (22); son nom évoque le Congrès de Vérone (23), l’expédition française, la réaction qui suivit notre victoire et qui sévissait encore. Et est-il besoin de rappeler ce que la Turquie de Mahmoud II représente aux contemporains? Une résistance obstinée à la libération des peuples balkaniques; la lutte contre Mehémet-Ali. La Turquie apparaît donc comme une ennemie personnelle pour quiconque soutient les idées libérales.

Vous me demanderez si je suis catholique; Oui...

continue le poète; mais ce catholicisme n’est pas plus orthodoxe que le patriotisme de tout à l’heure.

J'aime fort aussi les dieux Lath et Nésu.

Suit une énumération de petites divinités. Et cette nouvelle insolence doit soulever d’indignation ceux qui mêlent la religion et la littérature (24); Musset poursuit : la sagesse, qu’il ne déteste pas, se rapproche du « tabac à fumer », et du vieux bordeaux.

La nature? (25) Sans doute le poète l’aime, mais pas plus que l’art.‘La fortune? (26) Oui, parce qu’elle permet la

(20) C'est-à-dire les dogmes du Cénacle, puisqu’à l’été de 1832, Île Cénacle est la seule école littéraire qui compte.

(21) Comme naguère, dans Mardoche, lorsqu'il affichait ses préférences pour la même Turquie et contre la Grèce moderne.

(22) Le roi Ferdinand VII était monté sur le trône, par l’abdication de son père, en 1808; mais cette année même il avait dû s’incliner devant Napoléon I‘; retenu en France, il y était resté jusqu’en 1813. Rétabli sur son trône, il s’était signalé par des violences qui avaient amené le soulèvement de 1820.

(23) Tenu en 1822.

(24) Je pense au grand mouvement catholique, qui commence alors.

(25) Autre couplet. (Poésies, I, p. 242.)

(26) Nouveau couplet. (Ibid., p. 243.)

Vous' me demanderez si j’aime ia richesse

liberté; mais elle confère aussi du crédit à la sottise. Donc la médiocrité ne déplaît pas à Musset :

Et surtout, et toujours, j’aime mieux ma maîtresse.

Celle-là, il ne s’attarde pas à la dépeindre. Mais c’est vers elle que monte le culte essentiel, ou plutôt vers l'amour (27). On ne peut manquer de protester autour de lui (28) : quoi! toujours l’amour! ne placer, à côté de cette divinité suprême, aucune des grandes idées qui fermentent dans le siècle! Non, parce qu’en servant ces dieux, les hommes l’en ont dégoûté. C’est le second temps de chacun de ces couplets. Peut-être serait-il patriote sans le particularisme de certains :

Mais je hais les cités, les pavés et les bornes,

Tout ce qui porte l’homme à se mettre en troupeau Pour vivre entre deux murs et quatre faces mornes, Le front sous un moellon, les pieds sur un tombeau (29).

La foi l’attirerait peut-être sans l’étroitesse des « cagots », des « robins et des cuistres »; la morale lui paraîtrait respectable, sans les tartufes. Enfin, il aimerait la nature, si certains poètes n’y avaient promené trop assidûment leur admiration attendrie. Mais il a beau prendre soin d’expliquer les raisons de son attitude, ce qui doit frapper ses contemporains, c’est le dédain avec lequel il traite toutes les fois du siècle : la religion qui retrouve, alors, une vie nouvelle; la morale et l’argent, cultes de la bourgeoisie; la politique; l’amour de la nature. A l’exception des jeunes (30) peut-être, pas un lecteur que ces vers n’atteignent dans quelque croyance. Aussi, une sorte de coalition se fit-elle presque sur heure; on n’accusait plus Musset de plagiat comme autrefois; mais On lui faisait le reproche, autrement dangereux dans ce siècle passionné, d’être un sceptique (31). Un vrai poète,

(27) Ce sont les vers célèbres :

Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse? Qu'importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse? (bid., p. 244) (28) Et notamment dans le milieu du Cénacle.

(29) Poésies, I (pp. 241-242).

(30) Toujours enclins à priser l’indépendance. C’est vers eux que Musset s’était tourné, dès 1831 :

O jeunesse du siècle! intrépide jeunesse!

