‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 131 sur 356 · Ibtd., NX · texte numérisé non relu

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la musique instrumentale est beaucoup plus près de Dieu que la musique vocale. La composition de la musique doit donc précéder l’adaptation d’un texte. La langue française, sur les rythmes &e laquelle Gluck a composé la musique de ses opéras, lui a été nuisible. Elle ne peut servir qu’à parler, non à chanter. Mozart, ivre de musique, a trop subordonné le chant aux instruments, mais était porté par un tel flot d'inspiration que chez lui paroles et musique forment toujours un tout. Puis est venu Spontini, que les Français ont écrasé comme Gluck, mais qui a apporté dans l’art musical des nouveautés importantes : « il ne réfléchit pas, comme Maria Weber,-à ce qu’il va faire, mais à ce qu'il faut laisser de côté ». Pour conclure, Rahel compare Mozart à Shakespeare et Gluck à Klopstock; comparaison superficielle, dit-elle, parce que Gluck s'entend mieux à peindre la passion et la souffrance. Elle donne la palme à Righini pour l’expression ce l’amour, les évocations mythologiques, l'ivresse amoureuse, le cœur déchiré (°°).

C’est le passage le plus important qui, dans les lettres de Rahel à Varnhagen, soit consacré à la musique. Il montre que Rahel avait sa petite idée personnelle de l’évolution de l’art musical et qu’elle tâchait d’établir des différences entre les styles des différents maîtres. Mais il montre aussi qu’elle considérait les œuvres et leurs auteurs d’un point de vue littéraire beaucoup plus que musical faute, sans doute, de pouvoir mieux faire. Pour nous, l’intérêt du passage — où l’on peut déceler l’influence des conceptions de Heinse —— réside d'ailleurs plutôt dans l’impression qu'il produisit sur Varnhagen. Celui-ci paraît avoir été éberlué par tant de savoir et de subtilité. Sa réponse, du 22 mars, le manifeste assez naïvement (°°).

Cependant, dans les Notes d’une Berlinoise, on trouve, à côté d’un fragment qui répète que la musique française « contraint le sentiment à se soumettre à la signification des mots », tandis que l’italienne « accommode son vocabulaire aux sentiments » et qui constate que « Gluck a souffert devant un texte français » (°!), une caractéristique heureuse de l’Enlèvement au sérail (°?) et un petit fragment sur les rapports de la musique et de la danse (**).

20. Ibid., VI, 353 et suiv. — Varnhagen confirme que Gluck, Mozart et Righini étaient les auteurs favoris de Rahel et qu’elle préférait à toute autre l'école italienne de chant et de danse (Denkwrürdigkeiten, XII, 171).

39. « Uber Musik und Musiker bin ich Dir mit aller Überlegung gefolgt: was Du von Righini sagst, m”uss wahr sein, denn solche bezeichnende Schilderung greift man nicht aus der S ein Anderer machte sie so nicht aus Willkür, Du vollends gar nicht!» Briefw. » 384).

31. Aus Denkblätiern einer Berlinerin. Publié dans les Berlinische Blätter für deutsche Frauen, de Fouqué, 1829, II, 178. Fragment daté du 2 mai 1828. 2. Ibid., IV, r4 et suiv. Date :

3 17 décembre 1824. 33- Fbid., IV, 3 et suiv. Date : 1823.

C’est peu, mais suffisant pour montrer que Rahel a été plus sensible à la musique que Varnhagen. Il est toutefois douteux qu'elle ait pu avoir sur lui, à cet égard, une bien grande influence. L'opinion de Varnhagen sur Beethoven n’a donc pu être que l’opinion intuitive d’un homme intelligent et de bonne volonté, mais dépourvu d’éducation musicale.

Le premier en date des documents où Varnhagen fait allusion à Beethoven est une lettre adressée de Teplitz, le 4 septembre 1811, au comte Bentheim. Varnhagen y relève que Beethoven, « ce sauvage », a été très aimable pour lui et indique qu'il « vit complètement dans son art, travaille beaucoup et ne se soucie de rien d’autre » (*).

Dix jours après cette lettre, le 14 septembre, Rahel partit pour Berlin. Quatre jours plus tard, Varnhagen, encore tout attristé par la séparation, lui écrivait une lettre où il se félicitait de la sympathie que lui montrait Oliva, « lui-même très préoccupé de scènes violentes qu’il avait eues avec Beethoven » (°°).

