‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 102 sur 356 · Bett., IV · texte numérisé non relu

Bett., IV

> IAE

Un certain nombre de traits du portrait qu’elle a tracé de Beethoven sont d’ailleurs confirmés par les biographies beethoveniennes : sa misanthropie, sa brusquerie d’allures, son prodigieux talent d’improvisateur au piano, son admiration pour Gœthe, par exemple. Les propos qu’elle lui prête sont davantage sujets à caution. Non qu’on n’y relève certaines expressions qui peuvent bien provenir de Beethoven lui-même (°°). Mais il faut bien remarquer que Beethoven n’a, pour autant qu’on le sache, jamais fait à aucun de ses interlocuteurs ou de ses correspondants semblables déclarations théoriques sur la musique et son essence. Bettina serait la seule à qui il aurait découvert ses pensées les plus intimes sur son art.

Et ces prétendus propos théoriques de Beethoven. correspondent trop bien aux théories musicales de Bettina elle-même pour n'être pas suspects d’avoir été, à tout le moins, un peu arrangés par elle. Le Beethoven philosophe, et même métaphysicien, qui se répand en propos élevés sur le pouvoir expressif de la musique, sur son rôle de médiatrice entre le monde spirituel et le monde sensible, sur son pouvoir magique qui met l’homme en communication avec Dieu et qui distingue, dans la création et dans l’audition, le rôle du sentiment et celui de l’intelligence, ne parle pas autrement que Bettina dans sa correspondance romanesque, ou romancée, avec Caroline de Günderode, avec Gæœthe, ou avec Ilius Pamphilius. Il se peut que, pour sa rédaction, Bettina ait utilisé quelques propos de Beethoven. Mais il est probable qu'elle les a dilués et noyés dans l’expression de ses propres théories.

Il n’est pas surprenant que le Beethoven de Bettina soit un Beethoven romantique. La conception « expressive » de la musique est une des caractéristiques de l’art romantique. Nous l’avons déjà rencontrée chez Hoffmann. Romantique également, et bien voisine aussi de la conception de Hoffmann, est l’idée que la musique nous révèle l’infini et nous ouvre le monde spirituel. Le pouvoir magique de la musique fait songer non seulement à Hoffmann, mais à Novalis et à son idéalisme magique. Et le Beethoven inspiré, prophète, mage ou surhomme, que les lettres authentiques de Bettina, écrites en 1810, ne font entrevoir que très vaguement, et dont les correspondances romancées publiées vingt-cinq ans après, ou plus tard encore, précisent la figure avec la plus grande netteté, ressemble comme un frère au Beethoven de Hoffmann.

S1 lon cherche toutefois à caractériser la conception de Beethoven qu'a eue Bettina par rapport à celle de Hoffmann, on verra que, si Bettina a eu avec Beethoven un contact personnel

Page 1