‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 291 sur 356 · IV. — ‘“ Fidelio · texte numérisé non relu

IV. — ‘“ Fidelio

Le sujet de Fidelio a permis à Beethoven de concentrer sur une seule œuvre l’expression musicale de ses principales conceptions morales. Le livret qu’il a choisi fait intervenir, en leur donnant dans le drame une importance diverse, l’héroïsme et l’aspiration à la liberté, l’amour, l’amitié et le sentiment religieux.

Les débuts de la composition de Fidelio (d’abord baptisé Léonore, du nom du personnage principal) datent de 1803. L'œuvre, terminée en 1805, a été représentée sans succès, le 20 novembre de la même année, huit jours après l’occupation de Vienne par les Français. Remaniée et réduite de trois actes à deux, elle reçut un meilleur accueil l’année suivante. Mais son succès véritable date de la reprise de 1814, après de nouvelles modifications dont aucune n’a d’ailleurs changé l’esprit de l’œuvre (*). Pour servir d'introduction à son opéra, Beethoven n’a pas écrit moins de quatrè ouvertures, dont la chronologie a été ainsi établie Léonore n° 2 (1805), Léonore n° 1 (1805), Léonore n° 3 (x806), toutes trois en ut majeur; Fidelio (1814), en mi majeur (?).

L'action même de Fidelio, adaptation d’un livret français de J. N. Bouilly mis en musique d’abord par F. Gaveaux (1708), puis par Paër (1804), ressortit à l’esthétique de cette comédie larmoyante qui eut tant de succès en France d’abord, puis hors de France, à la fin du dix-huitième siècle. Loin de s’apparenter au drame romantique, Fidelhio prolonge plutôt la vie du genre illustré en Allemagne par Emulia Galoth, de Lessing, et Intrigue et amour, de Schiller, avec toutefois cette différence qu’ici la pièce « finit bien », par le châtiment du crime et la récompense de la vertu. C’est un Singspiel dramatique du Sturm und Drang.

L'héroïsme et l'aspiration à la liberté. — T,’épigraphe des Brigands : In tyrannos, pourrait être aussi celle de Fidelio. Elle conviendrait fort bien à ce qu’on pourrait appeler le côté négatif de l’œuvre, qui est une protestation contre la tyrannie et l’arbitraire et une revendication de la liberté, l’aspect positif étant la glorification de l’amour conjugal. Léonore, séparée de son mari Florestan que le traître Pizarro maintient dans un cachot, au mépris de tout droit, pour l’empêcher de révéler ses crimes

1. Sur les divers états de l’œuvre, cf. Maurice KUFFERATH, Fidelio, chap. IV, V, vi.

2. Les principales études consacrées aux ouvertures de Léonore et de Fidelio sont indiquées dans Th. FRIMMEL, Beethoven-Handbuch, X, 141.

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