À. LEITZMANN, ouv. cité, II
14. « Wäre die heilige Empfindung, mit der ich zu ihm getreten war, ihm wirklich nicht oft geboten worden bei den vielen, vielen Tausenden, die ihm die tiefsten Rührungen, die erhebendsten Erschütterungen ihrer Seele danken? » (Zbid., 351-352).
15. Bibliothèque nationale de Prusse, Cahier de conversation 83 (41), p. 1 b (Rellstab) : « Das ist ein anderes Stück, Heinrich der 8te.
« Wie wird Ihnen ein Stoff, etwa die Lodoïska von Cherubini zusagen?
« Den Schauplatz würde ich gern nach Alt-Schottland verlegen und dabei Walter Scotts Charaktere benutzen.
« In solchem Stoff eint sich auch das Komische am besten mit dem Ernst.
! « Doch glaube ich nicht dass sich ein solcher Stoff ganz mit Recitativen behandeln iesse.
« Orest hat durchgängig Recit — Doch das Ohr ermüdet dabei zu leicht. »
P. 44 a (Rellstab) : « Ich würde grosse Aenderungen damit vornehmen. Ich würde die Cassandra weglassen, und statt dessen einige Scenen einweben die mehr übermüthige Freude des Aegisth ausdrückten, damit mehr Abwechslung in die Oper käme. Die Schreckensscenen häufen sich zu sehr.
« Iht Hr Bruder sprach mir von drei andern Stoffen, die er aufgeschrieben…
« Ich würde Thnen am liebsten einen Stoff wählen der auf mehrern Bühnen darstellbar wäâre; und er sollte besser werden als Orest. »
16. Cahier 84 (115), p. 25 d (Rellstab) : « Ich bitte Sie mir Ihre Wünsche für die Oper, und ob Ihnen vielleicht einige meiner Lieder zusagen zu sagen.
« Würden Sie sich entschliessen kônnen von meinen Liedern für die Musikhandlung zu componiren und sonst in Verbindung mit derselben zu treten?
« Ich bitte Sie die Texte vorläufig zum Andenken zu behalten, über alles fernere schreibe ich Ihnen davon ausführlicher, »
Beethoven n’a mis en musique aucune œuvre de Rellstab. Celles que Rellstab lui avait laissées ont été rendues plus tard par Schindler. Elles étaient pourvues, en marge, de coups de crayon de Beethoven, destinés à signaler celles qui lui plaisaient. Seul, l'état de santé
stab, son ton prouve que leurs relations furent vraiment cordiales et que Rellstab avait su plaire à Beethoven (’).
Les quelques vérifications que les Cahiers de Conversation rendent possibles permettent de considérer comme exacts les renseignements fournis par les Mémoires de Rellstab et comme sincère l’impression qu’il dit avoir éprouvée en face de Beethoven.
Rellstab apporte sa contribution obligée à la réputation de maussaderie et de brusquerie de Beethoven, déjà solidement établie avant lui, et explique son humeur variable par sa surdité et par sa mauvaise santé. De même, on retrouve encore chez lui l'indication du désordre pittoresque du logis de Beethoven, déjà signalé par bien des gens qui l’ont approché. Mais Rellstab ne se contente pas de ces indications extérieures, 1l cherche à pénétrer la psychologie de Beethoven.
Le Beethoven de Rellstab est le représentant d’une humanité supérieure. Déjà la lettre de Zelter semblait s’adresser « à un saint du ciel ». De même, Rellstab explique à sa façon la pauvreté du logis de Beethoven, qui ne paraît pas l’avoir autrement surpris : Beethoven n’a nul besoin d’un intérieur luxueux ou même confortable, car il vit dans une sphère supérieure. Ayant « l’étincelle divine », il peut ignorer çes contingences terrestres. Au physique, Rellstab ne le trouve pas ressemblant à ses portraits, qui lui prêtent un air d’ « âpreté » et d’ « élan déchaîné » afin de mettre sa physionomie d'accord avec ses œuvres. Rien de cette « dureté » ni de cette « puissance hardie » qui, d’après Rellstab, caractérisent sa production : son visage n’exprime que Mélancolie, souffrance, bonté. Cette expression de Beethoven, Rellstab l'explique par sa surdité. Beethoven sourd lui paraît un personnage tragique qui ne pourrait être dépassé que par celui du peintre de génie frappé de cécité en pleine force. Son aspect seul est émouvant plus qu’on ne saurait le dire et remplit les yeux de larmes. Combien plus émouvant encore si l’on songe que les œuvres de cet homme accablé par le Destin portent aux hommes un message de joie évidemment venu d’une
sphère supérieure !
