VITAE
avoir été une âme sentimentale et sensible à la mode du dix-huitième siècle : il a pu être ému jusqu'aux larmes en entendant
Beethoven improviser au piano (°).
Pendant son séjour à Vienne, Reichardt n’a pas eu seulement un contact personnel avec Beethoven. Il a eu l’occasion d’entendre, en des circonstances diverses, un assez grand nombre de ses œuvres. On aimerait avoir un jugement détaillé et motivé de ce musicien sur une production dont l'originalité ne pouvait lui échapper. Malheureusement, il n’exprime son opinion, en général, que d’une façon très brève et assez vague. Il s'agit plutôt d’impressions que de l’avis motivé d’un homme compétent.
Le soir du dîner chez la comtesse Erdôdy, raconte Reichardt, après le repas, on a amené au piano « l’humoristique Beethoven » qui à improvisé « du plus profond de son sentiment artistique (*) ». À une autre réunion chez la comtesse, il a entendu un trio récent (un des deux de l’op. 70), « d’une grande force et d’une grande originalité », et quelques-uns des quatuors anciens (de 1785) où « le violon rivalise avec le piano dans les traits pianistiques les plus difficiles », tandis qu’à son tour le piano cherche à chanter comme le violon (*).
À quelques jours de là, il entend, dans un « Concert d’Amateurs » l’ouverture « écrasante et gigantesque » de Coriolan, dans d’assez mauvaises conditions d'ailleurs, la salle trop petite dénaturant les sonorités et rendant insupportables les éclats des cuivres (°).
Le 15 décembre, il entend de nouveau « le beau quatuor », précédé de deux quatuors de Haydn et de Mozart. Il se félicite d’avoir ainsi pu observer « comment ces trois vrais humoristes ont fait progresser le genre, chacun d’après sa nature individuelle ». Haydn l’a créé conforme à son esprit naïf et original. Mozart, plus énergique et doué d’une imagination plus riche, y a souvent exprimé « le caractère le plus profond et le plus élevé de son être intime ». Beethoven a achevé l’évolution amorcée