‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 259 sur 356 · Tbid · texte numérisé non relu

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Cette analyse des principales modulations, des changements de rythme, de mesure et de mouvement, de l'alternance des groupes d’exécutants et des répétitions insistantes de certaines paroles montre quels sont les éléments du texte de la messe que Beethoven a particulièrement soulignés et par conséquent considérés comme essentiels. C’est d’abord l'affirmation de la gloire du Seigneur, de sa toute-puissance et de son éternité. Puis, par contraste, l'humilité et l’angoisse de l’homme qui implore la muiséricorde divine, demande la paix, affirme sa foi et proclame son espérance en la vie future. Chacune des parties de l’œuvre forme un tout bien équilibré, la réapparition du Kyrie à la fin témoigne du souci de donner à l’ensemble une unité organique. Mais rien dans la Messe en ut n’indique que Beethoven ait cherché à exprimer une conception religieuse personnelle. S'il s’écarte de la tradition alors courante des compositeurs religieux. c’est seulement au point de vue musical. Ce qu’il y a d’original dans l’œuvre est simplement du ressort de la technique et ne semble pas provenir d’un défaut d’orthodoxie chez son auteur.

Un long intervalle sépare la Messe en ut de la Messe en ré majeur où Missa solemnis, op. 123, dont la composition, commencée en 1818 à l’intention de l’archiduc Rodolphe, qui allait devenir archevêque d’Olmütz en 1819, fut terminée seulement en 1823 (**). Beethoven la considérait lui-même comme la plus grande œuvre qu'il eût écrite jusque-là (°**) ou comme « la plus réussie » (°°). Nulle part il n’a proclamé avoir traité le texte d’une façon originale, comme il l’avait fait pour la Messe en ut. Mais, soit en raison de la longueur de son œuvre, soit pour allécher les souscripteurs possibles auxquels il s’adresse, il indique dans presque chacune des lettres qu’il écrit pour proposer sa messe qu’elle peut être exécutée aussi comme oratorio (12). Le 23 janvier 1924, il formule la même précision dans une lettre adressée à la société des Amis de la musique à Vienne (1°).

Ce n’est pas ici le lieu de se demander si Beethoven a vraiment, dans sa Missa solemnis, sacrifié au style narratif de l’oratorio ou si, en indiquant cette tendance, il cherchait surtout à favoriser les exécutions de son œuvre ailleurs qu’à l’église, où

123. Pour les circonstances de la composition de la Messe en té, cf. Th. FRIMMEL, Beethoven-Handbuch, I, 414, article Missa solemnis.

124. Lettre à C. F. Peters, du 5 juin 1822. Cf. BBr-KAI,, IV, 137: BBr-PREL, II, 347. 125. Lettre à l'ambassadeur de Hesse à Vienne, 23 janv. 1823 (BBr-PREI, IV, 156).

126. Lettre citée du 23 janvier 1923; au grand-duc de Hesse, 5 février 1823; à Zelter, 8 février 1923; à Gœthe, même date; à la Société philharmonique de Saint-Pétersbourg, 21 juin 1823 (BBr-KAÏI,, IV, 186, 189, 190; BBr-PREL, II, 7, 8, 0, 50). L

127. « Figentlich ist die grosse Messe mehr im Oratoriumstil und wirklich besonders auf den Verein berechnet » (BBr-KAI, V, 3; BBr-PREL, III, 04).

ses vastes proportions la rendaient difficilement utilisable, et dans des pays non catholiques (!?*). I] s’agit uniquement de rechercher comment le sentiment religieux s’y exprime.

L'intention expressive de Beethoven a été signalée par luimême en quelques endroits de sa Messe en ré : Aïnsi au début du Kyrie il écrivait : « venue du cœur, puisse cette œuvre aller aussi au cœur » (°°). Le Kyrie et le Sanctus portent également, à côté de l’indication de leur mouvement d'exécution, celle de l'expression à leur donner : « Avec recueillement » (°°). Dans l’'Agnus Dei on trouve aussi la mention : « Demande de paix intérieure et extérieure » (1°).

Dans le Kyrie, où Beethoven fait dialoguer le chœur et le groupe des solistes, l’expression de plainte et d’imploration est obtenue par le crescendo et le diminuendo successifs appliqués à la même phrase musicale, dont les sonorités s’enflent par conséquent, puis diminuent (°°). Il faut relever que Beethoven marque une différence très nette entre le Kyrie eleison et le Christe eleison. Les développements consacrés à la première formule, au début et à la fin, assai sostenuto 2/2, sont surtout rythmiques et ressortissent à la déclamation musicale. Le développement central, Christe eleison, est un andante assai ben marcato à 3/2, en si mineur, de style canonique et mélodique, avec, sur eleison, d’amples vocalises rappelant la jubilatio des anciens motets religieux (°°°).

Le Gloria, en ré majeur, allegro vivace à 3/4, débute par un enthousiaste fortissimo fugué (**). Par contraste, le passage Et

128. Les Cahiers de conversation de la Bibliothèque nationale de Prusse contiennent plusieurs indications en faveur de cette dernière hypothèse :

Le cahier n° 31 (110), d’avril-mai 1823, porte ce propos du D' Bach (p. 8 b) : « Das Mozardsche Requiem die Oratorien von Haendl hat man auch immer im Concert Saalen gegeben » (sic).

Dans le cahier n° 32 (113), de mai 1823, Carl Czerny a écrit (p. 8 a) : « Kônnte ich einmal den schônen deutschen Text zu Ihrer Messe kennen lernen — dadurch wärees auch als Cantate fürs Protestantische Deutschland nützlich ».

Dans le cahier n° 33 (45), de mai 1823, c’est Schindler qui donne son avis (p. 7 b) : « Diess wäre ein grosser Vortheil für dieses Werk, u vielleicht gelingt es, den H. Scholz dafür zu gewinnen einen deutschen Text unterzulegen wie bei der ersten Messe (8 a) es frägt sich, woher den Text nehmen zu diesem Coloss ».

Dans le cahier n° ror (122), de février 1826 (ou plutôt de janvier 1927, d'après une remarque du D' Ebert dans un cahier joint à la collection de la Bibliothèque nationale de Prusse [cf. lettre de Ch. Neate et réponse de Beethoven dans TDR, V, 159]), au cours d’une conversation de Beethoven avec son frère et son neveu sur un projet de voyage en Angleterre, Karl écrit (p. 9 b) : « Die Messe kann ja den Winter noch ganz leicht als Oratorium in London gegeben werden ».

129. « Von Herzen môge es wieder zu Herzen gehen,. » — Cette citation n’est pas reproduite dans l'édition Breitkopf des œuvres de Beethoven. Cf, TDR, IV, 332.

130. « Mit Andacht » (Beelhovens Werke, série 19, n° 203, 1 et 164). 131, « Bitte um innern und äussern Frieden » (Zbid., 214. )

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