De retour à Prague, Varnhagen, qui avait promis à Beethoven de lui fournir un livret d’opéra et d’en corriger un que Beethoven possédait déjà (°°), écrit le 18 septembre à Rahel qu’il a la vague intention de tirer d’une” pièce française un livret d'opéra pour Beethoven (*’). Le 23 septembre, Rahel lui écrit à son tour que Beethoven lui montre une amabilité inattendue et qu’elle reverra pour lui, avec plaisir, un plan d’opéra (*). Mais l’intention de Varnhagen se modifia, comme le montre une

34. « Beethovens Bekanntschaft habe ich gemacht, der wilde Mann war gegen mich sehr freundlich und mild, sprach mancherlei sehr Treffendes und will gern für die Robert einen Nachmittag spielen, nur soll es geheim bleiben. Der sonderbare Mann lebt ganz in seiner Kunst, ist sehr fleissig und um anderes unbekümmert. Sie kônnen es sich daher desto hôher anrechnen, dass er mit wahrer Freundlichkeit Sie grüssen und Sie wegen seines damaligen Vergessens entschuldigen lässt, aber solcherlei kann ihm wohl ôfters begegnen. Er komponiert eine Oper für das Ofener Theater, wozu Kotzebue den Text geschrieben. Wegen der Robert ist mir seine Bekanntschaft doppelt und dreifach lieb... » (JACOBS, art. cité, 388). Le personnage désigné sous le nom de « die Robert » est Rahel Levin. T/œuvre de Kotzebue destinée au théâtre de Budapest devait se composer du prologue Le Premier Bienfaiteur de la Hongrie, du drame La Fuite de Béla et de l’épilogue Les Ruines d'Athènes. On ignore de quel oubli Beethdven avait à s’excuser auprès de Bentheim.

35. Briefw. zw. Rahel und Varnhagen, II, 147. 36. JACOBS, art. cité, 390.

37. « Vielleicht übersetz ! ich ein franzôsisches Stück für Beethoven in eine Oper, der andere Text kônnte doch erst späterhin geschrieben werden, jenes aber bietet schon alle szenische Ordnung an; es heisst Giafar, und kôünnte vielleicht 8 bis ro Dukaten bringen. Oliva reist in einigen Tagen nach Wien. Er grüsst Dich von Herzen. Beethoven hat sich noch sehr an mich angeschlossen.… » (Briefw. zw. Rahel und Varnhagen, XI, 148).

38. « Grüss nur den armen Beethoven; und ich gedenk’ ihm stets seine unerwartete Gefälligkeit, dass er mir gleich etwas vorspielte. Wie so hält er aber so viel von mir? Den Plan der Oper will ich durchsehen, er soll ihn mir nur schicken; und aufrichtig will ich sein, ich kann nicht andets » (1bid., II, 151).

lettre adressée à Rahel le 7 octobre (**). N’ayant plus de nouvelles de Beethoven ni d’Oliva, il acheva sa traduction de Britannicus et cessa de songer à l'opéra de Beethoven. Beethoven n’a d’ailleurs jamais mis en musique la moindre œuvre de Varnhagen. Mais ce projet de collaboration est une preuve de plus de la sympathie éclose à Teplitz entre le musicien et le jeune poète.

La silhouette de Beethoven, telle qu’elle ressort de cette correspondance, ressemble assez à celle que présente la lettre de Bettina Brentano à Anton Bihler. Les lettres de Varnhagen viennent donc confirmer l'exactitude des impressions que Bettina communiquait, l’année précédente, à son correspondant. Beethoven y est représenté comme un original habituellement bourru et insociable. Il n’est pas question de sa surdité, cependant assez accentuée à cette époque et que Bettina signalait à Bihler, en l’exagérant d’ailleurs Sans doute. Mais Beethoven accepte de Jouer pour Rahel comme il l’avait fait pour Bettina. Varnhagen, comme Bettina, le représente insoucieux des choses de la vie courante et uniquement préoccupé de son art. Le portrait est d’ailleurs moins poussé. Il se réduit à quelques traits, c’est une simple esquisse.

L’allusion aux scènes violentes qui ont pu éclater entre Beethoven et Oliva est vraisemblable. Tous ceux qui ont fréquenté Beethoven ont eu plus ou moins à souffrir de ses accès de défiance, de ses sautes d'humeur et de ses explosions de colère. Quant au projet de collaboration pour un opéra, il n aboutit pas plus que ne devaient aboutir les tentatives analogues faites par d’autres écrivains. Fidelio était destiné à rester l’unique opéra de Beethoven.

