AMZI,, XXVII, n° 26, col
En mars 1826, la Neuvième symphome est exécutée pour la première fois à Leipzig. Le correspondant de la Gazette musicale de Berlin envoie à sa revue un long compte-rendu qui commence par déplorer que, dans une époque égoïste, l'artiste s’accorde à lui-même plus d'importance qu’il n’en accorde à l’art. Cet égoisme se manifeste par le caprice et l'arbitraire, qui font violence à l’art, et produit des œuvres musicales que l’oreille normale repousse. La manifestation de cet égoïsme peut être mesquine et ridicule, lorsque le compositeur n’a de puissance ni dans l’imagination, ni dans le sentiment. Mais il y a aussi l’égoïsme des Titans, qui « entasse Pélion sur Ossa pour s’élever jusqu'aux dieux dans leur demeure ». C’est un exploit de ce genre qu'accomplit Beethoven dans sa symphonie (°°°).
L'analyse de l’œuvre prétend montrer que la composition en est purement arbitraire. Le final est à rejeter, l’expression de la partie chantée est vulgaire et ne correspond pas du tout au sens du poème de Schiller : elle paraît exprimer « plutôt la grossière ivresse du vin que l’élan inspiré du poète » (?’°).
A la fin de l’année, c’est Marx lui-même qui, dans la même revue, consacre une étude à la Neuvième symphome.
Il estime, lui aussi, que cette œuvre a pour contenu l’individualité artistique de son auteur, mais que Beethoven s’y est exprimé inconsciemment, comme 1l l’avait déjà fait dans la Fantaisie pour piano, orchestre et chœur. Ce genre de composition acquiert par là une autre importance que celle qu’il peut devoir à son expression générale, et cette importance est d’autant plus grande que l’auteur est un plus grand artiste. Marx rappelle la façon dont il a précédemment apprécié la Fantaisie de Beethoven et indique que l’exemple n’en a pas été perdu : Hummel a composé des Variations de bravoure avec chant sur une poésie de Kôrner, Franzl un concerto pour violon avec chœur.
Dans la symphonie de Beeethoven, le chant et la musique instrumentale ne sont pas dans leur situation respective habituelle, où les instruments sont subordonnés aux voix, le chant représentant « l'humain », et les instruments « l’extra-humain » (?!).
215. « ES kann aber auch einen Egoismus geben, der mit prometheischer Kühnheit auftritt und den Ossa auf den Pelion thürmt, um die Gôtter in ihren Wohnsitzen zu finden. Ein solcher Gigant.…. erscheint mir Beethoven in dieser letzten Symphonie » (BAMZ, 1826, n° 26, 204). — Le début de ce compte-rendu est reproduit dans la Musikalische Eïlposi de Weimar, 1826, n° 13, 99-100.