‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 19 sur 356 · DS EN · texte numérisé non relu

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déni primitive, est dépourvue de signification pour l'auditeur.

Quant à la musique purement instrumentale quon entend dans les concerts, elle ne constitue qu’un jeu ou un passe-temps. Il est: rare qu’un autre que l’auteur puisse dire exactement quelle est la signification d’une pièce instrumentale. Aussi les impressions des auditeurs restent-elles incertaines et confuses (*”). Lockmann s’insurge contre cette conception.

Pour lui (et pour Heinse), la musique est l’art de rendre sensible à l’oreille, par le jeu des sonorités rythmées, la vie intérieure de l’homme et tout ce qui, dans la nature, s'exprime par des sons ou des mouvements ('*). La musique instrumentale a été imaginée pour suppléer aux insuffisances de la voix humaine, limitée dans sa puissance, dans son étendue et dans ses possibilités d’évocation. Quand les instruments accompagnent les voix, leur harmonie est destinée à renforcer l’expression du chant. La mélodie seule est trop faiblement expressive, il ne faut pas la dépouiller du vêtement dont la recouvre l'harmonie des instruments qui l'accompagnent (/*). Pour achever de ruiner la théorie de son adversaire, Lockmann cite l’exemple de la musique italienne, qui, dit-il, n’est pas un produit de la langue italienne, mais de l’ardeur et du cœur italiens et de la beauté de Naples et de son climat (*°). La matière musicale, dit-il un peu plus loin, est dé nature supérieure et plus profonde que celle des autres arts. Un être humain qui chante se montre dans l’état de nature, et la prononciation ordinaire semble plutôt un misérable résidu de la mélodie que sa source.

« Une excellente musique est la nature à l’état absolument pur; la prononciation ordinaire est une convention. »

C’est donc dans le cœur qu’est la source principale de la mélodie. Le musicien ne travaille pas d’après un modèle réel et

17. Hildegard von Hohenthal, dans Wilh. HEINSE, Sämmtliche Werke, éd. Carl Schüddekopf, Leipzig, 1902-1925, V, 228 et suiv.

18. «Wenn ich nicht irre, s0 ist sie die Kunst, durch gemessene Tône das Leben im Menschen, und alles, was sich in der Natur durch Ton und Bewegung äussert, darzustellen; ohne Metapher zu reden, dem Sinn des Ohres hôrbar zu machen » (1bid., V, 232).

19. « Es wäre hôchst ungerecht, wenn man eine Melodie für sich ellein aus einer lphigenia auf Tauris von Gluck nehmen, das Mädchen barbarisch frech von ïhrer furchtbaren Pallasrüstung in der Partitur entkleiden, und anatomisch zeigen wollte, dass es ein schwaches Geschôpf wie andre auch sei, und nicht einmal so stark wie manche westfälische Magd » (1bid., V, 233).

20. « Die Sprache ist das Kleid der Musik... und nicht die Musik das Kleid der Sprache. Wenn sie sich nach der Sprache richtet, so tut sie es, wie der menschliche Kôrper nach den Kieidern. Nicht die italienische Sprache hat die welsche Musik geschaffen, sondern das welsche Herz und Feuer, die neapolitanische Schôünheit des Himmels, der Erde und

des Meeres » (1bid., V, 234).

ATOS

matériel, comme le peintre ou le sculpteur, il est « plus créateur qu'un autre artiste quelconque » (*).

L'accompagnement instrumental d’une mélodie n’a pas pour unique rôle de renforcer l’expression du chant. Il exprime, déclare Hildegard, les « sentiments muets » du personnage qui chante, ceux des autres personnages, et même « toute la vie de la nature ». Ses possibilités d'expression sont bien plus vastes que celles de la voix humaine, il est « la mer et l’air où celle-ci nage et bat des ailes » (??). Lockmann ajoute que le rôle de la musique est surtout d'exprimer ce que le langage ne peut traduire, et notamment l’allégresse, l’agitation du cœur, l’enthousiasme. Les paroles, dit-il, sont « des inventions de la réflexion calme ». Et il appelle À son secours le témoignage de saint Augustin, pour qui l’expression du ravissement par de simples sons, sans paroles articulées, constitue « le meilleur langage à l'égard de Dieu ». C’est donc l’expression de la passion, et surtout de la passion violente, qui est le domaine propre de la musique (**). Entre temps, le frère d'Hildegard a précisé que la mélodie doit rester l’élément de la musique le plus perceptible à l’auditeur. Elle doit dissimuler l'harmonie comme le feuillage dissimule les branches d’un arbre. La science harmonique du compositeur indiscrètement étalée Ôôte à une œuvre toute chaleur et toute vie (*). Logique avec lui-même et avec sa conception expressive de la musique, Heinse définit, un peu plus loin, par la bouche de Lockmann, la mélodie comme une

21. « Inzwischen ist der Stoff bei der Musik von weit hôherer Art und tieferer Natur, als bei den andern Künsten. Wenn ein Mensch singt, so ist es, als ob er auf einmal seine Kileider abwürfe, und sich im Stande der Natur zeigte : so etwas Inniges, Himmlisches liegt in dem Kontrast von abgemessenen Tônen. Die gewôhnliche Aussprache scheint eher ein armseliges Überbleibsel, ein Ruin, ein Aschenhäufchen von der Melodie, als deren Wurzel oder Quelle zu sein. Die Hauptquelle der Melodie liegt also im Herzen, und wenigstens bei ans nicht in der Aussprache. Ein Komponist kann diese nicht nachahmen, wie ein Maler sein Modell; er ist, wenn er das Gewôühnliche nicht nachleiert, mehr Schôpfer als irgend ein andrer Künstler » (2b1d., V, 237-238).

