‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 207 sur 356 · WSD, VII · texte numérisé non relu

WSD, VII

faire comprendre aux chefs d’orchestre à qui il s'adresse ce que doit être le style particulier qu’il faut donner aux symphonies de Beethoven, Wagner qualifie l’allegro de Mozart de « naïf », au sens que Schiller donnait à ce terme, et celui de Beethoven de « sentimental ». L’allegro de Mozart est absolu, c’est-à-dire que son mouvement doit être rapide et uniforme. Celui de Beethoven ne saurait s’accommoder de cette exécution, il doit être mis en valeur par des modifications de mouvement et par des nuances dont il faut que le chef d’orchestre saisisse la nécessite: ("):

Dans l’avant-propos qui précède le Beethoven de 1870, Wagner a indiqué le triple caractère qu’il a voulu donner à son étude. Il en souligne d’abord la conception subjective : pour contribuer À la célébration du centenaire, il va exprimer l’idée qu’il se fait de l’importance de la musique de Beethoven. En second lieu, il s’agit pour lui de fournir une contribution à la philosophie de la musique. Enfin son œuvre a un intérêt d’actualité : il veut souligner le caractère foncièrement germanique de Beethoven à un moment où les victoires militaires remportées sur la France ont exalté le sentiment national (*’). Ainsi, dès le début, le lecteur est prévenu : le Beethoven de Wagner n’est pas une étude critique désintéressée, il est conditionné par les idées de son auteur et par les événements du moment.

Le point de vue auquel Wagner se place pour étudier Beethoven n’a pas varié : c’est celui du drame synthétique qu'il veut réaliser. Il considère toujours Beethoven comme son précurseur et parle même d’un « drame beethovenien » comparable, selon lui, au drame de Shakespeare (°°). Ce qu’il qualifie ainsi, ce n’est pas Fidelio, mais la Neuvième symphonie. T1 affirme que, dans le dernier mouvement de cette œuvre, la musique n’est pas déterminée par les paroles, quelle que puisse être leur valeur poétique, mais par le « drame ». Il spécifie qu’il désigne par ce terme non un poème dramatique, mais « le drame qui se déroule réellement devant nos yeux, comme le pendant de la musique devenue visible, où la parole et le discours appartiennent uniquement à l’action et non plus à la pensée poétique » (°°). Wagner parlant de Beethoven reste le musicien dramatique, l’homme de théâtre pour qui l’action scénique est l’essentiel, le lieu de réunion des divers arts qui doivent concourir à l’œuvre commune.

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