GUIGNARD, ouv. cité
24. « Das ist aber die Aufgabe und der Sieg der Kunst, dass sie das Hôhere zum Menschlichen macht, so steigen die Gôtter zur Erde nieder, so kônnen wir sie lieben, so werden wir zum Himmel ermutigt. Dank dir, guter einsamer, in dir und deinen Tônen einsamer Beethoven, für dein Werk.. » (KALISCHER, art. cité, 61).
tano y déclare à l'artiste qu’il a été ému non par ce qu’elle a fait, mais par ce que Dieu a fait par elle. Beethoven y est qualifié de « maître de l'art profond » dont la flamme a détruit une fâcheuse routine; grâce à lui tombent les chaînes d’une mauvaise tradition; il a mis fin à la surdité de la foule.
Ces comptes-rendus précisent et complètent l'expression des idées de Brentano sur l’art musical en général et Beethoven en particulier. L'artiste solitaire y est représenté comme le médiateur entre Dieu et les hommes, l’art humanise ce qui vient d’enhaut (Brentano a déjà considéré l'inspiration comme extérieure à l’artiste), il fait descendre les dieux sur terre. De même une belle interprète n’est qu’un instrument dans les mains de Dieu. L'originalité de Beethoven est caractérisée par une expression assez vague et obscure : il est « le maître de l’art profond c'est-à-dire, sans doute, de l’art expressif qui fait vibrer le fond de notre âme en traduisant dans le langage sonore l’inspiration divine. Son action sur ses auditeurs est telle qu’il rompt une fâcheuse tradition, il ouvre à cet art nouveau les oreilles des hommes. On ne saurait souligner plus nettement le caractère profond d’originalité que Brentano découvre dans les œuvres de Beethoven.
Pour être moins explicite que Bettina, Clemens Brentano n’en a pas moins exprimé des idées analogues : l’isolement de Beethoven qui précède son siècle, la valeur expressive de sa musique, le rôle métaphysique de l’art, le caractère divin de l’inspiration. Peut-être les conceptions de Brentano ont-elles un tour plus nettement religieux que celles de sa sœur, surtout celles qui s'expriment à à propos de Fidelio. On peut s expliquer cette tendance par la crise intérieure qui, à cette époque, préparait le retour de Brentano au catholicisme (?°).
C’est donc encore un Beethoven romantique que Brentano présente à ses lecteurs. Les détails de la figure du musicien qu’il conçoit ne sont, à vrai dire, pas très nets. Il n’en saurait être autrement, vu le petit nombre des œuvres considérées, vu surtout que Brentano n'a pas l’éducation musicale de Hoffmann, par exemple, ou les prétentions de Bettina. I] n’est qu’un amateur et interprète Beethoven à travers son propre sentiment de l’art musical. Reflétant d’une facon atténuée les enthousiasmes de Bettina, il a, lui aussi, contribué à former et à répandre autour de lui la légende romantique de Beethoven solitaire, inspiré, mage et truchement de Dieu auprès des hommes.