‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 177 sur 356 · AMZI,, XIX, n° 7, col · texte numérisé non relu

AMZI,, XIX, n° 7, col

À la même époque se place la publication Âe la Sonate pour piano et violon op. 96. Fin mars 1817, la Gazette de Leipzig en fait précéder l’analyse de considérations générales où les dernières œuvres de Beethoven sont caractérisées comme marquant un retour à la mélodie et à la gaîté C’est l’état actuel de son être intime qui s’exprime ainsi : il a fini par dominer la situation la plus douloureuse et fait maintenant pénétrer ses auditeurs dans des régions plus gaies (1).

C’est seulement en octobre 1819 que la Gazette musicale de Vienne rend compte de cette sonatc en tâchant de préciser. à propos de chaque mouvement, une scène champêtre qu’il évoquerait (!°’).

Ces deux comptes-rendus sont, chacun à sa façon, imprégnés d’idées romantiques. Le premier cherche dans une œuvre de Beethoven l’expression de son état d'âme et pense qu’elle mettra les sentiments des auditeurs d’accord avec ceux du maître. Le deuxième donne aux divers mouvements de la sonate une signification littéraire et même plastique, et y voit l’évocation d’une antiquité idéale et bucolique. Lun et l'autre tiennent évidemment pour l’interprétation expressive de la sonate.

156. « Fast scheint es, als ob dieser grosse Meister in seinen neuesten Werken wieder mehr zum Melodiôsen, und (im Ganzen) mehr oder weniger Heitern zurückkehrte. Dies würde wol allen seinen Freunden und Verehrern sehr erwünscht und erfreulich seyn; zuerst darum, weil Künstler eben seiner Art ihr Innerstes, wie dies zu jeder Zeit sich gestaltet, in ihren Werken aussprechen, und mithin zu schliessen wäre, der treffliche B. sey selbst jetzt zufrieden, freundlich und heiter; dann, wegen der wohlthätigern, erquickendern Wirkung der Werke selbst auf die Gemüther; und endlich um deren willen, die sich ihn zum Muster gewählt, und zeither (zumal da sie seiner Geisteskraft, die auch, des Schmerzlichsten endlich doch Herr wird, mehr oder weniger ermangelten) uns sooft in trübe, melancholische, oder in wilde, selbst peinliche Stimmung versetzt haben, und die nun sicher, mit ihm, auch wieder zu heiterern Regionen hindurchdringen würden» (AMZI,, XIX, n° 13, col. 228-220).

137. « Auch in diesem Werk des genialen Verfassers offenbart sich eine grosse Fülle reinen Kunstgemüthes, ein phantasienreicher Ideenaufschwung, und jene seine Geburten vorzugsweise charakterisirende Originalitât, an welcher das zahllose Heer seiner knechtischen Nachahmer von jeher scheiterte... Die treffliche Sonate beginnt mit einem Allegro moderato (G dur 3/4). Eine gewisse Ruhe, eine aligemein ansprechende Verständlichkeit, eine rechtliche Solidität, eine consequente Ordnung bezeichnen diesen Satz, und harmlos gemächlich, ohne den brennenden Sonnenstrahlen Preis gegeben zu seyn, ohne mit Sturm und Gewittern handgemein zu werden, ohne Riesen bekämpfen, ohne Drachen erlegen zu müssen, wandern wir sonder Beschwerde den dornenlosen Pfad. — Das Adagio espressivo (Es dur 3 |4) môchte man eine Fkloge nennen: so zärtlich klagt der arkadische Schäfer den Hügeln, Bäumen, Gebüschen, den Quellen und Blumen sein Liebesleiden, so haucht er seine Gefühie in Tônen aus, und Chloe kann nicht unempfindlich bleiben, Wie satyrartig contrastiren dagegen die neckischen Bocksprünge des unmittelbar nach einem Trugschluss sich anschliessenden Scherzo (Allegro G moll, Trio Es, Coda G dur). Hier dominiren Laune, Frohsinn und Schalkhaftigkeit, worunter auch eine reichliche Dosis von Malice geknettet ist, denn, scheint gleich dem Trio einige Besonnenheit und Mässigung beschert zu seyn, so kehrt doch mit der Wiederholung des Menuettos alles ins vorige Geleise zurück, der alte frivole Tanz geht neuerdings an, und endigt in burschikoser Ausgelassenheit. — Auch der dritte Satz — Aïllegreito, G-dur 2/4 — ist ein humoristischer Geselle, der sich seines Daseyns freut, aber doch auch mitunter in ein ernstes Nachdenken verfällt » (Allgem. musikal. Zeitung, Vienne, 1819, n° 70, col. 633 et suiv.).