Il faut ajouter aux correspondances déjà citées une lettre adressée de Prague, le 23 décembre 1811, par Varnhagen à Uhland. Elle fournit davantage de détails sur la personnalité de Beethoven telle que Varnhagen la voit (“).

39. « Wenn ich acht Dukaten dafür bekommen kann, so übersetze ich vielleicht ein Racine’sches Trauerspiel in deutsche Jamben; besonders wenn Olva nichts wesen &er Oper für Beethoven schreibt... » (Ibid., IT, 161). À

40. « Prag, 23. Dezember 1811. — Die letzten Tage im Ausgang des Sommers lernt ich in Teplitz Beethoven kennen und fand in dem als wild un& unsesellie verrufenen Mann den herrlichen Künstler von goldenem Gemüt, grossartisem Geist und gutmitiger Freundlichkeit. Was er Fürsten hartnäckig abgeschlagen hatte, sewährte er uns beïm ersten Sehen, er spielte auf dem Fortepiano. Ich war bald mit ihm vertraut mn sein edler Charakter, das ununterbrochene Ausstrômen eines gôttlichen Hauchs, &as ich in seiner übrigens sehr stillen Nähe immer mit heiliger Rhrfurcht zu empfinden glaubte, zogen mich so innig an ïhn, dass ich tagelang der Unbequemlichkeït seines Umganses, der durch sein schweres Gehôr bald ermüdend wird, nicht achtete und besonGers &ie letzten Tage nur mit ihm und seinem Freunde Oliva, einem der besten Menschen, den Kerner auch gekannt hat, zubrachte. Wüsst’ ich es nicht durch unverwerfliche Zengnisse. dass Beethoven der grôsste, tiefsinnigste und reichste der deutschen Tonkünstler ist.

Le ton de cette lettre est sensiblemént différent de celui de la lettre à Bentheim et de la correspondance de Varnhagen avec Rahel et avec Oliva. Il est beaucoup moins familier, on y sent moins d'abandon. Les phrases en sont mieux balancées, plus composées. Une certaine préoccupation littéraire a manifestement influé sur le style épistolaire de Varnhagen. La différence de caractère des relations de Varnhagen avec ses divers correspondants explique sans doute en partie ce changement de ton. Mais il faut noter aussi la différence des dates : tandis que les lettres précédemment citées ont été écrites en septembre 1811, la lettre à Uhland est de fir décembre de la même année, postérieure, par conséquent, de plus de trois mois à la dernière entrevue de Varnhagen avec Beethoven. J1 n’est pas interdit de supposer que, dans ce délai, il a pu se produire dans l’esprit de Varnhagen un certain travail de cristallisation dont le résultat est un portrait de Beethoven beaucoup plus achevé, beaucoup plus complet que la silhouette que nous avons entrevue jusqu'ici.

Comme dans sa lettre à Bentheim, Varnhagen relève l’affabilité et la complaisance de Beethoven à son égard, la facilité avec laquelle il s’est prêté à entrer en relations avec lui, la bonne grâce avec laquelle il s’est mis au piano sans se faire prier. Il fait remarquer le contraste entre cetté attitude et sa réputation de misanthrope bourru capable de refuser de jouer même devant des têtes couronnées.

Varnhagen n'essaie pas d’expliquer la misanthropie de Beethoven par sa surdité. I] constate simplement que Beethoven est très dur d’oreille et que cette infirmité rend son commerce fatigant. On peut en tout cas penser que sa misanthropie et sa surdité concourent à lui faire rechercher la solitude. Varnhagen à constaté, comme beaucoup de ses contemporains, lJ’amour de Beethoven pour la nature et le plaisir intense qu’il prenait à de longues promenades solitaires dans la campagne. La solitude, le contact avec la nature favorisent chez Beethoven la vie intérieure,

