‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 217 sur 356 · Beethoven (WSD, IX · texte numérisé non relu

Beethoven (WSD, IX

permet de constater que ce n’est pas seulement à travers le romantisme que Wagner a considéré Beethoven, mais aussi et surtout en fonction du wagnérisme. Dans Beethoven et dans les écrits à peu près contemporains qui lui font cortège passent des 2 PP . , :

échos de drames wagnériens : Tristan, L’Anneau, Parsifal.

Comment ne pas penser à Tristan lorsque Wagner prétend faire le procès du sens de la vue et de la lumière du jour en les déclarant sources d’erreur pour nous? C’est l’opposition entre le jour, générateur d’illusions, et la nuit maternelle qu’il transforme en opposition entre la vue trompeuse et l’ouie révélatrice de la réalité profonde. Un autre élément qui rappelle Tristan, c’est cet « océan du désir » sur lequel Wagner embarque Beethoven à la recherche de l’art musical de l’avenir.

Ailleurs, c’est à Siegfried que fait songer le Beethoven wagnérien : ayant, grâce à sa surdité, subi la révélation suprême, il retrouve l’innocence sentimentale et comprend le langage de la nature, celui de la forêt et du ruisseau, le chant des oiseaux, etc. C’est l’idylle du deuxième acte de Siegfried qui est ici trans-

posée dans la vie de Beethoven.

Enfin le Beethoven-rédempteur que Wagner a vu rappelle étrangement Parsifal. Comme lui, poussé par le désir de rédemption, il erre à l’aventure. Comme lui”il rendra au monde son innocence enfantine, et la façon dont Wagner parle de la Symbhonie pastorale permet de la rapprocher de l’Enchantement du Vendredi-Saint. Et la Septième ainsi que la Huitième symphonies délivrent l’auditeur de tout sentiment de faute, lui donnent « le sentiment du Paradis perdu » et lui prêchent « le repentir et l’expiation » (‘*) un peu comme Parsifal les prêche à Kundry. Quant au chœur de la Neuvième, il chante une mélodie d’une « innocence enfantine » qui devient « le choral de la nouvelle communauté » (%). Enfin, dans la conclusion de son Beethoven, Wagner proclame que Beethoven a régénéré l’esprit allemand en délivrant la musique de la tyrannie de la mode et que la nouvelle civilisation ainsi créée va amener « la nouvelle religion qui la pénétrera » (**). De même Parsifal a racheté Amfortas, délivré la confrérie du Gral de son angoisse et en a régénéré la religion dont il sera le grand-prêtre.

Ces dernières constatations sont les plus importantes. Elles donnent ses derniers traits, ses traits définitifs au Beethoven de Wagner. Romantique, il l’est dans toute la mesure où Wagner le fut lui-même. Mais sa figure s’est constituée peu à peu, tout

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