Quitteras-tu pour moi le « Globe » ou les « Débats »? (Les Secrètes Pensées de Rafaël.) (31) Reproche qui fut repris depuis, assez souvent; par Aug. Vacquerie (Profils et Grimaces), ou par M. Lissagaray (dans ses Conférences). Lamartine même, dans le premier des Entretiens consacrés à Musset (1857) lui reprochait de n’avoir point eu ce qui fait les grands poëtes : « un amour, une foi, un caractère », d’avoir prôné « l’assou-

protestait-on, doit avoir le cœur ouvert à toutes les aspirations humaines, et l’auteur du Spectacle persiste à ne vouloir chanter que son amour, ou ce qui est pis, ses amours. Reconnaissons-le, Musset lui-même, par le ton et les exagérations de sa préface, prêtait à ses détracteurs des arguments. Est-ce une raison pour méconnaître sa pensée? Car le scepticisme ici reste de pure forme. Il suffit pour s’en convaincre, de bien lire ces couplets. Ne commence-t-il pas, dans chacun d’eux, par s’incliner devant le culte qu’il évoque? (32) Ne prend-il pas chaque fois, la peine de distinguer le sentiment qu’il respecte, et l’abus que les hommes en ont fait? Prenons un exemple : on lui reproche son scepticisme politique. Or, Musset vient, par deux fois, lorsque paraît la Dédicace, d’exposer sur ce point sa manière de voir. Il a, en 1831, dans les Secrètes Pensées de Rafaël (33), chanté les mérites de l’aristocratie (34); et dans une de ses Revues fantastiques, inventant une conversation entre un Français et un vieux mandarin chinois, il faisait prononcer à ce dernier, sur les systèmes politiques, ce verdict :

Il y en a trois espèces, me disait-il, la république, le gouvernement constitutionnel et le régime absolu. Avez-vous jamais réfléchi à la position d’un ministre dans chacun de ces trois cas? Les choses de la vie peuvent être considérées comme un jeu de brelan ou de 30 et 40, c'est le peuple qui fournit l’argent pour mettre au jeu. Dans un gouvernement absolu, le peuple dit au ministre : Voici de quoi jouer, fais à ta fantaisie; perds ou gagne, nous ne t’en demanderons pas compte. Le ministre joue, et s’il perd, on lui en donne encore; s’il gagne, il a le soin de rendre la moitié, et le tiers en sus, en joujoux, hôpitaux, ponts, abattoirs, statues, égouts, etc., etc.

vissement d’Epicure, le mépris de la politique, le rire de la sainteté ». Enfin M. Ulbach (Ecrivains et Hommes de lettres) écrivait, en 1857

« J’ai de droit de dire qu’au point de vue social le poète n’a pas compris ces espérances généreuses, ces effusions libérales qui agrandissent la mission de l’artiste, et qu’au point de vue artistique, il a créé une école déplorable qui atrophie la pensée et stérilise le cœur... Quand lespérance ranim'ait les autres poètes, il se sentait amoiïindri, appauvri, stérilisé… I1 a balbutié, murmuré, et puis il a fini par se taire. Il est évident que l’impuissance est le châtiment de son indifférence, »

(32) De là ces deux temps qui, dans chaque couplet, se distinguent. D’abord une adhésion de principe (dont il me faut pas s’exagérer la valeur, mais qu’on aurait tort de négliger), puis ides réserves.

(33) Et donc publiquement, les Secrètes Pensées ayant aussitôt été publiées dans la Revue de Paris.

(34) Noble, pâle beauté, douce Aristocratie!

Fille de la richesse. O toi, toi qu’on oublie,

Que notre pauvre France aimait dans ses vieux jours! Toi qui créas Paris, tuas Athlène et Sparte,

Et sous le dais sanglant de l’impérial pavois,

Comme autrefois César, endormis Bonaparte

Aux murmures lointains des peuples et des rois.

(Poésies, 1, pp. 204-205.)

Dans un gouvernement représentatif, le peuple dit au ministre: Voici un peu d’argent; fais à notre fantaisie; gagne; si tu perds, tu nous en rendras compte. À

Dans une république, le peuple s’asseoit à la table, joue luimême et les trois quarts du temps pille ses voisins pour plus de facilité (35).