de Beethoven l’aurait empêché de les mettre en musique. C’est lui qui les aurait commu-
niquées à Schubert, parmi les lieds de qui quelques-unes figurent: — Cf., sur ce point, KALISCHER, Becthoven und seine Zeitgenossen, T, 277, note. 17. «3. Mai 1825. — Im Begriffe, aufs Land zu gehen, musste ich gestern selbst einige
Anstalten treffen und so mussten Sie gerade leider umsonst kommen. Verzeihen Sie imeiner noch sehr schwachen Gesundheit; da ich Sie vielleicht nicht mehr sehe, wünsche ich JIhnen alles erdenkliche Erspriessliche. Gedenken Sie meiner bei Ihren Dichtungen, « Ihr Freund Beethoven.
« An Zelter, den wackern Aufrechthalter der waliren Kunst alles Tiche und Verehrliche. « In meiner Rekonvaleszenz befinde ich mich noch äusserst schwach; nehmen Sie vorlieb mit diesem geringen Erinnerungszeichen an Ihren Freund Beethoven. » (Suit un canon sur le dernier vers de l’Opferlied de Matthisson : «Das Schône zu dem
Guten » [BBr-KAL,, V, 113. BBr-PREL, III, x168.]).
C’est « pour se faire plaisir à lui-même » que Beethoven compose. L’étincelle divine qui est en lui provoque le jaillissement direct de l'inspiration artistique. Ses œuvres les plus récentes sont d’une élévation qui les rend difficiles à saisir. Lui-même en convient. Mais elles exaltent l’âme, la font, par conséquent, pénétrer dans ce monde supérieur où vit leur créateur. Elles ne peuvent évidemment que traduire ses sentiments sincères. La gaîté leur est donc interdite, la légèreté des chefs-d’œuvre dramatiques de Mozart, Don Juan et Figaro, offusque Beethoven. C'est par cette élévation de sentiment que Beethoven est grand, mais sa grandeur n’est pas inaccessible, car c’est aussi au sentiment des hommes qu'il s’adresse.
On aimerait être plus exactement renseigné sur ce qui, dans les propositions de collaboration de Rellstab, a pu particulièrement intéresser Beethoven. Ce ne sont probablement pas les sujets d’opéras énumérés par Rellstab, dont, sans doute, aucun ne correspondait assez au tempérament de Beethoven pour qu’il pût s’y attacher. La seule chose sûre, prouvée par la lettre de Beethoven, est qu’il eût volontiers collaboré avec le jeune poète berlinois. On ne peut guère tirer de conclusion ferme des coups de crayon mis en marge de quelques poésies de Rellstab, puisque Beethoven a laissé à Schubert le soin de les mettre en musique.
Les traits essentiels du Beethoven présenté par Rellstab correspondent à ceux que lui ont donné les romantiques. C’est un musicien expressif, dont la musique jaillit du sentiment et s'adresse au sentiment. Il est plus grand que l’humanité commune, il possède une étincelle divine, ses œuvres ouvrent l’accès d'un monde supérieur. C’est en même temps un personnage tragique. Le musicien isolé du monde des sons réels par sa surdité, réduit à n’entendre que sa musique intérieure, ne peut manquer d’être frappé d’une mélancolie profonde. C’est une infinie bonté qui seule l’incite à communiquer avec les hommes par le moyen de ses œuvres et à leur transmettre son message de joie.
Quelle est, dans cette façon de présenter Beethoven, la part de l’imagination? Quelle est, également, la part de la légende romantique déjà constituée et dont Rellstab avoue l’influence en constatant que le physique de Beethoven ne correspond pas à l’idée qu’on s’en fait d’après ses portraits et d’après ses œuvres? Questios insolubles à distance. Rellstab affirme à plusieurs reprises sa bonne foi et son objectivité, et on n'a aucune raison de douter de sa sincérité. I1 faut donc considérer le récit de ses relations avec Beethoven comme une contribution minime peut-être,
mais caractéristique, à la constitution de la figure romantique de Beethoven.