Ibid
fortuné génie, qui lui en témoignera une touchante gratitude, peut-être disproportionnée avec la réalité des services rendus » (°).
On peut ranger la lettre à Rellstab parmi les manifestations de cette gratitude et estimer que Beethoven apprécie Zelter musicien avec une indulgence un peu excessive. Mais les termes employés pour le caractériser n’en font pas moins bien comprendre ce que Beethoven entendait par « l’art véritable ».
Les autres lettres citées permettent de préciser la conception de Beethoven. Le rapprochement constant de l’art et de la science semble indiquer une influence rationaliste (°). Mais des allusions bien nettes à une existence supérieure à laquelle on accéderait par le moyen de l’art permettent plutôt de rapprocher la conception de Beethoven de celle de Schiller mûri. Ici encore Ja coexistence, dans les idées de Beethoven, d'éléments empruntés à à l’ Aufklärung et au classicisme ne doit pas être jugée avec sévérité. Mais il faut bien remarquer qu’on n’y trouve aucune trace de romantisme.
Comment donc peut-on expliquer que tant d’écrivains romantiques aient pu considérer Beethoven comme un des leurs et que leur façon de le voir ait eu la fortune que nous connaissons et se soit imposée avec tant de force?
L’explication la plus simple est qu’ils ont vu Beethoven à travers leurs théories. Pénétrés de l’idée du pouvoir magique de la musique, par le moyen de laquelle l’infini, l’absolu, le divin se manifestent à nous, ils ont tout naturellement baptisé romantique le plus grand musicien vivant à leur époque. Ayant le sentiment qu’il dépassait de beaucoup les musiciens contemporains, ils ont cru trouver l’explication de sa grandeur en lui conférant, conformément à leur conception du rôle de l’art, un titre de mage ou de prophète.
Pourtant cette explication n’éclaircit pas entièrement la question. Elle est trop simple, simpliste même et ne s’applique pas au cas de Hoffmann. Hoffmann, en effet, n’est pas seulement un écrivain curieux d’art musical et qui traduit en phrases brillantes et suggestives les impressions ressenties à l’audition d’œuvres nouvelles où 1il discerne un accent original. Chez lui l’écrivain se double d’un musicien dont l’éducation a été complète, d’un chef d’orchestre et d’un compositeur capable d’analyser en technicien l’œuvre d’un confrère et de se rendre un compte exact de ses mérites et de ses défauts. Dans le groupe des écrivains et des journalistes qui ont donné forme aux premiers éléments de la légende romantique de Beethoven, Hoffmann seul possède
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