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LE SECOND PRINTEMPS

De ce malaise intime, Musset ne s’aperçut pas tout de suite. Et, de fait, il présentait toutes les apparences de la guérison. Si l’on en veut avoir la preuve, il suffit d’étudier l’existence qu’il mena, les lettres qu’il écrivit, les œuvres qu’il publia, depuis l’été de 1836 (1) jusqu’en 1839 (2). Trois ans pendant lesquels « il travailla sans fièvre.….., toujours sous l'inspiration de son cœur..…, mais d’un cœur plus libre et plus joyeux » (3). Aïnsi s'exprime le biographe; et üil ajoute : « l’année 1838 » fut « la plus féconde et la plus heureuse de sa vie, parce qu’elle fut la plus riche en illusions » (4). Témoignage catégorique, mais suspect. Car, affirmer à pareille époqua le bien-être moral du poète, c’est montrer que Lélia n’eut pas sur sa vie une influence souveraine, plaisir auquel Paul de Musset ne devait pas résister; c’est encore exalter celle qui, ces années-là, régnait sur le cœur d’Alfred, le Moïinillon de son poème (5), la Beatrix Donato du conte (6), Aimée d’Alton (7). Il y a là deux raisons de nous défier, de nous tourner vers les événements, les œuvres de l’époque et de contrôler ces affirmations à leur lumière. Or, les uns et les autres confirment l’impression de Paul de Musset.

(1) Lorsque parut, dans la Revue des Deux-Mondes (1°’ juillet 1836), Il ne faut jurer de rien.

(2) Au moment où Musset médite le Poète déchu.

(3) Cf. Paul de Musset, Biographie (p. 187).

(4) Ibid. (p. 208). A vrai dire, Paul ce Musset ne fait durer ce temps heureux que deux années (1837-1838). Mais il nous paraît impossible de n’y pas englober, d’une part, Il ne faut jurer de rien et les Lettres de Dupuis et Cotonet (1836), de l’autre, les articles sur Pauline Garcia (1839).

(5) Les strophes : « Charmant petit moinillon.. » qui ne portent pas de date précise.

(6) Il s’agit du Fils du Titien (paru le 1° mai 1838), où se trouvent aussi deux sonnets envoyés par Musset à Aimée : « Lorsque jai lu Pétrarque. » (15 mars 1837), et « Beatrix Donato fut le doux nom. » (22 avril 1838).

(7) Or, Aimée d’Alton était, depuis le 23 mai 1861, M"° Paul de Musset.

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