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Ce dont il fait gloire à Beethoven, c’est d’ailleurs moins d’avoir réussi à créer des chefs-d’œuvre que d’avoir osé « l'acte » extraordinaire par lequel les voix humaines se sont jointes aux instruments. Par ce coup d’audace, il a créé les conditions mêmes du drame de l’avenir. Les artistes venus après lui n’ont qu’à marcher sur ses traces.
La différence capitale entre le Beethoven et les écrits antérieurs où il est question de lui tient au rôle que joue maintenant dans la pensée de Wagner l'influence de Schopenhauer. C’est en fonction d’idées empruntées à l’auteur du Monde comme volonté et représentation que Wagner interprète ici le phénomène de la création artistique et qu’il prétend expliquer l’originalité de Beethoven.
L'étude de la personnalité d’un poète, constate Wagner, nous donne jusqu’à un certain point la clef de son œuvre. Tel n’est pas le cas pour Beethoven. La critique ainsi conçue perdra d’ailleurs pied au point où la création artistique « passe du conscient dans l’inconscient, c’est-à-dire où ce n’est plus le poète qui détermine la forme esthétique, mais où celle-ci est déterminée par l’intuition profonde qu’il a de l’idée. Mais c’est justement dans cette intuition de l’idée que réside à $on tour la grande différence qui sépare le poète du musicien » (*°).
C’est Schopenhauer qui a reconnu exactement la position de la musique par rapport aux autres arts et lui a attribué une nature particulière. À la différence de la poésie, elle est un langage sans concepts, et il croit reconnaître en elle une idée de l’univers. Faute de connaître lui-même suffisamment la musique et de comprendre vraiment Beethoven, il s’est contenté d'émettre cette opinion comme un paradoxe. Mais il est impossible de porter sur Beethoven un jugement définitif si on n’explique pas ce paradoxe de façon satisfaisante.
A l’aide de citations, Wagner montre que, pour Schopenhauer, l’accès de l’essence intime de la nature n’est possible que dans la mesure où celui qui la connaît est en même temps un individu, c’est-à-dire une partie de la nature elle-même. Pour que l’idée pénètre dans notre conscience, il faut que l’intellect domine temporairement la volonté. Cet état correspond à une puissante excitation de l’activité intuitive du cerveau, les penchants ou les passions restant au repos. Une aure citation indique que Schopenhauer distingue deux faces dans notre conscience, suivant qu’elle s'applique à notre propre personnalité (— volonté) ou à