V. BASCH, Schumann
AIG
La définition du romantisme musical que la critique actuelle peut formuler est donc beaucoup plus compliquée et beaucoup plus riche que celle que Hoffmann proposait dans ses écrits consacrés à Beethoven. Il serait oiseux d’en faire le reproche à Hoffmann, car à l’époque où il rédigeaït ses comptes-rendus les musiciens romantiques ne s'étaient pas encore fait connaître. Sa conception de la musique romantique est donc une simple imagination, avec laquelle l’analyse maintenant possible de la réalité postérieure ne peut coïncider dans tous ses détails. Les autres écrivains qui, après lui, ont vu en Beethoven un romantique auraient pu être mieux instruits. Mais la plupart n'étaient que des amateurs et s’en sont tenus à des effusions sentimentales à propos des œuvres qu’ils entendaient et qu’ils n’auraient pas été capables d'analyser, faute de posséder l'éducation musicale de Hoffmann. Partisans des mêmes conceptions, que la littérature de l’époque avait abondamment répandues, ils ont simplement suivi la voie indiquée par leur prédécesseur.
Le Beethoven romantique n’a pourtant pas eu seulement les traits que lui ont prêtés Hoffmann, Bettina, les écrivains romantiques qui l’ont connu et la presse de son époque. Spohr, trop pittoresque pour être considéré comme rigoureusement exact, le présente comme une sorte de bohème incapable de maîtriser ses nerfs. Schumann voit en lui, comme Bettina, un caractère exalté, un homme désordonné, un révolutionnaire, un poète, un prêtre de l’art (**). Wagner allait couronner cette évolution de la figure romantique de Beethoven en faisant de lui un réformateur et un rédempteur.
L'étude du Beethoven wagnérien montre en lui beaucoup d’éléments venus du romantisme, mêlés, en 1870, à des conceptions empruntées à Schopenhauer. Dominant le tout, la puissante personnalité artistique de Wagner lui-même l’a marqué de son empreinte. L’incontestable compétence musicale de Wagner et le prestige de son œuvre dramatique ont assuré à ses analyses une autorité et à ses opinions une diffusion telles qu’on peut le considérer comme ayant donné au Beethoven romantique ses traits définitifs.
Chose curieuse : Wagner ne semble pas avoir accordé d’attention aux caractéristiques de l’art beethovenien qui permettraient de qualifier, avec assurance, Beethoven de précurseur de Wagner : la préoccupation morale et sociale, présente dans de grandes œuvres comme Fidelio, la Symphonie héroïque ou la Neuvième symphonie, et surtout la portée générale que Beethoven donne aux idées qu’exprime sa musique. Le rôle de la musique dans Fidelio, dans Egmont, dans la Pastorale ou dans