‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 33 sur 356 · Tbid · texte numérisé non relu

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pond curieusement à celle formulée par Vincent d’Indy dans son Traité de composition musicale où, reprenant des idées de Rameau, 1l explique qu’en mode majeur la modulation vers les quintes supérieures éclaire et celle vers les quintes inférieures obscurcit, tandis qu’en mode mineur l'effet produit est opposé. De même, malgré une distinction théorique dont il est inutile de s'inquiéter ici, Vincent d’Indy admet que la modulation du majeur au mineur semble aller du clair à l’obscur, et inversement (*).

La valeur proprement expressive des tonalités relatives, majeure et mineure, reste d’ailleurs bien, pour Hoffmann, suggestive d’inquiétude (mineur) ou d’un sentiment plus ferme et plus net (majeur). C’est, semble-t-il, dans ce sens qu’il faut interpréter le passage bizarre où Kreisler déclare qu’un jour où il se trouvait irrité pour avoir manqué Îla composition d’un trio, il avait acheté un habit « dont la couleur tire sur l’ut dlièze mineur ». Une fois calmé, il a voulu « tranquilliser un peu ceux qui le verraient » et y a fait poser « un col de couleur mi bémol majeur » (‘*). Ce n’est, certes, qu’une boutade, et encore une boutade de musicien toqué. Pourtant on y retrouve, dans la relation établie entre le mineur et le majeur (d’altération d’ailleurs différente), l’indication que le mineur exprime une inquiétude calmée par l’apparition du majeur.

Ce que Hoffmann dit de la valeur expressive des divers accords, dans ses articles de critique musicale, doit en général être compris en fonction des modulations. Cependant, on peut signaler, dans le compte rendu de la Cinquième symphonie, le passage où l'accord de sixte de fa dièze, succédant à l'accord parfait mineur de fa dièze, est considéré comme produisant « un effet mystérieux et sinistre » (°°). Dans le mélodrame final d'Egmont, . Hoffmann parle d’un « lumineux accord de la majeur » qui an-

nonce l'apparition de la Liberté (*’). Dans le compte rendu de la Messe en ut, il signale que le Quoniam est « un unisson véritablement jubilant » (**). Ces observations sont à ajouter à celles qui ont été relevées plus haut : les accords parfaits à l’état naturel produisent une impression de calme ou de joie (il faut y ajouter l’unisson, avec cette réserve que l’impression qu’il produit est due aussi à la nature de la phrase mélodique), tandis que

48. V. D'INDY, Cours de Composition musicale, Patis, 1902, vol. I, chap. vurr L'Expression.

49. Brief des Kapellmeisters Kreisler an den Baron Wallborn (Fantasiestücke). HWM, É D]HWG, XV, 10.

ST IUT TE 32. Tbid., 122.

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l'accord renversé exprime des sentiments troubles de crainte et

de tristesse. |

Signalons encore que, dans sa critique du Choralbuch de Pustkuchen, Hoffmann reproche à l’auteur la vulgarité de certaines tournures mélodiques qui se contentent de déve'opper l'accord parfait. Elles sont, dit-il, « plates et usées » (°°).

Les accords dissonants produisent sur Hoffmann une impression inquiétante et désagréable. Dans le premier mouvement de la Cinquième Symphonie, la pédale dissonante d'ut, maintenue par la timbale, « provoque le frisson de l’extraordinaire — de la crainte des esprits » (**). Dans l’ouverture de Coriolan, une pédale dissonante produit, de même, « une impression sinistre » (55).

Dans son œuvre littéraire, on retrouve cette double caractéristique des accords parfaits et des accords dissonants. Ce sont des accords parfaits qui manifestent à Anselme la présence de Serpentina, par exemple. Mais c’est surtout la tierce qui exprime la douceur. La tonique et la quinte, caractéristiques d’une tonalité, mais non du mode, sont comparées dans le Chevalier Gluck à deux colosses. Mais il faut qu’entre ces deux géants paraisse la tierce, « le doux jeune homme », qui détermine le mode, pour qu'une impression harmonieuse et calme s’établisse (°°). Et l’accord parfait est comparable au soleil : de lui jaillissent les accords, comme de l’astre jaillissent des étoiles (°?). Quant aux accords dissonants, ils produisent sur Kreisler l’impression la plus fâcheuse. Il parle de « se poignarder avec une quinte augmentée » (°*). Dans un accès de fureur, il déclare à Maître Abraham qu'il le tient pour un accord de quarte et quinte qu'il est prêt à résoudre en lui envoyant une balie dans la tête ou en le transperçant de l’épée que renferme sa canne (°°).

L’impression pénible produite par un accord dissonant, suivie d’une impression de calme due à sa résolution, sont encore exprimées par Kreisler dans une Lettre au baron Wallborn. Les accords dissonants de septième non résolus sont des cris désagréables, ils sont armés de langues de serpents. Il faut une succession d’« aimables tierces » pour les faire « descendre dans un monde tout à fait lumineux » (°°). Un peu plus loin, dans la

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