À. SCHMITZ, ouv. cité
obligatoire entre les deux interprétations. Mais on peut se demander si dans l’esprit d’un artiste il ne peut pas y avoir place pour des idées contradictoires dont il s’accommode sans songer à les approfondir et à justifier logiquement leur voisinage. Tel peut bien avoir été le cas pour Beethoven, dont le souci principal était la musique et non la théologie.
Un livre qui intéressa beaucoup ina et dont le contenu a dû correspondre assez bien à sa conception de la religion est celui de Christian Sturm : Réflexions sur les œuvres de Dieu dans le domaine de la Nature et de la providence (”). Il en a annoté ou marqué de traits de crayon de nombreux passages (7°). Dans cette anthologie, destinée à faciliter aux gens peu instruits la connaissance de la nature en présentant chaque objet « sous le jour qui le ferait paraître important et intelligible au chrétien le plus vulgaire » et aussi à indiquer aux lecteurs « comment ils pourraient employer le domaine de la nature comme école du cœur » (7°), Beethoven semble avoir été surtout intéressé par les passages où l’auteur célèbre la sagesse de l’organisation de l’univers pour l'utilité de l’homme, surtout pour son utilité morale, avec cette conclusion que l’homme doit avoir confiance en Dieu et s’en remettre à lui (*’). Chercher Dieu dans la nature, telle fut l’attitude religieuse essentielle de Beethoven. Le livre de Sturm correspondait trop bien à cette tendance pour ne pas devenir un des ses livres de chevet.
Quant aux preuves que Beethoven resta bon catholique, elles ne manquent pas. Lorsqu'il eut à s’occuper de l’éducation de son neveu Karl, il ne négligea pas son instruction religieuse. Les Cahiers de conversation contiennent des notes indiquant que Beethoven tenait à ce que Karl se confessât régulièrement. Après la tentative de suicide de Karl, on y voit aussi Beethoven préoccupé d'obtenir pour son neveu la visite d’un prêtre (**). Diverses anecdotes montrent aussi Beethoven toujours respectueux en présence de prêtres. Dans les lettres à l’archiduc Rodolphe, l’expression de la foi religieuse, simple et sincère d’accent, est fréquente. Il arrive même que Beethoven demande à l’archiduc sa bénédic-
tion (*?).
77. Betrachtungen über die Werke Gottes im Reiche der Natur und der Vorsehung. Beethoven possédait l'édition de 1811, mais doit avoir connu l'ouvrage avant cette date. Cf. L. SCHIEDERMAIR, Der junge Beethoven, 306. — I,. Noxx (Beethovens Brevier, Bo) indique que Beethoven en possédait aussi une édition plus ancienne.