Ibid., 43 et suiv
leurs aux indications de Gœthe, suffirait à le montrer. Mais il faut relever encore que, pour lui, cette aspiration à la liberté est devenue le contenu essentiel du drame. Il l’a prouvé par l’importance accordée à la Siegessymphonie finale, qu’il a utilisée pour terminer l’ouverture (°°).
On peut à la rigueur voir aussi l’annonciation de l’humanité future dans la façon dont Beethoven a souligné, dans le Gloria de ses Messes, par des procédés semblables, l’imploration : Et in terra pax hominibus bonæ voluntatis (?°*). Ici pourtant l’interprétation musicale du texte liturgique semble bien n’avoir qu’une valeur religieuse, et s’il est possible de considérer cet appel à la paix comme impliquant une aspiration à la liberté morale, rien ne permet d’y introduire une idée de liberté politique. Tout au plus pourrait-on, dans l’Agnus Dei de la Messe en ré, voir dans la marche militaire qui vient troubler le Dona nobis pacem une menace pour la liberté politique (**). Mais cette idée serait bien secondaire. L’élever au rang d'inspiration principale serait certainement excessif.
Parmi les œuvres de moindre importance où s'exprime nettement l’idéal beethovenien de belle humanité, il faut citer d’abord la Fantaisie pour piano avec orchestre et chœur op. 80 dans le final de laquelle Beethoven a, dès 1808, utilisé comme élément essentiel le motif qui, plus tard, allait prendre une place prépondérante dans les développements inspirés par l’Ode à la Joie, au final de la Neuvième symphonie (?%*). Ce motif figure déjà dans un lied composé probablement vers 1706 sur une poésie de Bürger intitulée Amour partagé (*). Il est possible qu’à cette époque Beethoven l’ait considéré comme exprimant le bonheur de l'existence fondée sur un sentiment partagé. Mais dans la Fantaisie les paroles du chœur permettent de lui attribuer un sens plus philosophique.
La poésie de six strophes de quatre vers que Beethoven a mise en musique est de Kuffner, d’après Czerny, ou, selon Nottebohm, de Treitschke (*°°), mais certains commentateurs se sont demandé si les idées qu’elle exprime n’auraient pas été suggérées au poète par Beethoven (*°7). Seuls des arguments de sentiment
261. Cf. plus haut, 339, et A. SCHMITZ, Das romantische Beethovenbild, 158. 262. Cf. plus haut, 368, 371 et 372.