Ibid., 12 17. Ibid
d’une existence destinée à la jouissance joyeuse avec le pressentiment du divin, du supra-terrestre ». La seule différence est que chez Mozart le langage du cœur prend la forme d’un désir aimable, tandis que Beethoven fait prédominer l’impression d'énergie (?). Mais que signifie une symphonie? Il est absurde d'y voir la traduction d’une action ou d’un roman, et l’impression qu’elle produit sur le cœur des auditeurs peut parfaitement différer selon les individus, de même que peut différer celle d’un tableau ou d’un drame. La peinture sonore est à rejeter, car elle est absurde en dehors des cas où son emploi est humoristique et de ceux où elle reproduit des phénomènes purement musicaux. Le point de départ de Beethoven est la symphonie de Mozart, sur la base de laquelle il a créé un genre tout nouveau en pénétrant dans des régions où seul son esprit pouvait s’aventurer. La musique de Mozart est née directement de la combinaison de thèmes qui devaient s’organiser dans un certain plan. Beethoven, au contraire, semble avoir conçu son plan d’après une certaine idée philosophique et l’avoir ordonné avant de demander à son imagination de lui fournir les thèmes musicaux nécessaires. La Symphonie en la ne se prêterait guère à la démonstration de cette théorie, mais l’Héroïque peut l’illustrer sans difficulté. L/'/intention de la dédier à Bonaparte ne doit pas nous inciter à y voir un récit musical de la campagne d'Italie. Mais elle est le résultat, dans le domaine musical, d’une émotion — d’origine extérieure ou intérieure — qui s’est emparée de la personnalité entière de l’artiste et a dû prendre une forme concrète. La conclusion de l’entretien est que la musique (instrumentale) est un langage expressif, mais qu’elle ne peut exprimer les sentiments que sous leur forme « éternelle, infinie et idéale », ce qu'aucun autre langage ne peut faire.
L'article intitulé Sur la musique allemande retrace rapidement l’histoire de la musique allemande et en analyse l’esprit. Le nom de Beethoven n’y figure qu’accessoirement, mais de façon significative : l’auteur supposé constate la décadence du théâtre musical allemand après Mozart, puis signale l’apparition de Weber, qui, « au moment où le génie tout-puissant de Beethoven avait révélé dans sa musique instrumentale le royaume du romantisme le plus hardi », a fait tomber aussi sur l’opéra allemand un rayon de lumière venu de cette contrée magique « (*).
Dans Le virtuose et l'artiste (*), le porte-parole de Wagner fait surtout la critique de l'esprit de l’époque, où la virtuosité