‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 211 sur 356 · Ibia., 85 43. Ibid · texte numérisé non relu

Ibia., 85 43. Ibid

Dans cet état, son œil s’illumine de l’intérieur. Il jette ses regards sur le monde extérieur et perçoit l'essence des choses. I1 comprend le langage de la nature, tout ce qu’il voit, tout ce qu’il modèle est pénétré de gaîté : le monde a retrouvé son innocence d'enfant. La Symphonie pastorale est le produit de cette vision de l’univers par le musicien sourd. Et voici que la joie qu'éprouve le créateur à exercer sa puissance se transiorme en humour. « Le créateur Brahma rit de lui-même, car il reconnaît avoir eu une illusion sur lui-même. L/innocence retrouvée joue avec l’aiguillon de la faute expiée, la conscience libérée se taquine avec le souvenir du tourment qu’elle a subi »(“). La Septième et la Huitième symphonies, les œuvres musicales les plus gaies qui aient jamais été réalisées, produisent sur l'auditeur l'impression de la libération de toute faute et éveillent ensuite le sentiment du paradis perdu. Elles prêchent « le repentir et la pénitence dans le sens d’une révélation divine » (*). Nous sommes ici dans le domaine du sublime, la connaissance (rationnelle) fuit en reconnaissant son erreur, et cette reconnaissance déchaîne un débordement d’allégresse.

Une digression traite des tendances du dix-huitième siècle, de sa morale religieuse bourgeoise et de sa croyance à l’humanité. En pratiquant une rigide morale bourgoise, en observant une stricte moralité religieuse, Beethoven a préservé son génie de l’influence maligne de Vienne, où le protestantisme avait été écrasé et où les jésuites régnaient en maîtres : sous leur régime, les falsifications de l’histoire, de la science et de la religion constituaient une véritable école de scepticisme. De même, la nature puissante de Beethoven réagit contre la corruption de la musique devenue un art frivole. On voit revivre en lui, malgré son baptême catholique, tout l’esprit du protestantisme allemand, et cet esprit protestant le conduit à Bach. Il trouve chez Bach le mot magique qui permet de déchiffrer son rêve le plus intime, il y voit les mêmes lignes entrelacées par lesquelles Albert Dürer a eu la révélation du secret du monde éclairé par la lumière et de ses formes, c’est « le livre magique du nécromant qui fait luire la lumière du macrocosme au delà du microcosme ». Au contact de ce texte sacré, Beethoven « devient lui-même un saint » (*).

Le problème qui se pose alors est celui des rapports du saint

avec la vie, avec le monde qui l’entoure. Ses relations avec ce FE ; ,

monde seront un réveil de ce sommeil profond où il a connu la

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