so hätte der Anblick seines Wesens es mir, sonst in der Musik ganz Unkundigen, unwidersprechlich dargetan. Er lebt nur für seine Kunst und keine irdische Tridenschaft entstelit ihre Ausübung bei ihm, unglaublich fleissig und fruchtbar ist er, Fr sncht das Weite auf seinen Spaziergängen und auf einsamen Wegen zwischen Bergen und im Wz1ld, beruhigt in die grossen Züge der Natur blickend, denkt er Tône, freut er sich ecines eigenen Herzens. Ich erwähne solcherlei, damit Du ja nicht versuchen mégest, ihn mit irgendeinem andern Musiker zu vergleichen, sondern ihn bestimmt absondem mégest, Kônnte ich Dir sagen, wie schôn, wie rüïhrend fromm und ernst, als küese ihn ein Gott, der Mann aussah, als er uns auf dem Fortepiano himmlische Variationen vorspielte, die so reines Erzeugnis eines waltenden Gottes waren, dass der Künestler sie dem Verhaïlen überlassen musste und, wie gern er auch gewollt, sie nicht auf dem Papier festhalten konnte ! Diesem nun, mein teurer Freund, habe ich alle Deine Gedichte, die ahzuschreiben leider nicht Zeit war, auf sein Begehren geschenkt und Du kannest hoffen, bald einen Teil davon komponiert zu sehn. Ich freue mich dabeï, als wären sie von mir » (UrLANDS Briefwechsel, 1, 279). — Cité d’après À. LEITZMANN, Becthovens Persénlichheit, 1, 144 et suiv. — Beethoven n’a mis en musique aucune œuvre de Uhland,

celle que remplit uniquement son art et qui ignore les contingences de l’existence commune et vulgaire, ses bas appétits et ses grossières passions. Beethoven est un artiste et rien qu'un artiste, une grande âme, une « âme d’or ». Seul en pleine nature, il se retrouve lui-même et sa pensée prend tout naturellement une forme musicale. Le langage des sons est l’expression véritable, primitive et spontanée de sa pensée. Varnhagen voit en Beethoven une personnalité artistique d’une importance et d’une grandeur considérables. Sa grandeur est telle que même un ignorant de la musique, comme Varnhagen, en a conscience au premier contact.

Cet artiste génial reçoit une inspiration dont l’origine est extérieure à sa personnalité. Il s’agit d'un « souffle divin » qui le touche de façon ininterrompue, du « baiser d’un dieu » qui lui donne la faculté d’improviser. La création artistique de Beethoven est un mystère religieux, l’artiste est un véritable prêtre qui, tandis qu’il officie, est pénétré de piété et de gravité et reçoit une telle illumination intérieure qu’il en devient physiquement beau.

L'art de Beethoven révèle donc ce qu’il y a de divin dans l’univers. C’est la divinité qui s’exprime elle-même par son intermédiaire. Et, tout naturellement, Varnhagen estime que la forme la plus pure de l’expression divine est celle où la pensée musicale lui semble n'avoir subi encore aucune adultération, aucune élaboration technique : l’improvisation. Les « variations célestes » que Beethoven improvise au piano sont un « pur produit de l’activité d’un dieu », et ce caractère divin échappe tellement à toute action humaine que l’œuvre ainsi jaillie de l’artiste ne peut être retenue et fixée sur le papier. Toute tentative pour la conserver et en assurer, éventuellement, la reproduction par un exécutant quelconque ferait disparaître ce caractère fugitif de l’inspiration, porte entr'ouverte dans l’inconscient sur l’infini : ce ne peut être qu’un souffle qui passe, une vibration de l’air et de l’âme qui chaque fois est unique et doit le demeurer. La technique musicale fait intervenir un élément humain auquel le divin ne saurait se soumettre.

Il semble donc bien que Varnhagen, qui se proclame lui-même dépourvu de culture musicale et n'est par conséquent qu’un auditeur intuitif, distingue deux espèces de musique : celle qui est un produit de l’habileté technique du compositeur, du « métier » de l’auteur, et celle dont le jaillissement spontané et fugitif est l'expression directe du divin. Beethoven appartient à la classe des artistes privilégiés dont l'inspiration est divine, c’est un créateur véritable, un artiste supérieur, et Varnhagen avertit Uhland de ne pas le confondre avec « les autres », avec ceux dont les œuvres ne manifestent que science acquise et habileté technique.

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Le jugement de Varnhagen sur Beethoven peut se caractériser comme intuitif et romantique. Varnhagen, ignorant en matière musicale, en est réduit en présence de Beethoven, aux seules ressources de son instinct, de son intuition. Il a le sentiment irraisonné de se trouver en présence d’une personnalité en dehors du commun et même en dehors du commun des artistes, et cherche à en marquer le caractère exceptionnel. Pour cette personnalité géniale, il éprouve une vive admiration, une « vénération sacrée », un véritable et dévotieux RARE Et les traits du caractère de Beethoven qu’il relève sont trop en accord avec les idées romantiques qui étaient alors dans l’air pour ne pas refléter, au moins en partie, les conceptions de Varnhagen : ce Beethoven producteur inconscient, c’est l’artiste romantique à l’état pur, passionné pour la nature, possédé du Wandertrieb, être d’exception en contact avec le divin auquel il sert simplement de truchement sensible.

