‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 274 sur 356 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

partie organiquement de la Pastorale considérée comme composition à programme, est, au point de vue de la forme symphonique traditionnelle, un intermède pittoresque intercalé entre le scherzo et le final (°**).

Les grondements de l’orage se calment et s’éloignent. L’éclaircie est représentée musicalement avec la plus grande simplicité, par une modulation vers la tonalité plus claire de fa majeur amenée par une gamme montante de la première flûte (**). C’est alors le dernier mouvement, allegretto à 6/8 en fa majeur : Chant de bergers. Sentiments de joie et de reconnaissance après la tempête. Impression de sérénité et de détente, épanouissement de sentiments naïfs après l'épreuve imposée par les éléments déchaînés. Un des motifs du final est de nouveau à peu près identique à celui d’une danse slave (?*°).

Cette évocation musicale de la nature, ruisseau, oiseaux, paysans dansants, orage et éclaircie, est-elle romantique? A première vue, il sembierait qu’on puisse répondre par l’affirmative. C’est de là que procèdent les innombrables œuvres musicales à programme des musiciens romantiques, c’est à l’imitation du chant des oiseaux par Beethoven qu’on peut rattacher celle du cri de l’âne dans l’ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, c’est de la description de l’orage que viennent les poèmes symphoniques de Liszt, Mazeppa ou La Bataille des Huns. Telle est l’impression que produit tout naturellement l'examen de la musique à programme après Beethoven.

Mais si on considère la Symphonie pastorale non plus comme un point de départ, mais comme un aboutissement, les conclusions se modifient. La musique à programme existait avant Beethoven, la musique expressive et descriptive également. Les œuvres pastorales sont innombrables dans l’histoire de la musique occidentale, l’imitation du chant des oiseaux a été utilisée par les compositeurs dès le Moyen-Age, l’évocation de l’orage et de la tempête forme également le sujet d'œuvres nombreuses (2?’). Le programme de la Symphonie pastorale de Beethoven n’est même pas très original : il ne fait guère que démarquer celui de la symphonie de Knecht intitulée Portrait musical de la nature et publiée en 1784 : on y assiste à un orage dont la description

224. T'Orage de la Pastorale est déjà esquissé, signale R. ROLLAND, dans l’/ntroduction qui suit l'ouverture de Prométhée (Beethoven, les grandes époques créatrices [de l’'Héroïque à l’'Appassionata], I, 115).

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