‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 108 sur 356 · P. BEKKER, Beethoven · texte numérisé non relu

P. BEKKER, Beethoven

20, Dramaturgischer Beobachter, Vienne, II, n° 3, ro-rr.

La première, la deuxième et la cinquième poésies figurent, avec des variantes, dans un manuscrit conservé à Berlin à la Bibliothèque nationale de Prusse parmi les papiers de Schinäler. La quatrième pièce y est jointe, que Brentano a plus tard insérée, avec des modifications, dans son Passage du Rhin et où Î célèbre la victoire de Wellington. Le titre de l’ensemble est Quatre leder de Beethoven à lui-même (*‘). Les poésies sont accompagnées de quelques lignes adressées à Beethoven, où Brentano indique que ses vers ont été improvisés avant le concert auquel il allait assister (**?).

Faut-il conclure de l’expression employée par Brentano qu’il a écrit ses vers avant d’avoir entendu la Septième Symphome et la Bataille de Vittoria? Il les a évidemment écrits avant l’audition du 2 janvier, dont le compte rendu précède les Echos dans le journal de Bernard. Mais peut-être avait-il assisté à une des deux séances du mois de décembre. Ses poésies sont d’ailleurs conçues en termes si généraux et si vagues qu’il n’est pas absolument nécessaire de supposer qu'elles ont été précédées d’une audition des deux œuvres en question. Elles nous intéressent moins en raison de leur médiocre valeur littéraire que parce qu’elles expriment la conception que se faisait Brentano de la personnalité et de l’art de Beethoven.

Les trois premières poésies publiées dans le Dramaturgischer Beobachter contiennent des idées que Brentano avait exprimées dans sa lettre à Beethoven déjà citée : l'artiste créateur est nécessairement solitaire, comme Dieu lui-même. La solitude lui est indispensable pour créer, c’est seulement dans la solitude que son âme se met à vibrer, à chanter. Ce chant est d’origine divine, 1l n’est pas dû à un acte de volonté consciente de la part de l'artiste (n° 1). L'artiste est d’ailleurs déchiré entre sa nature terrestre et la nature divine de l’inspiration. Il est comparable à la statue de Memnon, qui émet des sons musicaux dès que le soleil la touche de ses rayons (n° 2). Et Brentano insiste sur le fait que l’artiste est semblable à Dieu : il ne peut créer et exprimer que lui-même, il est solitaire, son activité créatrice n'est subordonnée à rien (n° 3).

On peut négliger la quatrième pièce, consacrée à Wellington et à l’Angleterre. La cinquième glorifie surtout Beethoven qui a magnifé la bataille et la victoire de Wellington en les transposant sur le plan artistique, sur le plan musical, et leur a ainsi conféré l'éternité.

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