‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 103 sur 356 · W. ŒnLKE, Beltina von Arnims Biefromane, 148 et suiv · texte numérisé non relu

W. ŒnLKE, Beltina von Arnims Biefromane, 148 et suiv

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que le hasard refusa à Hoffmann, la connaissance qu’elle a eue de sa personnalité artistique a été moins précise et plus intuitive. C’est que Hoffmann a d’abord approché Beethoven en technicien et en critique, en étudiant soigneusement ses partitions. L'idée que Hoffmann s’est faite de Beethoven repose sur l’étude détaillée de quelques-unes de ses grandes œuvres, qu'il était parfaitement à même d’analyser et de juger. Chez Bettina, au contraire, rien de tel. Ses études musicales n'étaient certainement pas aussi poussées que le furent celles de Hoffmann, et celles de ses compositions musicales qui nous sont parvenues ne sont que de balbutiants essais d’amateur, souvent maladroits ou puérils. Les œuvres de Beethoven qu’elle a pu entendre ou lire, elle n'a jamais essayé de les analyser. Elle n’en cite même aucune,

à part les lieds qu’elle prétend avoir entendu chanter par Beethoven, vét quelques allusions à Egmont. Elle n’exprime donc aucune appréciation sur telle ou telle œuvre particulière de Beethoven et se contente de caractériser sa musique en général.

Cette caractéristique est toute intuitive et subjective, elle procède par effusions ou, comme le dit une lettre de Gœthe, par « explosions » enthousiastes. Bettina a vibré intensément à l’audition de la musique de Beethoven, elle a eu le sentiment qu’elle se trouvait en présence d’une œuvre préfonde, originale, de tendances nouvelles et que l’auteur était une personnalité artistique très au-dessus de la moyenne. Ce sentiment s'est précisé ensuite et son expression s’est développée avec le temps et l’âge. A travers son propre tempérament romantique, Bettina a vu en Beethoven, comme Hoffmann, un mage inspiré, un prophète au visage radieux et tourné vers l’avenir, le prince des musiciens expressifs, dont l’œuvre manifeste qu il voit Dieu et contemple l’infini. Partie de quelques menues données exactes, elle a construit un personnage de surhomme romantique et l’a dressé en pleine lumière, sur un sommet solitaire.

Si, par là, le Beethoven de Bettina ressemble à celui de Hoffmann,. il est un côté où, par les soins de Bettina, sa figure acquiert d’autres traits. C’est lorsqu'il s’agit non plus du musicien, tuais de l’homme lui-même et de son caractère. Hoffmann, n'ayant connu Beethoven que par son œuvre, ne pouvait rien dire dans cet ordre d’idées. Bettina, l’ayant vu et ayant causé avec lui, nous a jaissé de Beethoven un portrait pittoresque de bohème génial, qui sans doute est assez exact. Elle a, d’autre part, favorisé la constitution de la légende du Beethoven démocrate et républicain, volontairement et systématiquement grossier avec les aristocrates, de façons plébiennes, morigénant sans ménagement un poète courtisan pour son attitude déférente envers de hauts personnages. Bettina ne dit certes pas expressément que Beethoven ait été un farouche démocrate. Mais l’atti-

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tude qu’elle lui prête a pu être exploitée dans ce sens. À l’heure actuelle, cependant, même ceux qui l’estiment vraisemblable y voient plutôt une manifestation de la fierté de Beethoven, qui se jugeait l’égal des plus hauts personnages (°°).

Le Beethoven de Bettina ajoute donc certains traits — surtout des traits pittoresques — à celui de Hoffmann. Il est plus sujet à caution, étant simplement vu par une femme au caractère exalté et enthousiaste, moins capable que Hoffmann d’analyser une grande œuvre musicale. Cependant, Bettina a eu un sentiment exact de la grandeur de Beethoven. Ce qui peut appeler des réserves, c’est l’explication romantique qu’elle donne de cette grandeur. Son intuition, pour géniale et précieuse quelle soit, ne saurait tenir lieu &’objectivité critique et suppléer à l’insuffisance de son éducation musicale.

31. R. ROLLAND, Gœæthe et Becthoven, 82 et suiv. — La vraisemblance de l’anecdote est niée par Hd. HERRIOT, La Vie de Beethoven, 233.

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