L'opinion vaut ce qu’elle vaut; mais il l’a exprimée fort nettement. Que vient-on, après, nous parler de scepticisme? De même, on accuse Alfred de se montrer sceptique en matière religieuse. D'ici quelques mois, il va publier Rolla (36) où, pour la première fois, passe un souffle de mysticisme (37). On l’accuse de mépriser la morale? Mais, dans La Coupe et les Lèvres, Franck va se débattre contre ses habitudes immorales, et s’écrier :

Ah! malheur à celui qui laisse la Débauche

Planter le premier clou sous sa mamelle gauche! Le cœur d’un homme vierge est un vase profond! Lorsque la première eau qu’on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure,

Car l’abîime est immense, et la tache est au fond (38).

Il est donc faux de prétendre que la Dédicace proclame un scepticisme universel. Elle élève seulement une protestation contre un certain nombre de contraintes, contre tout ce qui, intolérance des sectes religieuses, mesquinerie des partis, dogmatisme des écoles littéraires, prétend borner l’horizon de l’homme; surtout, Musset revendique pour l'écrivain le droit de n’asservir son génie à aucune coterie. Il se refuse à affilier sa Muse à un parti (39). Pourquoi? Lui-même er a donné deux raisons. Au mois . de février 1831 (40), il écrivait (41)

Si la pensée veut être quelque chose par elle-même, il faut qu’elle se sépare en tout de l’action; si la littérature veut exister, il faut qu’elle rompe en visière à la politique. Autrement toutes deux se ressemblent, et la réalité vaudra toujours mieux que Papparence.

(35) Revue fantastique du 11 avril 1831. (Mélanges, pp. 70-76.)

(36) Qui parut, en août 1833, dans la Revue des Deux-Mondes.

(37) Le regret de la foi disparue s’exprimait à la même époque dans l’article que nous étudions plus loin : Un mot sur l’art moderne et déjà dans La Coupe et les Lèvres. (Cf. au quatrième acte, le monologue de Franck.)

(38) La Coupe et les Lèvres, IV, 1. (Poésies, I, p. 291.)

(39) Religieux ou politique, peu importe.

(40) Revue parue dans le Temps le 1° février 1831. M. Allem la publiée dans ses Œuvres Complémentaires d'Alfred de Musset. Elle porte ce titre : De la politique en littérature et de la littérature en politique.

. (41) Après avoir constaté que les deux tiers des ouvrages publiés le mois précédent relevaient de la littérature politique.

Et de conclure :

Un poète peut parler de lui, de ses amis, des vins qu’il boit, de la maîtresse qu’il a ou voudrait avoir, du temps qu’il fait, des morts et des vivants, des sages et des fous, mais il ne doit pas faire de politique.

Seconde raison : les passions politiques contraignent lPécrivain à traiter des sujets éphémères; elles l’entraînent à des contradictions qui écœurent Alfred de Musset. Il le dit dans la Dédicace (42) :

Je ne me suis pas fait écrivain politique, N’étant pas amoureux de la place publique.

D'ailleurs, il n’entre pas dans mes prétentions D’être l’homme du siècle et de ses passions.

(C’est un triste métier que de suivre la foule,

Et de vouloir crier plus fort que les meneurs...

Que de gens aujourd’hui chantent la liberté,

Comme ils chantaient les rois ou l’homme de Brumaire. C’est peut-être un métier charmant, mais tel qu’il est, Si vous le trouvez beau, moi, je le trouve laid. Pourvu qu’on dorme en paix au milieu du tapage, C’est tout ce qu'il me faut, et je ne crains pas l’âge Où les opinions deviennent des remords.

Il entre là moins d’égoisme que d’idéalisme. Donc point de parti pris politique; mais, de préjugés littéraires, pas davantage. N’écrivait-il pas, dès 1831? (43)

Attendons qu’il arrive à quelqu'un des auteurs du jour ce qui arriva à un jeune peintre que j'ai connu... Cet artiste fit un voyage d'Italie; il n’y remarqua que la couleur des tuiles et la raideur des lignes. Les principes de son Ecole, semblables à un lierre desséchant, l’avaient enveloppé. Mais des brigands le font prisonnier. Le voici qui se met à peindre ses hôtes. De ce jour, il devint grand peintre; une voie nouvelle s’ouvrit pour Ilui; la vie pittoresque et agitée qu’il avait menée, les émotions qu’il avait ressenties, les expressions terribles qu’il avait tenté de reproduire, tout cela avait allumé dans ses veines cette fièvre qui ne s’éteint plus. Il abandonna tout système et travailla assidûment d’après les conseils de son cœur (44).

