Hôchst serstreute Gedinken. HWM
N'adeR
par un dessin ferme, d’y répartir judicieusement les couleurs, d'y introduire une perspective sans défaut. N'oublions pas ici que Hoffmann, écrivain et musicien, fut en même temps peintre et dessinateur. Son opinion est précieuse à ce triple point de vue, car il parle en homme de métier de chacun des arts qu’il considère, et se rend un compte exact de la signification des termes qu’il emploie.
Bien sûr, la folie fait de Kreisler un être vraiment à part, dont les réactions psychiques ou nerveuses dénotent une sensibilité ultra-délicate et prompte à s’exaspérer. Mais Hoffmann l’a simplement doué d’un tempérament artistique poussé à l’extrême. Dans ses moments de calme, on peut le considérer comme représentant un musicien normal, dont la vie mentale et l’organisation nerveuse sont plus riches et plus subtiles que celles du commun des hommes. De même que la vie profonde de la Nature peut se manifester à lui par ces étranges fleurs qui chantent, ces sonorités qui embaument, ces couleurs, ces plantes et ces pierres douées de vie, il peut lui-même établir pour son compte d’étranges correspondances ou transpositions de sensations. Il ne s’agit pas de correspondances objectives, comme celles que montrent diverses œuvres et dont nous avons déjà parlé, il s’agit bien de correspondances et de sensations entièrement subjectives, de sensations multiples produites par une excitation unique, donc d’une qualité particulière de l’âme du musicien, lorsque Kreisler déclare que, « dans cet état de délire qui précède le sommeil », surtout après avoir entendu beaucoup de musique, il trouve « qu’il y a un accord entre les couleurs, les sons et les parfums ». I] lui semble qu’ils sont « produits tous de la même façon mystérieuse par le rayon de lumière » pour « s’unir en un merveilleux concert ». À titre d'exemple de cet accord, Kreïsler cite le parfum de l’œillet rouge sombre, qui s'accompagne toujours, pour lui, des sonorités lointaines du cor de basset (*?).
La précision des indications de ce passage permet de penser qu'ici encore Kreisler est le simple porte-parole de Hoffmann. Le fait que cette correspondance de sensations est surtout sensible dans le rêve ou dans le demi-sommeil n’ôte rien à la probabilité d’un tel phénomène chez Hoffmann. Tout au plus faudrait-il ajouter que la boisson a pu également favoriser chez lui
82. « Nicht sowohl im Traume als im Zustande des Delirierens, der dem Einschlafen vorhergeht, vorzüglich wenn ich viel Musik gehôrt habe, finde ich eine Übereinkunft der Farben, Tône und Düfte. Es kommt mir vor, als wenn alle auf die gleiche geheimnisvolle Weise durch den Lichtstrahl erzeugt würden und dann sich zu einem wundervollen Konzerte vereinigen müssten. — Der Duft der dunkelroten Nelken wirkt mit sonderbarer magischer Gewalt auf mich; unwillkürlich versinke ich in einen träumerischen Zustand und hôre dann wie aus weiter Ferne die anschwellenden und wieder verfliessenden tiefen Tôüne des Bassethorns. » HOôchst zerstreute Gedanken (Fantasiestiücke). IWM, T,166.