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moins considérer comme un très grand artiste Gluck, dont la musique toujours expressive a créé un genre particulier, intermédiaire entre l’opéra et la tragédie (**), où la musique instrumentale a un caractère d'unité maintenu d’un bout à l’autre de l’œuvre (**). La théorie de Gluck ferait de la musique d’opéra la servante de la poésie. Mais ses meilleures partitions démentent sa théorie, car la musique y est souveraine et exprime les sentiments de façon telle que le texte est inutile à l’intelligence de la scène, ce qui n’est pas toujours le cas chez les Italiens (°’). Heinse regrette que Gluck compose ses œuvres sur des livrets français, mais ajoute que la musique est un langage « général » (nous dirions « universel ») et exprime l'espoir de voir naître un jour un opéra allemand comparable à celui dont Gluck a doté la France.
Les idées de Heïinse sont comine un lieu de réunion de tendances diverses. Par sa conception de l’origine de la musique, il se sépare nettement de Rousseau. Sa théorie expressionniste est, il l'avoue lui-même, issue de celle de Rameau. Si on le compare à Herder, ses idées s’opposent à celles de la quatrième Silve et s’apparentent à celles de Kalligone.
À côté de l’influence de Herder et de Rameau, on peut trouver chez Heinse celle du Sturm und Drang, plus nette d’ailleurs chez l’écrivain que chez le théoricien, qui ne-peut guère, pour l’essentiel, être rapproché de Rousseau. Le rôle qu’il assigne au texte dans la musique chantée n’est pas non plus sans rapport avec le rationalisme de l’Aufklärung. Mais son idée principale, à laquelle il cherche à subordonner toutes les autres, est celle de la valeur expressive de la musique. Par sa conception de la musique instrumentale exprimant des sentiments à l’état pur et dégagés de tout caractère accidentel, par sa conception expressive du jeu des tonalités et des accords, par sa façon de considérer la combinaison de la poésie et de la musique en un art d'ensemble, et par l'idée que le même artiste devrait être à la fois musicien et poète, Heinse est bien un précurseur des romantiques. Hoffmann lui doit beaucoup, et, plus tard, Richard Wagner. La comparaison de leurs théories musicales avec celles de Heinse permettrait de montrer comment, sur ces points particuliers, le romantisme musical a été tributaire des théories encore un peu confuses émi-