SUD
franchise rythmique : à la première mesure, composée d’une blanche et de deux noires, qui semblent prendre leur élan, succède un flot de croches en un mouvement ascendant où l’on ne peut voir qu’une expression d’allégresse, conforme d'ailleurs au sens des paroles ("*). Une constatation analogue peut être faite à propos du Pleni sunt cæli, dont Hoffmann trouve encore l’allegro « jubilant » (°°).
Ce ne sont, ici aussi, que des remarques détachées et fragmentaires. Hoffmann n’a pas plus cherché à systématiser ses idées sur le rythme que celles sur les timbres, par exemple. Elles ne sont pas assez nettes ni assez nombreuses pour qu’on puisse tenter, avec une sûreté suffisante, d’en induire un système cohérent. Mais elles suffisent cependant à montrer que le rythme n’était pas plus indifférent à Hoffmann que les autres éléments du discours musical, et qu’il lui a nettement attribué un pouvoir expressif. Il est important de constater, ici, l’accord entre les opinions exprimées par Hoffmann dans ses œuvres littéraires et celles qu’il a formulées dans ses articles de critique musicale. La folie de Kreisler ne lui sert, d’ailleurs, à ce point de vue, qu’à pousser jusqu à la bouffonnerie, par l’outrance, l’expression des sensations qu’il devait éprouver. Kreisler est aussi capable de parler raisonnablement et de définir le rôle respectif des divers éléments de la musique dans l’activité du compositeur (°°).
Les propos de Kreisler complètent les opinions de Hoffmann que nous avons pu recueillir sur la valeur expressive des tonalités, des accords et des modulations. Si tonalités, accords et modulations répartissent la lumière et l’ombre dans une composition musicale et sont également générateurs d’impressions générales, le contrepoint est le soutien solide et ferme de l’architecture musicale. Il est pour ainsi dire la charpente intérieure qui maintient les diverses parties en place et empêche l’édifice de s’écrouler, il joue le même rôle que le dessin sous les couleurs d'un tableau. L'emploi des timbres est comparé au travail de coloris, qui revêt le dessin de l’apparence de la vie; les combinaisons de timbres réussies flatteront l'oreille comme les combinaisons harmonieuses de couleurs flattent l’œil. L/emploi des différents volumes sonores que peut produire l’orchestre, enfin, est rapproché de la perspective, il provoque la sensation du relief ou de la profondeur. Ces quatre éléments de la composition musicale sont, pour Hoffmann, identiques à ceux de la composition picturale tout comme le peintre, le musicien doit être capable de distribuer les valeurs sur l’ensemble de son œuvre, de la soutenir
Fo Loi, 125.