‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 277 sur 356 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Dans Le chant de la caille il y a lieu seulement de relever l'emploi pittoresque que fait Beethoven du cri de l’oiseau, auquel le poème donne plusieurs significations édifiantes (°°).

Le Chant du soir sous le ciel étoilé associe le sentiment reliligieux à l’impression produite par le ciel nocturne semé d’étoiles (**°). Il faut enfin noter, dans le prélude du Chant du rossignol sur un poème de Herder, l’imitation évidente du chant de l'oiseau (**!).

Dans aucun de ces lieder la nature n’est chantée pour ellemême, elle sert toujours de prétexte ou d'accompagnement à l’expression de l’amour (heureux ou malheureux) ou du sentiment religieux. Le choix des poésies est à lui seul significatif. A des degrés divers, l’interprétation musicale qu’en donne Beethoven est significative aussi, sans qu'on puisse toutefois affirmer avec certitude dans tous les cas que chaque inflexion mélodique, chaque changement rythmique et chaque modulation correspondent à une intention bien nette et parfaitement consciente de Beethoven. Mais du moins peut-on considérer comme incontestable que rien, dans les lieder de Beethoven où s'exprime le sentiment de la nature, ne vient contredire les résultats de l’étude de la Sÿmphone pastorale. Ici encore, si la peinture sonore et l’imitation du chant des oiseaux ne sont pas absentes, elles n’occupent pas la place principale dans les préoccupations de l'artiste. Ce qui est essentiel, c’est l’expression des sentiments auxquels la nature fournit une occasion de se manifester, un cadre ou un accompagnement.

Cette conception sentimentale des rapports de l'artiste et de la nature, cette effusion qui met, par l’intermédiaire de la nature, l’artiste en présence de Dieu n’est pas loin du romantisme. Pourtant une différence caractéristique l’en sépare. Le sentiment de la nature romantique met en jeu l’imagination, le mystère, le fantastique. Qu’on songe à toutes les fantasmagories qui se déroulent, dans le Vase d’or, de Hoffmann, autour de l’étudiant Anselme, ou à la mystérieuse vie des pierres et des métaux que révèlent l’épisode du chevalier dans la forêt, dans l’Ondine de Fouqué, celui de la femme énigmatique du Runenberg, de Tieck, celui du mineur dans Henri d’Ofterdingen, de Novalis, ou le conte des Mines de Falun, de Hoffmann, pour ne citer que des textes célèbres. Cette nature douée d’une vie fantastique n’est pas celle de Beethoven, pour qui un arbre, un caillou, un

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