I. - Clemens Brentano
Le contact personnel de Beethoven avec Brentano a été assez fugitif. On est certain qu’il eut lieu en 1813 et 1814, à Prague d’abord, puis à Vienne. Peut-être leurs relations sont-elles plus anciennes, mais on na aucune certitude à ce sujet et aucune recherche n’a permis, jusqu'ici, de découvrir une preuve à l’appui des suppositions qui ont pu être faites.
Clemens Brentano, né en 1778, c’est-à-dire sept ans environ avant sa sœur Bettina, était, comme elle, assez doué pour la musique. Son chant et son talent de guitariste lui valurent, diton, maint succès féminin ('). De-ci de-là, dans ses œuvres, quelques détails ou comparaisons montrent qu’il s’intéressait à la musique. Une lettre à Louise Hensel contient un passage consacré à la « Polonaise » (*). Le roman épistolaire de Bettina, Clemens Brentanos Frühlingskranz, qui mérite d'être pris au sérieux plus que les autres, la comparaison avec les lettres véritables de Clemens ayant montré qu’il est resté très près des textes originaux (*), laisse se manifester en divers endroits le tempérament musical de Clemens et ses conceptions, d’ailleurs assez semblables à celles de Bettina : la musique nous ouvre le monde des esprits, elle exprime l'infini, elle est le reflet de l’âme divine de l’Univers. Clemens s'intéresse aux études musicales de sa sœur (‘). Lui-même, au cours d’un séjour à Düsseldorf, a le projet d'écrire un livret d’opéra. Le chef d’orchestre du théâtre, qui mettra son œuvre en musique, lui enseignera, en échange, la composition musicale (*). S’il n’a pas eu, dans le domaine musical, la divination intuitive de Bettina, il a du moins eu incontestablement un tempérament musical et une certaine culture musicale. Ses idées, comme celles de Bettina, reflètent les théories romantiques répandues à l’époque dans le public lettré.
On a supposé sans preuves que Brentano avait pu rencontrer
1. KALISCHER, article dans Euphorion, 1895, Erstes Ergänzungsheft, 37. 2. CI. BRENTANO, Gesammelte Schriften, VIII, 209.