I. — Grosse Symphonie
« 1. Aufbietung und Beherrschung der Instrumentenmasse ; « 2. Bescelung aller ihrer Individuen, zu seinem eignen Leben ein jedes; «3. Uebertragung der menschlichen Empfindung auf sie und Sehnsucht nach wahrhafterer Befriedigung; « 4, Hinausstreben aus der Instrumentenwelt, Drängen der Instrumente zur Sprache bei der Flucht aller frühern Erscheinungen ;
la première tentative faite par un critique pour pénétrer la pensée de Beethoven au lieu de se tirer d’affaire par des éloges vagues où de manifester naïvement son désarroi en présence d’une œuvre dont l'originalité proposait à ses auditeurs une énigme embarrassante. Ni symphonie, ni chœur, mais les deux à la fois. Beethoven, parvenu à une maîtrise inégalée dans la musique instrumentale, cherche à reculer les limites expressives de ce domaine. Il ne peut le faire qu’en appelant à lui le chant, non pour exprimer au moyen des voix le contenu de l’ode de Schiller, mais pour augmenter encore la puissance expressive magique de la musique. :
Tel est, selon Marx, le fond de l’âme de Beethoven, exprimé dans la Neuvième symphonie. Ce Beethoven-mage, qui a épuisé toutes les possibilités expressives de la musique instrumentale et qui, par la force de son art, trouve moyen d’ouvrir à la musique un domaine nouveau, ce génie grandiose et illuminé, ce véritable créateur d’une expression nouvelle, c’est un romantique. Car Marx souligne bien que Beethoven donne une vie véritable aux instruments, qu’il les doue de sensibilité humaine. Il précise aussi que l’expression recherchée par Beethoven n’est pas celle d’un sentiment humain déjà traduit en strophes par le poète. Ce qu’il veut exprimer, c’est donc la vie de l’univers, la nature, l’absolu, Dieu. Peu importe alors le texte poétique qui sert de support au chant, l’essentiel de l’expression sera ineffable et ne s’adressera qu’à notre intuition, non à notre intelligence.
C’est seulement à la fin de 1826 que la Gazette de Leipzig rend compte des exécutions de la Neuvième à Leipzig. Compterendu désapprobateur, qui refuse de la compter au nombre des meilleurs ouvrages de « ce maître si justement célèbre » et voit
dans son prétendu désordre l’évocation d’un sabbat d’esprits infernaux (22°).
«5. Sprache und Vorfeier des Gesanges.
II. — Grosse Gesangfeier mit Finwirkung des ganzen Instrumentale; « oder rein formell « 1. Grosse Symphonie; «2. Instrumentalrezitativ mit Wiedererscheinung aller Symphoniesätze:
« 3. Dieses verwandelt in Vokalrezitativ mit Vorspiel des Gesanges: « 4. Grosse Kantate. »
(Ibid., 377.) 220. « Es ist uns vorgekommen, als ob die Musik auf dem Kopfe gehen solite, und nicht auf den Füssen… Der letzte Satz.. spielt vôllig in den unglückseligen Wohnungen
derer, die vom Himmel gestürzt worden sind. Es ist als ob die Geister der Tiefe ein Fest des Hohnes über Alles, was Menschenfreude heisst, feyverten. Riesenstark tritt die gefährliche Schaar auf und zerreisst das menschliche Herz und zergraust den Gôtterfunken mit wild lärmendem ungeheurem Spott. — Dennoch muss jeder Musiker das Werk besitzen, um zu lesen, wie sie sich da unten verlustigen in der Tiefe. Der Meister aber bleiht, was er ist, ein Geisterbeschwürer, dem es diesmal gefallen hat, Uebermenschliches von uns zu verlangen. Da unterschreib’ ich nicht » (AMZI,, XXVIII, n° 52, col. 85 3)
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Bien différent.comme intérêt et comme valeur du compte-rendu de Marx, celui-ci ne s'attache pas moins à nous montrer un Beethoven romantique, dont l’art évoque les esprits. Seulement, les esprits que le critique a vus s’agiter dans la Neuvième symbhonie ne sont pas ceux qu’il aime ou qu’il admet.
On peut ajouter à cette revue de la critique de la Neuvième Symphonie trois comptes-rendus parus peu après la mort ce Beethoven.
Le premier, par le correspondant viennois de la Gazette de Leipzig, signale l’exécution de la Neuvième symphonie au programme du Concert spirituel du 15 avril 1827. Il relève la divergence des opinions émises à propos de la symphonie, mais aussi l’unanimité avec laquelle la critique juge que c’est une des œuvres les plus grandioses de tous les temps et qu’il faut l’entendre plusieurs fois pour la pénétrer. Cette composition « colossale », engendrée par « un état d’exaltation très au-dessus de l’ordinaire », doit être entendue dans une disposition analogue à celle de son auteur (??!).