Les Mémoires dont Varnhagen publia la première édition en 1837 parlent fort peu de Beethoven. Les éditions ultérieures font des allusions plus précises à leurs relations, mais n'ajoutent pas grand’chose aux indications fournies par la correspondance.

La première édition énumère seulemént une série de personnages illustres ou notables rencontrés à Teplitz en 181r et ajoute que des rencontres eurent lieu avec Beethoven, « malgré son caractère sauvage » (*).

De retour à Prague, Varnhagen note diverses circonstances qui viennent porter le trouble dans ses études et ses travaux et, parmi elles, la confection ou la révision de livrets d'opéra pour Beethoven (**). Un peu plus loin, Varnhagen indique que Beethoven est passé par Prague sans s’y attarder (“*).

Ces sèches notations, où ne se revèle pas la moindre trace d’enthousiasme, sont tout ce que renferme la première édition des Mémoires sur les relations de Varnhagen avec Beethoven.

La deuxième édition est plus explicite en ce qui concerne le séjour à Teplitz, la rencontre et les relations de Beethoven avec Varnhagen et l’impression que le musicien produisit sur l’écri-

41. « Beethoven konnte trotz seiner Wildheit uns nicht entgehen » (Denkwtürdigkeiten und versch. Schriften [1837], III, 192).

42. « Die seltsamsten Nebendinge drängten sich in meine ernsten Beschäftigungen. Ich hatte Beethoven einen Operntext versprochen, einen andern, den er schon bearbeitete, sollte ich verbessern.… » (Tbid., III, 193).

43. « Beethoven, der von Tôplitz in Begleitung seines und meines Freundes Oliva nach Wien zurückreiste, hielt sich nicht lange in Prag auf » (Zbid., III, 194).

vain (“). Elle indique aussi qu'après le départ de Rahel pour Dresde, la sympathie de Beethoven aida Varnhagen à supporter la solitude (*°).

Enfin, parlant de son séjour à Vienne en 1814, Varnhagen expose les difficultés qu’il éprouva à rencontrer Beethoven, qu il devait aller voir de la part du prince Radziwill, et le montre devenu hypocondriaque, aigri et d’un commerce difficile (**).

Ces extraits des Mémoires n’ajoutent rien d’essentiel au portrait de Beethoven que trace la correspondance. Il n y a même ici aucune tentative pour apprécier lé musicien, mais seulement quelques indications sur le physique et le moral de Beethoven. Varnhagen relève sa surdité et sa misanthropie qui se développent avec les années. Il souligne que cependant, à Teplitz, Beethoven a été séduit par Rahel, lui a joué ses dernières œuvres et a improvisé devant elle. À Vienne, il remarque seulement que Beethoven est devenu un ours complet et qu’il est négligé au point de ne plus être présentable. Son aversion pour les grands a également frappé Varnhagen. Tous ces renseignements sont confirmés, nous l’avons déjà dit, par les biographes de Beetho-

44. « Doch in derselben Zeit war ich mit einem Musiker bekannt geworden, gegen welchen mir jene ganz in den Schatten traten. Es war Beethoven, dessen Anwesenheit wir schon lange wussten, aber niemand hatte ihn noch gesehen. Seine Harthôrigkeit machte ihn menschenscheu, und seine Figenheiten, die sich in der Absonderung nur immer schroffer ausbildeten, erschwerten und kürzten bald wieder den wenigen Umgang, auf den ihn der Zufall etwa stossen liess. Er hatte aber im Schlossgarten auf seinen einsamen Streifereien einigemal Rahel gesehen und ïihr Gesichtsausdruck, der ihn an âhnliche, ihm werte Züge erinnerte, war ihm aufgefallen. Ein liebenswürdiger junger Mann, Namens Oliva, der ihn als treuer Freund begleitete, vermittelte leicht die Bekanntschaft. Was Beethoven den dringendsten Bitten hartnäckig versagte.…, das gewährte er jetzt gern und reichlich, er setzte sich zum Fortepiano und spielte seine noch unbekannten neusten Sachen oder erging sich in freien Phantasien. Mich sprach der Mensch in ihm noch weit stärker als der Künstler an, und da zwischen Oliva und mir bald enge Freundschaîft entstand, so war ich auch mit Beethoven täglich zusammen, und gewann zu ihm noch nähere Beziehung durch die von ihm begierig aufgefasste Aussicht, dass ich ihm Texte zur dramatischen Komposition liefern oder verbessern kônnte » (Zbid., 2€ édition, IL, 345). Texte reproduit par JACOBS, art. cité, 388.

