BAMZ, 1826, n
231. « Wir kônnen nicht umhin, uns hier gewissermaassen in freier Luft, unter grünenden Bäumen, an ein frôhliches Gastmahl versetzt zu finden, wo zu dem lauten begeisterten Gesange der Trinker muntrer Hôrnerklang aus dem nahen Gebüsch ertônt…. Der Komponist hat das ursprünglich erfreulich gesellige Lied auf diese Art in den Karakter des Hymnus zu erheben gesucht, und es jener grossartigen Freude genähert, die sich in Schillers berühmter Ode, vielleicht dort mit ein wenig zu viel Pathos, ausdrückt » (BAMZ, 1826, n° 5, 34).
3. Adagio (chant de reconnaissance d’un malade guéri à la divinité, dans le mode lydien) et Andante (sentant de nouvelles forces); 4. Marcia : Recitativo, Allegro appassionato. Puis 1l déclare que ce « nouveau chef-d'œuvre » élève l'auditeur vers des régions où on ne peut que « soupçonner la clarté dont les rayons baignent l’initié » et que Beethoven est difficile à suivre, car 1l s’élance loin en avant de son époque » (**?).
L'idée que la musique transporte l’auditeur dans des régions supérieures est déjà une caractéristique suffisante des conceptions romantiques de l’auteur du compte-rendu. Mais il est bien plus curieux de trouver sous sa plume, presque dans des termes identiques, l’idée exprimée par Bettina dans sa lettre à Gœthe : Beethoven devance son époque, on peut se demander si l’humanité moyenne le rattrapera jamais. Il n’y a sans doute là qu’une coïncidence, mais elle mérite d’être signalée au passage.
Dans son dernier numéro de 1825, la Gazette musicale de Berlin rend compte du recueil récemment paru de Six Bagatelles pour piano op. 126. Il faut, dit le critique, les entendre jouer souvent avant de découvrir leur vraie signification, l’esprit qui les anime. Ce sont des germes qui auraient pu se développer davantage et auxquels l’auteur a conservé leur caractère spontané. Leur interprète ne doit pas se contenter de les jouer, il faut qu’il soit accessible à une suggestion de l’esprit. Puis viennent quelques interprétations : la première Bagatelle est considérée comme évoquant « un couple d'oiseaux affairé dans son nid » au printemps, et la quatrième représenterait une danse de montagnards écossais (?**).
L'auteur du compte-rendu laisse à ceux qui joueront ces Bagatelles le soin de trouver — ou de ne pas trouver — la « signification supérieure » des numéros V et VI. Il ajoute, un peu ingénument, que ce n’est pas l'affaire de tout le monde de donner à des morceaux de musique une interprétation déterminée,
232. « Dieses neue Meisterwerk unsers einzigen Beethoven hat die üppigste Fülle von Ideen auf eine solche begeisternde und siegreiche Weise entwickelt, dass auch Jene, davon ergriffen, in hôhere Regionen getragen wurden, welche oft, durch eine Nebel-Region streifend, die Klarheïit, die den Geweïhten umstrahlet, nur als die, auch durch das dichte Gewebe der künstlichsten Textur dringende Genius-Flamme ahneten, und sich von ihr zu lichteren Stellen gläubig geleiten liessen…
« Beethoven eïilt in jedem Augenblick seines künstlerischen Wirkens seiner Zeit weit voran : das Erkenntnissvermôgen seiner Hôrer und Beurtheiler keucht noch immer mühsam hinter drein; dies bezeugt die Erfahrung » (ATUW, XVIII, n° x4r, 579).
233. « Nr I... Ein Ariettchen, welches die Empfindung erweckt, die wohl im Lenz uns anzieht, wenn wir ein sorgendes Vogelpaar im Nest erblicken !.… Nr IV... Es sind hochschottische Bergbewohner, die in dem kräftigsten H-moll-Tanze mehr springen und tapsen, als tanzen. Das H-dur ist ein Ausdruck ihres innetsten Wohlbehagens, vielleicht durch ein Gläschen Sekt erhôht, der Bibroch spielt darin seine bekannte anziehende Rolle » (BAMZ, 1825, n° 52, 417).
et que d’ailleurs il y a des gens qui aiment mieux laisser agir directement la musique sur eux « sans parvenir, par le moyen de. l'imagination, à une sorte de réflexion à ce sujet ».