L'année suivante, à l’occasion de la publication de la partition de la Neuvième symphome, la revue Cücilia lui consacre dans le même numéro deux articles différents. -
Le premier constate l’hésitation de l’opinion en présence de la symphonie et cherche à expliquer cette incertitude après une étude approfondie de la partition. C’est la nouveauté étonnante de l’œuvre, « la plus géniale qui ait jamais été écrite dans ce domaine », qui a surpris les auditeurs. Beethoven a trouvé moyen d’unir la musique et la poésie « sans qu’elles se gênent mutuellement ». C’est l’aboutissement d’une évolution commencée dès ses premières œuvres symphoniques qui, délaissant le genre de la « symphonie sans signification », où Haydn et Mozart avaient produit des chefs-d’œuvre, a cherché à en utiliser la forme pour « faire de chaque état de son sentiment un tableau d'âme achevé ». Il a ainsi pu élever la musique, « qui ne vit que dans l’éther et n'utilise comme matériel que l’élément spirituel du monde physique », au rang de langage poétique. À cet endroit de l article, l’auteur se réfère expressément à Hoffmann.
De cette facon nouvelle de traiter la symphonie sont nées la Pastorale et l’'Héroïque, qui rendent sensibles des idées générales. Beethoven lui-même aurait dit qu’à la base de chacune
221. « So abweichend die Urtheile darüber sich wohi immer gestalten, so müssen sie doch darin zusammentreffen, dass es eines der grossartigsten, complicirtesten Kunstproducte aller Zeiten — vielleicht nur allzureich ausgestattet — sey und bleibe, oft, ja recht oft gehôrt werden müsse, und nun in jenem exaltirten, das Gewôhnliche weit überflügelnden Gemüthszustande ganz genossen werden kônne, dem es seine Existenz verdankt » (AMZI,, XXIX, n° 17, col. 286).
de ses œuvres il y a une « idée psychique », et on ne peut que regretter de ne pas la connaître avec précision. Mais nulle part ce principe artistique nouveau ne se manifeste avec autant de clarté que dans la Neuvième symphonie, qu’on pourrait appeler « une autobiographie musicale de Beethoven ».
Déçu par le milieu dans lequel il vivait et qui ne convenait pas à son caractère, Beethoven s’est réfugié dans la nature. Mais c’est l'impression produite sur lui par le poème de Schiller qui l’a mis sur la voie de la solution du problème qui le tourmentait. Le sens de la symphonie ne peut être formulé qu’ainsi « L/inquiétude et la nuit enveloppent de ténèbres la vie où ne coule pas la source de la joie véritable. »
Suit une analyse détaillée de la Neuvième symphonie, qui cherche à montrer comment une humanité titanique, à la recherche de ce bonheur dont ne peuvent jouir que les âmes naïives, traverse des épreuves avant de parvenir à son but. Beethoven est comparé à Dante, qui « nous fait descendre au fond de l’abîme infernal pour nous faire ensuite monter jusqu’à l'intuition ravissante de la suprême félicité du Paradis ».
La question qui se pose à l’auditeur est celle-ci : la musique instrumentale doit-elle nous faire penser à quelque chose? Beethoven a montré la voie où l’on trouvera la réponse. Il faut maintenant que les artistes s’y engagent et créent des œuvres plus rayonnantes encore. Le travail leur serait facilité si un bon poète s’associait à un bon musicien et si on indiquait, pour chaque mouvement d’une symphonie, « le texte du tableau poétique ou de chaque idée ». Ainsi l’œuvre d’art « oratoire » illustrée par Haydn et Mozart deviendrait en même temps « le support et le messager d’une haute intuition poétique, où l’essence de l’art de la parole se fondrait avec celle du langage musicai ». Dans la symphonie ainsi comprise le chant a sa place : la dernière symphonie de Beethoven en fournit un exemple éclatant (2%).
Le deuxième article commence par rappeler la vie et le destin de Beethoven et par déclarer qu’il n’est pas surprenant qu’il ait « fait précéder du tableau d’un monde sans joie celui d’un monde plein de joie ». L'examen de la symphonie montre en détail œ passage d’un univers morne au règne de la joie. L/union de Beethoven et de Schiller célèbre cette joie, et celui qui n’y participe
pas fait certainement partie de ce triste groupe que Schiller exclut de sa société idéale (223).
222. Câcilia, Mayence, 1828, n° 32, 231 et suiv. 223. Ibid., 256 et suiv.
Ces deux articles sont d’étendue et d'importance diverses. Ils ont en commun la préoccupation d’expliquer la Neuvième symbhonie par la vie de Beethoven et celle de justifier l’intervention de la poésie et du chant dans une œuvre symphonique. Le premier est incontestablement le plus intéressant, le plus fouillé, le plus précis et le plus nettement romantique. Il se réfère explicitement à Hoffmann, dont il reprend les conceptions, et est à mettre en parallèle avec les interprétations d'œuvres beethovemiennes que Hoffmann a publiées dans la Gazette de Leipzig.