Le Trio, op. 97, dédié à l’archiduc Rodolphe, ne semble pas avoir été l’objet d’interprétations romantiques. Pourtant, un commentaire analytique, paru en 1817 dans la Gazette musicale de Vienne, énumère les qualités nécessaires aux exécutants de cette œuvre et y fait figurer « l’inteliigence et le sentiment » RTE

Par contre, la Sonate pour piano op. 101 est, peu de mois après, l’objet, dans la Gazette de Leipzig, d’une interprétation. expressive. Beethoven, dit le critique, possède ur esprit divers, de l’expérience artistique, une vive imagination, une génialité universelle. Ce « grand peintre de l’âme » emmène son auditeur par des chemins inconnus où mille images séduisantes s’offrent aux yeux (15°).

On peut ne pas accorder grande importance aux images qui, d’après le critique, s'imposent à l’auditeur de la sonate, mais à la description détaillée desquelles il préfère substituer une analyse de l’œuvre. Il faut toutefois retenir qu’il range Beethoven parmi les peintres de l’Âme, donc parmi Îes musiciens expressifs. Son analyse de la sonate n’est d’ailleurs pas dépourvue de souci expressif : ainsi il trouve au premier mouvement un caractère « simple et d’une délicatesse enfantine » et estime que son interprétation doit être « intelligente et pleine de sentiment ».

En 1818 paraissent les Deux sonates pour piano et violoncelle op. 102. Au mois de novembre, la Gazette de Leipzig les signale et, pour donner une idée de leur originalité, invite le lecteur à les comparer aux symphonies avec clavecin de J.-S. Bach, auxquelles 1l suffirait d’ôter par la pensée tout ce qui est caractéristique du goût de l’époque pour le remplacer par les caractéristiques du goût moderne dans ce qu’il a de plus élevé. Il faudra alors orner ce qui reste « avec le fantastique divers du maître moderne » (°°).

158. « Eine eben so unerlässliche Bedingniss ist es, dass die drey Spieler, welche sich zur Ausführung dieses Trio vereinigen, nebst technischen und praktischen Fâähigkeiten, auch Sinn und Gefühl besitzen, mit einem Worte : dass sie echte Künstler seyn sollten » (Même revue, 1817, n° 16, col. 140).

159. [Wir fühlen] « Bewunderung und Hochachtung, wenn wir so mit dem grossen Seelenmaler auf fremden, nie betretenen Wegen — gleichsam an Ariadnens Faden durch labyrinthische Krümmungen wandeln, wo uns bald ein frischer Bach zuflüstert, bald ein schroffer Fels anstarrt, hier eine unbekannte, süssduftende Blume uns anzieht, dort ein dorniget Pfad uns abschrecken môchte. Man muss sich Gewalt anthun, diese und andere Bilder, welche sich Hinem aufdrängen, nicht weiter auszumalen, folgt man diesem wunderbaren Genius auch in dieser seiner Schôpfung : denn freylich ziemen dergleichen Ergiessungen wol niemand weniger, als einem Recensenten » (AMZL,, XIX, n° 40, col. 687)

| 160 « Stattet, was euch übrig bleibt, anstatt des Einfachverständigen, bey aller innern Mannigfaltigkeit des alten, mit dem Mannigfachphantastischen, bey aller inneren Einheït, des neuen grossen Meisters aus » (AMZI,, XX, n° 45, col. 792).

Cet article établit entre Bach et Beethoven un curieux parallèle : l’unité est extérieure chez Bach, la variété interne. Chez Beethoven c’est le contraire, mais sa variété est du ressort du « fantastique ». Ce terme suffit à montrer que l’auteur range Beethoven parmi les musiciens romantiques.

Ces deux œuvres ont été signalées également, en 1824, à l’occasion d’une réimpression, dans la Gazette musicale de Berlin. Le compte-rendu souligne la nouveauté de ces deux « effusions du sentiment » de Beethoven ('°'). La formule est banale, mais bien de son époque, dont elle exprime les tendances dans le domaine de la critique artistique.

En 1820 est éditée la Grande sonate pour piano op. 106. Une revue berlinoise, la Gazette générale de musique et de littérature musicale, lui consacre une longue analyse, surtout technique, précédée d’un préambule où l’auteur déclare que, dans une époque où le goût musical est en pleine décadence, il faut se réjouir de voir « le maître lever encore une fois sa baguette magique et nous crier cette consolation : Je suis encore parmi vous! » /°?).

Cette baguette magique est le seul accessoire romantique caractérisé dont ce compte-rendu munisse Beethoven. Cependant on trouve, un peu plus loin, une interprétation expressive du scherzo, qui est comparé à un calme récit qu’un narrateur fantaisiste interromprait par des grimaces « afin de faire mieux jouir de la suite bienfaisante du récit ceux qui s’accommoderaient de sa manière » (***). En terminant, le critique met le lecteur en face d’un dilemme : ou bien l’époque actuelle n’est pas encore assez évoluée pour saisir les dernières œuvres de Beethoven, ou bien c’est lui qui s’est engagé dans une voie nouvelle, loin de la nature « simple et belle » (*°*).

Ce n’est pas la première fois — ni la dernière — qu’un critique se demande pourquoi Beethoven quitte les sentiers battus. Mais celui-ci exprime une idée qu’on retrouvera chez Bettina Beethoven précède de loin l’humanité.

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