Le sentiment n’est pas tout à fait absent des interprétations proposées, mais elles représentent surtout une tentative naïve, et même un peu grossière, pour préciser un véritable tableau que la musique décrirait. On peut à la rigueur voir là quelque romantisme, mais d’une qualité vraiment bien incertaine et inférieure.
Au début de 1826, la Gazette de Leipzig rend compte, elle aussi, de ces Bagatelles dans le même sens, mais avec plus de prudence. Le critique estime, lui aussi, qu’il s’agit de simples essais où les indications pouvant préciser les intentions de l’auteur ont été réduites au minimum. Elles sont jugées originales, avec çà et là « d’étranges flambées d'humour », mais aussi avec, assez souvent, « des accents de profonde mélancolie ou de morne gravité ». C’est pourtant, en général, « un état d'esprit serein » qui y règne. Ces Bagatelles sont moins faciles à jouer qu’elles ne paraissent, car il ne faut pas se préoccuper seulement de donner leur valeur aux notes, mais d’y percevoir et d’interpréter
des effusions d’un état d’esprit ou d’ux mouvement de l’âme tout à fait particuliers » (***).
Dans ce compte-rendu, la tendance romantique apparaît sous une forme moins grossière. L'auteur ne cherche pas imprudemment à préciser des scènes plus ou moins pittoresques que pourraient, à son avis, suggérer ou illustrer les Bagatelles. Il se borne à indiquer qu’elles sont issues de sentiments dont il faut retrouver l'expression et que l'interprète, lui-même ému, fera partager à ses auditeurs.
En mars 1826, Schuppanzigh fait entendre à Vienne, pour la première fois, le Quatuor en si bémol OP. 130. Le compte-rendu de la Gazette de la mode, après avoir énuméré les diverses parties de l’œuvre : Allegro, Presto, Scherzo, Allemande, Cavatine et Allegro fugato (**°), prétend voir dans chacune « un assaut
234. « Sie würden vielleicht bezeichnender Skizzen heissen : Erfindungen und Erzeugnisse einer glücklichen Stunde, leicht hingeworfen und ohne dass für die Ausführung mehr gethan wäre, als nôthig, um die Ideen zu fixiren, was sie wollen, anzudeuten, und jedem Stück, auch so wie es ist, innere Uebereinstimmung, Haltung und damit Wirkung zu verschaffen… Da sie alle Ergüsse einer ganz besonderen, wenn auch flüchtigen Stimmung oder Gemüthsbewegung sind : so muss man diese erst heraushôren, in sich selbst erwecken (am besten, durch mehrmaliges Durchspielen) und nun diesem angemessen vottragen » (AMZXI,, XXVIII, n° 3, Col. 47-48).
235. Ce dernier mouvement a été ensuite remplacé par un final allegro. Beethoven l’a publié à part sous le titre de Grande fugue op. 133.
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de génialité, de sentiment enfantinement pieux et d'humour ». Elles bercent l'âme de « doux rêves » que la fugue finale vient détruire (°°°). CS
Un mois environ plus tard, la Gazette de Leipzig déclare le premier, le troisième et le cinquième mouvements « graves, MyStiques, sombres », et le deuxième et le quatrième « pleins de-pétulance, de gaîté et de malice » (**’).
C’est bien l’expression de sentiments que ces deux comptesrendus recherchent dans ce quatuor.
Le dernier compte-rendu d’une œuvre de Beethoven paru de son vivant est celui du trio : Tremate, empi, tremate! dans la Gazette de Leipzig, en 1826. L'œuvre est jugée semblable, du point de vue du goût et du style, à la Grande scène et air pour soprano (Ah, perfido!), disposée et réalisée comme les trios et les quatuors de l’opera seria de l’époque. Mais elle se distingue par « un esprit particulier, un sentiment profond et une énergie indépendante » (?%°).