‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 147 sur 356 · LA SYMPHONIE HEROÏQUE LA SONATE A KREUTZER · texte numérisé non relu

LA SYMPHONIE HEROÏQUE LA SONATE A KREUTZER

Quelques mois après la Deuxième symphonie, Beethoven, faisait exécuter, dans un concert privé donné chez le banquier viennois von Würth, sa Symphonie héroïque. Le correspondant de la Gazette de Leipzig, après avoir précisé que cette œuvre nouvelle était la troisième que Beethoven produisait dans le genre symphonique et avoir constaté que son style était complètement différent de celui de la première, exprimait son désarroi en présence de cette « longue composition, d'exécution très difficile », qui lui a paru être, plutôt qu'une symphonie, « une fantaisie très ample, hardie et sauvage » qui souvent « semble se perdre tout à fait dans la confusion » (*“).

Peu après, la Symphonie héroïque ayant été exécutée en audition publique au théâtre An der Wien, le même critique estimait n’avoir aucun motif de modifier son jugement. Malgré les qualités qu’il reconnaît à Beethoven, il pense qu’il y aurait lieu de faire subir quelques coupures à sa symphonie et d’apporter à l’ensemble « plus de lumière, de clarté et d'unité ». Il indique comme modèles à suivre des symphoniés de Mozart, d’Eberl et les deux premières de Beethoven, et s’attache à montrer que le passage de la Marche funèbre qui « se développe en forme de fugue » produit « un étrange effet de surprise », car il ne respecte pas la loi du genre de la fugue, qui permet « de constater l’ordre au milieu d’un désordre apparent » (°°).

Le correspondant viennois de la Gazette n’est d’ailleurs pas seul à avoir été dérouté par la symphonie nouvelle. En 1806,

34. « Diese lange, für die Ausführung äusserst schwierige Komposition, ist eigentlich eine sehr weit ausgeführte, kühne und wilde Phantasie, Es fehlt ihr gar nicht an frappanten und schônen Stellen, in denen man den energischen, talentvollen Geist ihres Schôpfers erkennen muss : sehr oft aber scheint sie sich ganz ins Regellose zu verlieren… Reflerent]. gehôrt gewiss zu Hrn v. B.s aufrichtigsten Verehrern, aber bey dieser Arbeit muss er doch gestchen, des Grellen und Bizarren allzuviel zu finden, wodurch die Uebersicht äusserst erschwert wird und die Kinheit beynahe ganz verlohren geht » (AMZXI,, n° 20, Col. 321).

35. « Auch diesmal fand ich gar keine Ursache, mein schon früher darüber gefälltes Urtheil zu ändern. Allerdings hat diese neue Bsche Arbeit grosse und kühne Ideen, und wie man von dem Genie dieses Komponisten erwatten kann,eine grosse Kraft der Ausführung; aber die Sinfonie würde unendlich gewinnen (sie dauert eine ganze Stunde), wenn sich B. entschliessen wollte sie abzukürzen, und in das Ganze mehr Licht, Klarheit und KEinheïit zu bringen; Eigenschaften, welche die Mozartschen Sinfonien aus G moll und C dur, die Beethovenschen aus € und D, und die Eberlschen aus Es und D, bey allem Ideenreichthume, bey aller Verwebung der Instrumente und bey allem Wechsel überraschender Modulationen durchaus niemals verlassen. So ist hier z. B. statt eines Andante ein Trauermarsch aus € moll, der in der Folge fugenartig durchgeführt wird. Aher jeder Fugensatz ergôtzt blos durch die wahrgenommene Ordnung in scheinbarer Verwirrung : wWenn nun auch bey ôfterem Anhôren der Zusammenhang selbst der angestrengtsten Aufmerksamkcit entgeht,so muss dies jedem uneingenomimenen Musikkenner sonderbar auffallen » (AMZI,, VII, n° 31, col. 501).

rendant compte de la réduction en trio de la Deuxième symphonie, la Gazette citait l’'Héroïque, y signalait encore l’abondance des idées, mais lui reprochait sa longueur excessive, qui dépassait les capacités d’attention et de jouissance du public (°°).

Au début de 1807, le conservatoire de Mannheim met l’Héroïque au programme d’un de ses concerts. Le compte-rendu par le correspondant de la Gazette de Leipzig, moins sévère que les précédents, exprime cependant une opinion peu différente. I1 relève le caractère « colossal » de l’œuvre, sa grande difficulté d'exécution et rapporte que l’opinion des auditeurs a été diverse : « beaucoup l’ont admirée, tous l’ont trouvée effroyablement longue ». Le critique admire l’unité de la première partie, juge la Marche funèbre neuve et lui trouve un caractère de noble mélancolie. Le scherzo-menuetto est plein de mouvement et de vie. Quant au final, il est déclaré intéressant, mais « ne peut guère échapper au reproche de bizarrerie ». Le critique cherche à justifier ce reproche par des constatations de détail et finit par se demander si toutes ces bizarreries sont bien nécessaires « pour célébrer le souvenir d’un grand homme » (°°).

En février de la même année, la Gazette consacre à la Symbhonie héroïque une étude détaillée, dont le début rappelle les opinions diverses déjà exprimées dans la revue « au sujet de cette œuvre curieuse et colossale, la plus vaste et la plus artistique de toutes celles qu’a créées l’esprit original et merveilleux de Beethoven ». La symphonie est ensuite analysée en détail, puis le critique donne son opinion : le premier mouvement est le produit du talent et du travail. Mais le deuxième est impossible à égaler « sans génie », l’ensemble et ses diverses parties y sont profondément et diversement expressifs (**). Le final est

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