Et lui-même, aussitôt, conforme son attitude à ces prin-

(42) Et il l’a répété, une fois encore, à la fin de sa vie, dans le Sonnet au Lecteur, qui date, croit-on, de 1851. La politique, hélas! voilà notre misère.

Etre rouge ce soir, blanc demain : ma foi, non. On le voit, il s’agit bien d’une opinion arrêtée de notre poèëte. (43) Dans la Revue fantastique du 30 mai.

(44) Il faut bien saisir et souligner l’intérêt de cette dernière phrase.

Dès 1831, elle exprime un des principes de la poétique de Musset n’écouter que son cœur et fuir l’enseignement dogmatique des chapelles.

cipes; les Secrètes Pensées de Rafaël sont là pour le prouver. I1 y affirme, l’année même, sa volonté de ne plus combattre sous un drapeau, et de marcher, seul, à sa guise :

Salut, jeunes champions d’une cause un peu vieille, Classiques bien rasés, à la face vermeille, Romantiques barbus, aux visages blêmis,

Vous qui, des Grecs défunts balayez le rivage,

Ou d’un poignard sanglant fouillez le moyen âge, Salut! J’ai combattu dans vos camps ennemis.

Par cent coups meurtriers devenu respectable (45) Vétéran, je m’asseois sur mon tambour crevé.

Racine (46) rencontrant Shakespeare sur ma table, S’endort près de Boileau qui leur a pardonné.….

O jeunesse du siècle! intrépide jeunesse Quitteras-tu pour moi le « Globe » ou les « Débats » (47).

Cette déclaration avait soulevé tant de commentaires parmi les anciens camarades du poète, qu’il n'avait, dans sa Dédicace, nul besoin d’y revenir. Pourtant, ïl ne peut s'empêcher d’y faire allusion :

Vous me demanderez si j’aime la nature.

Oui, j'aime fort aussi les arts et la peinture...

Mais je hais les pleurards, les rêveurs à nacelles, Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles, Cette engeance sans nom qui ne peut faire un pas Sans s’inonder de vers, de pleurs et d’agendas.

La nature, sans doute, est comme on veut la prendre. Il se peut, après tout, qu’ils sachent la comprendre; Mais eux, certainement, je ne les comprends pas.

Et, derrière la nature, Musset vise ici toute une Ecole. Des noms ne surgissent-ils pas à notre esprit, quand nous entendons Alfred se railler des « pleurards », des « amants de Ia nuit »? (48) Et ces noms n’appartiennent-ils pas tous au Cénacle? D'ailleurs, c’est presqu’uniquement contre le Cénacle que Musset, dans la Dédicace, manifeste son indépendance; il l'attaque dans ses sympathies étrangères, dans son

attitude politique; enfin, il se sépare de lui à propos d’un de

(45) Sans doute Musset songe-t-il ici aux quolibets qui avaient accueilli et les Contes d’Espagne et la Nuit Vénitienne.

(46) Un nom. intéressant à retenir. Nous pouvons ici mesurer l’évolution des idées de Musset. En janvier 1830, dans sa lettre à l’oncle Desherbiers, n’écrivait-il pas : « J’ai fait bien d’autres réflexions. Mais tu sais qu’elles ne vont pas jusqu’à me faire aimer Racine »? Il y a, depuis lors, une autre étape de franchie.

(47) Et ces deux journaux représentent les deux Ecoles aux prises : romantiques et néo-classiques.

(48) Et plus encore quand nous l’entendons parler des amants des

« lacs », un mot qui, à l’époque, évoquait forcément à l’esprit du lecteur le nom de Lamartine.

ses dogmes : l’adoration de la nature. « Trahison », crièrent les compagnons de jadis. « Ingratitude », ajoutèrent leurs amis (49). Ni l’un, ni l’autre. Aujourd’hui comme naguère, Alfred défend son indépendance. Jadis les règles classiques prétendaient la brimer, et, pour les jeter à bas, il a uni ses efforts à la poussée des romantiques; maintenant, les hommes du Cénacle, à leur tour, dogmatisent. Dès lors, ils deviennent le grand adversaire. La partie négative de la Dédicace n’a point d’autres sens : elle affirme l’indépendance du poète en face des nouvelles règles comme en face des anciennes.

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