Th. FRIMMEL, Beethoven-Handbuch, I
pourraient être invoqués en faveur de cette dernière hypothèse. D'autre part, un passage d’une lettre de Beethoven à Breitkopf et Härtel permet de croire que Beethoven n’a pas attaché grande importance à cette pièce de vers, puisqu'il s’y montre prêt à accepter que l'éditeur adapte d’autre paroles à sa musique (***). Quoi qu’il en soit, il faut constater que, comme les strophes de l’Ode à la Joie qui constituent le final de la Neuvième symphonie, la poésie de la Fantaisie avec chœur évoque une humanité supérieure vivant dans la clarté, l'harmonie et l’amour. La paix, la joie, la beauté sont le lot de ces heureux mortels. Ils jouissent du calme extérieur et de délices intérieures. De ce calme et de ces délices les arts font jaillir leur lumière, aux rayons de laquelle germent dans le cœur de grands sentiments. Et « lorsqu'un esprit s’est élevé d’un coup d’aile, il entend sans cesse un chœur d’esprits ». La dernière strophe, plusieurs fois répétée par le chœur, dit
« Acceptez donc joyeusement, belles âmes, les présents d’un bel art. Quand l’amour et la force s'unissent, la faveur des dieux récompense l’homme » (26).
L'insistance avec laquelle Beethoven répète ces paroles montre l’importance qu’il y a attachée. L'œuvre toute entière, surtout destinée à faire briller le pianiste, peut cependant être considérée comme ayant une signification extra-musicale par le fait qu’elle est une simple suite de variations sur un thème unique dont le sens est révélé, dans la dernière partie, par des paroles chantées. Suivant un schéma qui, avec plus de simplicité, préfigure la disposition du final de la Neuvième symphonie, Beethoven fait intervenir d’abord deux voix solistes, puis davantage et enfin le chœur tout entier (*’°). Les modulations font apparaître une sorte de marche de l’ombre vers la lumière : le prélude piamistique et l’allegro affirment la mélancolique tonalité d’ut mineur (?7*). Mais la première apparition du motif caractéristique du final se fera dans l’éclatant ut majeur (?"?). Diverses modulations introduiront la variété nécessaire dans les développements. Le ton d’ut mineur reparaîtra même, momentanément (?7*). Mais
268. Lettre du 21 août 1810 (BBr-KAL,, I, 324; BBr-PREL,, IV, 64). 269. « Nehmt denn hin, ihr schônen Seelen,
froh die Gaben schôner Kunst.
Wenn sich Lieb’ und Kraft vermählen,
lohnt dem Menschen Gôttergunst, »
(Beethovens Werke, série 9, tome II, 173 et suiv. 270. Ibid., 166-187. ] ® “ de