Cité par R. KÔPKE, Tüeck, II
ront toutes choses, elle sera unie à la philosophie par la part d’irrationalisme qui leur est commune; l'esthétique et le sentiment religieux se rejoidront et viendront se fondre dans le sentiment de la nature; un mysticisme tournant à la magie servira de lien entre le monde des sens et celui du sentiment (’). La conception romantique du monde et des rapports de l’homme avec lui va donc être non seulement poétique, mais fantastique.
L'art musical que les romantiques appelaient de leurs vœux, pénétré de poésie et constituant un lien fantastique entre l’homme et l'univers, n’a commencé à se manifester que sensiblement plus tard. La renommée de Schubert n’a commencé de dépasser Vienne et l’Autriche qu'après 1820; à Vienne même, il ne put donner un concert de ses œuvres qu’en 1827, et aucun journal ne daigna en publier un compte-rendu (). La création à Berlin du Freischütz de Weber date de 1821. Quant à Schumann, il ne s’est fait connaître comme compositeur qu’à partir de 1830.
Un des biographes de Schubert, cherchant à le caractériser par rapport à Beethoven, a écrit :
« Le pur romantisme commence avec Schubert, et surtout ce besoin de rêver, d'échapper au monde réel, de fuir dans un « ailleurs » qui nous console et nous sauve, ce besoin qui fut celui de tous les grands romantiques, mais pas de Beethoven... Oserat-on dire encore une fois qu'il manqué à Beethoven une certaine poésie, une certaine inquiétude, une certaine nostalgie? Beethoven a toute la grandeur d'émotion que l’on voudra. Mais il y a une grandeur d'imagination ou plutôt une qualité de la fantaisie par où Schubert le dépasse (19). »
Weber, nourri de littérature romantique et qui eut l’intention d’écrire un roman autobiographique demeuré fragment et imprégné de l’esprit de Hoffmann, de Novalis et de Tieck (*°), est le créateur de l’opéra romantique. Les livrets qu’il a mis en musique, le Freischütz, Euryanthe, Oberon, font un usage abondant du fantastique. Mais la grande innovation qu’il a introduite dans la musique romantique est l’emploi de la « couleur orchestrale » par l’utilisation expressive des timbres caractéristiques de l’orchestre où chaque instrument vit d’une sorte d’existence individuelle : ainsi, dans le Freischütz, les sonorités des cors expriment la vie de la forêt, tandis que les bassons, les clarinettes et les cordes graves évoquent l’esprit du mal (*).
17. G. STEFANSKY, Das Wesen der deutschen Romantik, 115 et suiv. 18. Th. GEROLD, Schubert, 43.