45. « Der Abschied brach mir das Herz… Die Teilnahme des guten Oliva, des braven Beethoven half mir über die nächsten Tage hinweg, dann war auch meine Zeit um, und ich kehrte zu dem Regiment nach Prag zurück » (Tbid., 350; JacoBs, 389).

46. [Ich besuchte Beethoven] « der aber, seit ich ihn nicht gesehen, an Taubheit und mürrischer Menschenscheu nur zugenommen hatte und nicht zu bewegen war, unsern Wünschen gefällig zu sein. Besonders wollte er mit den Vornehmen nichts mehr zu schaffen haben und drückte seinen Widerwillen mit zürnender Heftigkeit aus. Auf die Erinnerung, der Prinz sei der Schwager des Prinzen Louis Ferdinand von Preussen, dessen. frühen Tod er so sehr betrauert hatte, und dessen Komposition er hôchlich schätzte, gab er etwas nach und wollte sich den Besuch gefallen lassen. Doch hat sich schwerlich ein näheres Verhältnis angeknüpft. Auch verzichtete ich darauf, den verwilderten Künstler wiederum zu Rahel zu führen, denn Gesellschaft machte ihn unwillig, und mit ihm allein, wenn er nicht spielen mochte, war gar nichts anzufangen. Übrigens war sein Name, wenn auch berühmt und verehrt, noch keineswegs auf der Hôhe der Anerkennung, die er seitdem erstiegen. Ja, der hier zusammengeflossenem gemischten Menge erhielt sich italienische Leichtigkeit und Anmut vor deutschen Ernste unverkennbar vorherrschend » (Texte dans Th. FRIMMEL, Beethoven-Handbuch, IX, 365).

ven, mais, en somme, ne représentent que des traits extérieurs ou anecdotiques.

Ce sont donc, au fond, les lettres de Varnhagen qui nous renseignent le mieux sur son interprétation de la personnalité artistique de Beethoven. Le Beethoven de Varnhagen est, nous l’avons vu, un artiste romantique. Chose curieuse : ce Beethoven romantique de Varnhagen n’est pas sans présenter une étrange ressemblance avec celui de Bettina. Et même, à regarder les textes de près, on peut estimer que, tandis que les lettres écrites à Teplitz peuvent être rapprochées de celle que Bettina écrivait à Anton Bihler en 1810, la lettre à Uhland prête à Beethoven des traits qu’on retrouvera, plus précis, plus appuyés et plus nombreux, chez le Beethoven de la lettre à Pückler-Muskau, chez celui de la Correspondance de Gœthe avec une enfant ou chez celui d’Ilius Pamphilius.

Comme le Beethoven élaboré par Bettina mûrie, celui de la lettre à Uhland est en contact avec le divin dont il reçoit son inspiration. Comme lui, il est solitaire et n’a pas volontiers commerce avec le monde. Comme lui encore, il inspire à ceux qui l’approchent un sentiment de vénération. Enfin, la distinction faite par Varnhagen entre Beethoven et « les autres » musiciens est à rapprocher de celle que Bettina établira entre Beethoven et Zelter. Ce parallélisme est curieux et permettrait de penser, s’il y a eu influence de Bettina sur Varnhagen, que dès 1811 les traits essentiels du Beethoven que Bettina devait, en 1832, présenter au prince de Pückler-Muskau et, en 1835, introduire dans la Correspondance de Gœthe avec une enfant étaient fixés dans son esprit. La question qui se pose est donc celle des rapports possibles, à cette époque, entre Varnhagen et Bettina.

Les relations de Varnhagen et de Rahel avec Bettina ont connu de nombreuses vicissitudes. Klles ont fini dans une confiante cordialité, puisque c’est à Varnhagen que, plus tard, Bettina a confié ses papiers (*’). Mais en 1811 il ne semble pas que Varnhagen l’ait déjà connue personnellement Sa correspondance et ses Mémoires n’en font, en tout cas, aucune mention. Seule, avant 1811, une lettre de Rahel cite le nom de Bettina. Le 12 novembre 1810, elle écrivait en effet à Varnhagen :

« Je suis tout à fait amoureuse de Bettina Brentano. Je l’ai vue quelquefois dans l'intimité, mais je ne la vois plus » (#).

I1 est donc possible que Rahel ait connu l'opinion de Bettina

sur Beethoven et qu’elle l’ait communiquée à Varnhagen. Ainsi

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