Per aspera ad astra. » Cf. P. BEKKER, ouv. cité
portée sur un élément brutal et obstiné, qui réduit la musique à son état le plus primitif et le plus schématique : le rythme. L’absence de tout programme explicite ou de tout qualificatif n’empêche pas la Symphonie en ut mineur d'entrer dans la catégorie des œuvres de Beethoven consacrées à l’héroïsme, car on y retrouve, transposée sur le plan purement musical, l’idée que Beethoven a empruntée au Sturm und Drang : celle dé épreuve, suivie ici de victoire. Si on dépouille d’ailleurs le compte-rendu de Hoffmann de sa phraséologie romantique où s'expriment des interprétations indémontrables des passages essentiels de la Cinquième symphonie, son analyse ne signifie pas autre chose.
La Neuvième symphonie peut, elle aussi, être rangée parmi les œuvres de Beethoven exaltant l’héroïsme et le triomphe de l’élite humaine après épreuve. Cette interprétation est autorisée par la présence, au final, de l’Ode à la joie de Schiller, dont la musique fait une pièce enthousiaste et prophétique annonçant une ère de félicité pour l’humanité réconciliée sous les yeux d’un Dieu paternel. Cette expression musicale du poème de Schiller, Beethoven la cherchait depuis longtemps. Dès l’époque de Bonn, une trentaine d’années par conséquent avant l’achèvement de Ja Neuvième, Beethoven songeait à mettre en musique l'Ode à la joie (°°). Cette intention, qui reparaît à plusieurs reprises parmi ses préoccupations, montre quelle importance avait pour lui l’idée d'humanité fraternelle empruntée par Schiller au Sturm und Drang et à Rousseau. L'ensemble final de Fidelio avait d’ailleurs déjà une signification analogue.
Comme les prisonniers de Fidelio, les hommes qui font entendre leurs voix dans le final de la Neuvième symphonie ont subi une épreuve dont ils ont triomphé. Leur chant est en ré majeur, en opposition avec le mélancolique ré mineur qui domine dans le reste de la symphonie. La partie purement instrumentale du final, qui précède l’attaque des voix, fait paraître peu à peu des motifs qu'utilisera le chœur. Ils se dégagent de l’ensemble orchestral et semblent faire effort pour se rendre intelligibles : ainsi le récit de la basse est présenté d’abord par les instruments graves (violoncelles et contrebasses) qui le répètent à plusieurs reprises; chaque fois, sa longueur et son importance varient (*°). Le thème principal du chœur paraît, lui aussi, d’abord timidement, à peine esquissé par les instruments à vent, puis prend peu à peu davantage d’importance en passant aux diverses voix de l’orchestre (*’). Comme dans la Cinquième symphonie, le
309. FRIMMEL. Becthoven-Handbuch, II, 104, 294. — KALISCHER, Beethoven und selne Zeitgenossen, IV, 105.
40. Beethovens Werke, série 1, n° 9, 174, 176, 177, 178, 180.