Ibid
Quant à Schumann on a pu dire de sa musique :
« Lieder, cantates, motets, oratorios, c’est presque toujours la confession subjective de l'angoisse, l’organisation de cette angoisse dans l'harmonie du monde, de ce problème dans le grand problème de l’Etre, de cette défaite de sa chair dans la grande épopée du
Crée)
Le fantastique a donc été un des éléments essentiels du romantisme musical, comme l’indiquait déjà Hoffmann à une époque où les musiciens romantiques n’avaient pas encore produit leurs œuvres principales. Mais la musique romantique a d’autres caractères encore, que Hoffmann ne semble pas avoir prévus. Par Weber les instruments acquièrent une individualité expressive. Schubert, par son sentiment naïf, Schumann, par son sens poétique profond, donnent à leurs œuvres un accent intime, un contenu émotionnel qui jusque-là ne s’était jamais manifesté si ouvertement. L’harmonie devient plus fluide, chez les uns et les autres les modulations sont plus fréquentes que chez les classiques, le jeu perpétuellement mouvant des ombres et des lumières donne à leurs combinaisons sonores un aspect nouveau, un flou qui contraste avec la netteté des affirmations tonales de l’art musical du dix-huitième siècle. Ces procédés permettront à des artistes inquiets d’étaler leur inquiétude, de rendre sensible leur aspiration à un idéal impossible, d’enfermer dans des pièces brèves, pour lesquelles ils auront une prédilection marquée, toutes les visions incertaines qui se font et se défont sans cesse dans leurs âmes crépusculaires. Les Mazurkas de Chopin, les Rapsodies de Liszt ajouteront à tout cela la saveur de rythmes populaires qu’on peut considérer comme exotiques. Et Wagner essaiera de faire exprimer à sa musique tout un système philosophique, moral et social.
« Le romantisme, par opposition au classicisme, est caractérisé par la recherche personnelle de la nouveauté, par la prédominance de l’élément subjectif sur l’élément formel... Le romantisme est le fruit de l’enthousiasme que suscita le Moyen-Age considéré dans tout ce qu’il avait de fantastique, d’aventureux et de réveur.. Le romantisme est un abaissement inconscient au-dessous du niveau de la pure activité intellectuelle et de la forme logiquement ordonnée; il laisse libre couts à l'imagination, à la puissance élémentaire de création non contenue par la discipline des lois conventionnelles. C’est pourquoi, précisément, les romantiques font apport à l’art d'éléments nouveaux, l’enrichissent et approfondissent ses moyens d'expression. Est romantique, à ce point de vue, tout artiste qui, faisant abstraction des formes d’art admises et des lois établies, crée librement de son propre fonds (23). »