À. SCEMITZ, Das romantische Beethovenbild, 159 et suiv
avait tiré de Plutarque l'inspiration de sa première œuvre dramatique, cependant bien digne du Sturm und Drang. Et de même que Beethoven dans la Symphonie héroïque, il a, dans ses premiers drames, fondé la grandeur du héros sur son énergie (°°). Tel le héros de la Troisième symphonie, Karl Moor, Fiesque et les autres héros des drames de jeunesse de Schiller subissent une épreuve d'énergie qui va jusqu’au sacrifice. S’ils succombent, leur esprit leur survit et nous donne une leçon d'énergie morale indépendante de toute considération de réussite ou d’échec (?°). Pas plus chez le jeune Schiller que chez Beethoven on ne peut trouver trace de romantisme dans cette conception de l’héroïsme. Seuls le Sturm und Drang, le classicisme et quelque rationalisme en fournissent les éléments.
C’est une sorte de portrait moral d’un héros qui forme le sujet de l’ouverture que Beethoven composa, en 1804, pour servir d’introduction au Coriolan de H. J. von Collin, Le drame, entièrement différent du Coriolan de Shakespeare, que d’ailleurs Collin ignorait (*’), traite le problème de la liberté du héros : « l’homme peut-il faire ce qu’il veut, sans égard pour le milieu qui l’entoure? Est-il maître absolu de lui-même ou membre d’une société dont il ne peut mépriser les lois sans commettre une grave faute? » (**). La conclusion est que l’indjvidu d’exception, s’il ne peut se dominer pour s’adapter au milieu dans lequel il doit vivre, est condamné à disparaître. Coriolan, ayant renoncé à sa haine de Rome, voit les Volsques suspecter ses intentions, alors qu’il voudrait noblement réconcilier les Romains avec leurs ennemis. Devant les réactions imprévues de ces âmes vulgaires, il comprend que la voie où l’a engagé sa propre nature est sans issue. Il disparaîtra donc volontairement.
On peut considérer que Collin a voulu porter à la scène le drame du Titan vaincu par lui-même. L'ouverture de Beethoven, destinée à préparer les spectateurs à ce drame, est un vaste crescendo où un motif énergique et haletant, surtout rythmique, domine peu à peu un motif mélodique qui, par contraste avec l’élan forcené du premier, paraît suppliant, jusqu’à une chute brusque après laquelle se fait un silence au fond duquel tressaillent seuls, comme à l’agonie, quelques lambeaux du premier motif.
La lutte entre les deux motifs n’aboutit donc pas à la victoire de l’un d’eux. La conclusion de l’ouverture est manifestement l'expression musicale de la catastrophe tragique qui frappe le héros, et sa valeur expressive est telle qu’elle suffit à justifier
19. H. A. KORFF, Geist der Gœthezeit, II, 219. 20. Ibtd., II, 222.