‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 39 sur 356 · PARTS · texte numérisé non relu

PARTS

un semblable état. Mais son témoignage vient verser un document de plus au dossier des correspondances de sensations.

On peut d’ailleurs trouver d’autres passages où Hoffmann associe une impression musicale à des couleurs ou à des parfums. Il est même curieux de constater qu’il parle avec insistance, dans cet ordre d’idées, du parfum de l’œillet. Ainsi, dans la préface aux prétendues lettres de Kreisler et du baron Wallborn, il raconte que le chef d’orchestre lui a parlé « de l’amour malheureux d’un rossignol pour un œillet pourpre », qu’il associe à des impressions musicales et à des souvenirs littéraires (**).

Dans la correspondance imaginaire intitulée Lettres de la montagne, Hoffmann raconte une scène fantasmagorique, où des diablotins mettent du désordre à la fois dans ses idées et dans ses papiers, tandis que ses pantoufles se promènent seules à travers la chambre et que son piano se met à jouer tout seul. Puis il rappelle l'agrément d’une soirée passée dans la ville de la destinataire de la lettre et diverses impressions qu’il y ressentit et où l’imagination se mêle à la réalité (°*).

Ce passage, où se manifeste l’accord de l’âme de l’artiste avec l’âme de l’univers, unit de la façon la plus nette la perception des odeurs, la musique, l’amour plus ou moins vague et l’influence de la femme. Aïlleurs, Kreisler-Hoffmann affirme que le vin facilite au poète et au musicien le passage de cet état préparatoire où il rumine des idées plus ou moins vagues au stade de la création artistique réelle. Il compare l’imagination créatrice à une roue de moulin dont la boisson accélère la rotation, et établit

Page 1