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À Dresde, un des exploits musicaux dont Wagner fut le plus fier fut l'exécution de la Neuvième symphome, le 5 avril 1846. Soucieux de préparer le public à l’audition de cette œuvre dont l'originalité pouvait le dérouter, Wagner fit insérer à trois reprises dans un journal de courts articles destinés à exposer le sens de la symphonie (°°).
La Neuvième symphomie, explique le deuxième de ces articles, est restée pour le public une énigme qu’il faut résoudre. Le troisième propose la solution suivante : Beethoven a voulu utiliser le langage des sons que lui avaient transmis les grands maîtres du passé pour exprimer toutes ses pensées et tous ses sentiments. « Parler ce langage était son besoin le plus intime, l’entendre son unique bonheur sur terre ». Frappé de surdité, il ne lui est resté que la possibilité d'employer ce langage pour s'exprimer. Ce qu’il a alors fait entendre, ce sont les sentiments qu’il éprouvait il est descendu au plus profond de l’abîme de toute passion et de toute nostalgie, il a décrit le monde de la solitude. Mais son âme « enfaniine et affectueuse » ne peut accepter l’isolement. Il traduira donc dans sa musique son immense désir d’appartenir de nouveau au monde et de prendre part à ses joies. Tel est le sens du langage sonore étrange qui surprend les non-initiés et dans lequel il exprime maintenant, en une œuvre d’art qui ne peut être comparée à aucune autre connue, « toutes ses souffrances, sa nostalgie et ses joies ».
Plus tard, dans sa Relation de l'exécution de la Neuvième symbhome à Dresde en 1848 empruntée à son autobiographie et publiée dans ses Œuvres complètes (*°), il a déclaré que son intention avait été d'agir « non sur le jugement critique, mais uniquement sur le sentiment des auditeurs » (**). Pour mieux atteindre ce but, il avait rédigé un programme curieux émaillé de citations de Faust.
Au début de ce programme, Wagner prend quelques précautions. I] rappelle que l’essence de la musique instrumentale est « d'exprimer par des sons ce qui est inexprimable en paroles » (*?). Les citations de Gœthe qu’il produira n’ont pas de lien immédiat avec l’œuvre de Beethoven, mais expriment « les états d’âme supérieurs » qui sont à la base de la symphonie de façon si sublime qu’elles serviront toujours à les préciser aux yeux de ceux qui ne comprendront pas du premier coup le message de Beethoven.
19. Dresdener Anzelger, 24 mars, 31 mars et 2 avtil 1846 (WSD, XII, 203-205).
20. Bericht über die Aufführung der Neunten Symphonie im Jahre 1846 in Dresden (aus meinen Lebenserinnerungen ausgezogen) nebst Programm dazu (WSD, IL, 50-64).