22. « Sie verstärkt bestimmt den Ausdruck der singenden Person, drückt ihre stuminen Gefühle aus, sowie die Gefühle der Nebenpersonen und der ganzen Gesellschaft, und alles Leben der Natur, das sich durch merkliche Bewegung äussert.…. Sie hat also einen viel weiteren Umfang als die Menschenstimme; sie ist das Meer und die Luft, worin diese schwimmt und ihre Fittiche schlägt » (2bid., V, 241).

23. « Die Musik herrscht vorzüglich, wo sie ausdrückt, was die Sprache nicht vermag, oder wo die Sprache zu augenblicklich ist. Der Jubelton bei gewissen Momenten übertnfft alle andre Sprache. So lässt sich das innre Gefühl bei andern Taten, das Wallen des Herzens, die hohe Flut in Adern und Lebensgeistern durch nichts besser ausdrücken. Worte sind Erfindungen der ruhigen Besonnenheit. Der heilige Augustinus hält blosse Tône des Entzückens ohne Worte für die beste Sprache gegen Gott. — Bei Leidenschaften also ist die Musik an ihrer rechten Stelle; besonders bei heftigen, wo man nicht mehr an Worte denkt, sondern von den Sachen selbst durchdrungen wird. Wir stossen einen Teil von dem Leben aus, das in uns ist. Und dies geschieht am leichtesten durch Vo-

Kkale » (1bid., V, 243).

24. « Die Melodie muss in der Musik die Harmonie verbergen, wie Blätter, Blüten, uud

Früchte die Aste und das Holz der Zweige an den Bäumen. Musik, wo das nicht ist, gleicht dem Winter; da ist kein Leben » (zbid., V, 242).

PORT NE Are

succession de sons qui « représente un sentiment ou une passion » (*).

51 Heinse recommande de laisser toujours la mélodie produire l'impression principale sur l’auditeur, ce n’est pas qu’il sousestime la valeur de l’harmonie et du rythme comme éléments expressifs. Il fait soutenir par Lockmann que c’est d’eux que l'expression tire sa valeur constante et générale et qu’ils donnent la vie à la mélodie (*°). Puis Lockmann, reprenant un sujet de conversation déjà traité précédemment, s'engage dans une étude de l” « harmonie » et de la « disharmonie », que nous appellerions plutôt consonance et dissonance, et cherche à caractériser avec la plus grande précision possible la valeur expressive des divers accords et des divers intervalles. Il attribue à chaque accord un caractère particulier, ainsi à la tierce celui de représenter le cœur, siège des passions, dont l’état se manifeste par l’intervalle majeur ou mineur, tandis que la quinte représente l’esprit divin dont le Créateur a mis une étincelle en nous (°?).

Lockmann-Heinse professe également que chacune des tonalités de notre système musical a sa valeur expressive propre. Les tons diézés produisent, d’après lui, une impression d’ascension. Ainsi mi naturel majeur est « céleste » et représente « le point le plus haut où s’élève la belle nature ». Dans ke ton de si majeur, « l’état de la nature disparaît déjà en quelque sorte ». Quant à fa dièze majeur, il est « complètement artificiel ». Les tons bémolisés descendent sur terre, mais sans qu'aucun exprime une matérialité grossière. Si bémol a « une dignité d’échevin »; mi bémol, un caractère « solennel et sacerdotal ». La bémol est « la majesté du roi et de la reine », etc. (*°). Ces caractères divers se montrent clairement dans les œuvres importantes; dans les pièces brèves, ils ne peuvent s’affirmer nettement. Le jeu des modulations permet des contrastes comparables à ceux du jour et de la nuit, du noir et du blanc, du dur et du mou (**). La diversité des moyens dont dispose le compositeur lui permet de varier à l'infini la valeur « représentative » de son œuvre.

Il ne faudrait pas croire que la mission de « représenter » quelque chose soit dévolue à la seule musique. Pour Heinse, c’est celle de tous les arts, ou plutôt de l’Art en général, dont la

25. « Melodie ist eine Folge von einzelnen Tônen, die in abwechselnden Sätzen und Perioden, damit die Kehle wieder I,uft schôpfen kann, eine Empfindung oder Leidenschaft darstellt » (2b1d., V, 249).

26. « Das Beständige und Allgemeine des Ausdrucks liegt in der Harmonie und dem Rhythmus; die Melodie schôpft aus beiden ihr Iebendiges » (ibid., VI, 18).

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