‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 299 sur 356 · Lbid., 65 et suiv · texte numérisé non relu

Lbid., 65 et suiv

Drang, une oppression politique contre laquelle le héros lutte au nom d’un idéal de liberté : c’est le cas dans Gœtz de Berlichingen, par exemple, ou dans Don Carlos. Ce héros est un homme d’action, il subit une épreuve sous laquelle il peut succomber, mais son succès personnel est, au fond, indifférent l’idée qu’il représentait et pour laquelle il a lutté n’est pas morte avec lui, elle continuera à enthousiasmer les âmes nobles, tôt ou tard elle triomphera.

Il est d’ailleurs des drames du Sturm und Drang dont Fidelio est plus près que de Gætz et de Don Carlos; ce sont ceux qui se sont inspirés de la comédie larmoyante, comme Emula Galotti ou Intrigue et amour. Un de leurs éléments essentiels est l’éloge des vertus bourgeoises qui s'opposent à la corruption des puissants. La bourgeoisie y est plutôt martyre que rebelle, le despotisme et l’intrigue y ont le dernier mot (**).

Mais Léonore triomphe, son héroïisme heureux venge toutes ces victimes de l’arbitraire et de la corruption. Avec elle triomphent la moralité et la sainteté du mariage. Et le chœur final de Fidelio chante, sur des paroles presque textuellement empruntées à l’Oda à la Joie de Schiller : « Que celui qui a conquis une épouse aimante mêle sa voix à notre allégresse! » (°$). Avant Schiller, Gœthe avait proclamé : « Celui que Dieu aime, qu’il lui donne une telle épouse! » (°°).

Pourtant, si Léonore est bien une femme héroïque, elle ignore la démesure des héros du Sturm und Drang. Au contraire, c’est elle qui rétablit l’ordre troublé par le tyran Pizarro, comme Tell vainqueur de Gessler. Elle représente la belle humanité selon l’idéal de Gæthe, elle est le bon génie de l’homme. À ce point de vue, on peut la rapprocher d’Iphigénie, ou de Claire, dans Egmont (°’); Fidelio pourrait porter en épigraphe, à côté de « In tyrannos », le vers célèbre de Gæœthe : « Que l’homme soit noble, secourable et bon » (**), qui devait plus tard fournir à Beethoven le sujet d’un canon (°°).

Moralité et liberté unies dans la même âme sont un ressort d'actions héroïques : voilà donc bien le fond du drame de Fideho, tel que les librettistes le proposaient au musicien, tel que Beethoven l’a dégagé et précisé. Cette union de la moralité et de la liberté, Beethoven avait pu la trouver dans Kant (‘). Il est

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